Auteur : Cusk Rachel

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lundi, 12 mars 2012

Arlington Park, de Rachel Cusk.

Arlington Park

L'ouvrage:
Arlington Park est un petit village. L'auteur raconte la journée de certaines de ses habitantes.
Elle commence par Juliet qui s'éveille après un cauchemar où son mari, Benedict, ne l'a pas aidée. Elle se souvient de la soirée de la veille, et réfléchit sérieusement à sa situation.

Critique:
En général, j'aime bien ce genre de structures: des personnages qu'on voit évoluer, puis que l'on voit ensemble. Ici, mon sentiment est mitigé. Il me semble que certains personnages sont brossés à trop grands traits pour qu'on s'y attache vraiment. En outre, au moins trois femmes d'Arlington Park expriment un profond mal-être sur le thème: «j'ai épousé quelqu'un qui ne me correspond pas, ne me comprend pas, je suis malheureuse». On a plus envie de leur taper dessus que de les plaindre.
Juliet a trouvé grâce à mes yeux, même si son «éveil» est un peu brutal, et si ses dires sont un peu exagérés. À côté de cela, j'ai aimé qu'on la voie faire son métier, y mettre de la passion, tenter de véhiculer certaines idées. J'ai été déçue de ne pas la retrouver davantage.

J'ai eu le même sentiment quant à Amanda. J'ai eu l'impression qu'on la laissait en plan, et qu'elle aurait eu encore beaucoup de choses à dire. Surtout qu'elle semblait moins aigrie que certaines autres.

C'est surtout Maisie et Christine qui m'ont agacée. Elles pleurnichent sur leur sort, jouent les martyres, mais ne font rien pour changer les choses. Christine est peut-être pire que Maisie.
À l'instar de Maisie, je n'ai pas aimé Stéphanie. Elle a l'air trop sûre d'elle, et un peu condescendante.

Le roman ne décrit qu'une journée. De ce fait, rien n'est réglé à la fin. C'est normal, la structure veut cela. Soit, mais cela ne m'a pas plu. Je pense que certains personnages auraient dû être davantage approfondis, qu'on aurait dû les voir plus longtemps qu'une journée. Il me semble que la structure ne va pas vraiment avec ce que voulait dire Rachel Cusk. On voit bien qu'elle aurait eu davantage à dire sur certains personnages. En outre, d'autres sont à peine esquissés...
Cette impression d'inachevé et de redite est regrettable, car Rachel Cusk aborde des thèmes intéressants, et souvent avec finesse. Son style est fluide. Ses phrases sont bien tournées, certaines sont percutantes. Ce qu'elle dit est bien vu, bien analysé.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roland Dufour pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de réentendre ce lecteur à la voix dynamique et sympathique. Là encore, il met le ton approprié, maîtrisant un texte qui n'est pas forcément facile à lire à voix haute.

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mercredi, 19 janvier 2011

Bienvenue à Egypt farm, de Rachel Cusk.

Egypt farm

L'ouvrage:
Michael et Rebecca sont mariés. Ils ont un enfant de trois ans, Hamish. Leur couple bat de l'aile, principalement parce que Rebecca est insatisfaite, mal dans sa peau, et semble ne plus aimer son mari et son fils.
C'est alors que Michael décide de changer d'air. Il va rendre visite à un ancien ami, Adam. Ils se sont perdus de vue, mais étaient très amis pendant leurs études. Michael a même été invité à la fête d'anniversaire des dix-huit ans de Cariss, la soeur d'Adam.

Critique:
Ce roman décrit une certaine désillusion teintée de pessimisme. Michael croit presque que chez Adam, c'est le paradis perdu, à cause de la bonne soirée qu'il y a passée dans ses jeunes années. Or, à son arrivée, il découvre des gens qui ont du mal à communiquer, et des blessures qui, si elles n'étaient qu'esquissées, sont maintenant apparentes.
Rachel Cusk aborde ici le thème du souvenir intelligemment. Il n'est pas rare de magnifier un souvenir. La famille d'Adam n'était pas la plus unie et la plus heureuse qui soit quand Michael l'a rencontrée, mais il a passé un moment agréable, a été bien accueilli, a connu quelques plaisants émois, il est donc normal qu'il ait préféré retenir le positif.

L'auteur analyse parfaitement ses personnages.
Les couples du roman ne s'entendent pas, sauf les parents de Rebecca. Mais est-ce vraiment de la bonne entente lorsqu'on est toujours collé l'un à l'autre?
Adam et Lisa se disputent principalement quant à l'éducation de la fille que Lisa a eue d'un autre homme: une peste qui profite de la mésentente du couple, et du fait que sa mère a certaines idées pour être de plus en plus teigneuse. D'un autre côté, si on ne lui pose aucune limite, il est normal qu'elle en profite. La scène de la cuisine est assez représentative. Lisa soutient mordicus qu'on ne peut forcer personne à manger quelque chose qui ne lui plaît pas. Soit. Mais sa fille affirme qu'elle n'aime pas des mets qu'elle n'a jamais goûtés.

Quant à Michael et Rebecca, ils sont nuisibles l'un à l'autre, et leur couple est nuisible à Hamish. Ils le savent, et finissent par l'admettre, même si l'un des aspects de la décision finale de Rebecca est étrange, ambigu, et un peu pervers.

Les rapports parents enfants sont assez compliqués.
Les autres personnages sont également intéressants. Malgré les déconvenues rencontrées par les protagonistes, le livre n'est pas totalement désespéré, ne sombre pas dans l'apitoiement. Et puis, l'auteur ne bascule pas ses personnages dans un abîme de douleur. Elle finit par arranger certaines choses. La fin est en accord avec le reste, et est réaliste.
En outre, l'auteur insère des scènes et des répliques humoristiques. Par exemple, l'histoire de la liste.

Cette histoire serait banale, voire ennuyeuse, si l'auteur ne possédait pas un grand talent d'écriture. Dialogues savoureux, phrases et réflexions percutantes, analyses pertinentes constituent ce roman. Rachel Cusk sait écrire, sans s'embarrasser de fioritures ou de longueurs.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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