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L'ouvrage:
Chine, 1881. Jinhua a sept ans. Son père l'a eue avec l'une de ses concubines, morte à la naissance de l'enfant. Après qu'il est exécuté sur ordre de l'empereur, sa première épouse vend Jinhua. Celle-ci se retrouve dans l'antre de Lamama, tenancière d'un bordel. À douze ans, Jinhua pourra satisfaire les clients. Pour que tout soit parfait, il faut lui bander les pieds et lui apprendre le métier...

Critique:
Ce roman retracerait l'histoire d'une courtisane qui aurait existé. Apparemment, l'auteur aurait inventé un récit autour de faits connus.

Alexandra Curry décrit très bien le sort de ces femmes qui se retrouvent sous les ordres de femmes comme Lamama. Elle le fait surtout à travers Jinhua et Su Yin (la servante de Lamama), mais elles sont loin d'être des cas isolés. Su Yin semble plus sage que Jinhua. Elle se résigne, sachant qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire, et ayant très vite compris que se révolter ou même supplier ne lui apporterait que des ennuis. Jinhua a davantage de mal... De plus, il est terrifiant de côtoyer cette jeune fille qui, dès l'âge de douze ans, doit supporter les assauts d'un homme qui n'est plus de la première fraîcheur, et qui ne s'embarrasse pas de délicatesse. Cette scène et l'effarement de Su Yin qui observe plongent le lecteur dans une sorte d'horreur mêlée de stupeur. On sait que ces choses se faisaient, et se font encore, mais le lire fait toujours mal. Ainsi, Jinhua et Su Yin doivent supporter différents traumatismes, et s'en sortent comme elles le peuvent.

Dans le même ordre d'idées, Alexandra Curry détaille la «cérémonie» du bandage des pieds, et explique, par la suite, toutes les conséquences que cela a. Là encore, je connaissais cette coutume barbare qui n'est là que pour satisfaire certains fantasmes masculins, mais ici, j'en ai appris les détails. En outre, il est perturbant de constater que Su Yin pense pendant longtemps qu'il aurait mieux valu pour elle que le bandage des pieds réussît totalement, car elle ne serait pas devenue servante. Pourtant, la liberté de son propre corps devrait être plus importante que le fait d'être assez «fabriquée» pour satisfaire un homme.

Lamama est cruelle. À un moment, l'auteur tente de montrer pourquoi elle est devenue ainsi: elle a subi, elle aussi, certaines choses lorsqu'elle était jeune. De ce fait, elle s'est endurcie à l'extrême. C'est sa façon de gérer le traumatisme. Certains (comme Su Yin) sont plus forts, certains (comme Jinhua) s'égarent, certains (comme la jeune fille qui occupait la chambre de Jinhua chez Lamama auparavant) s'enfuient à leur manière... Je n'ai pas du tout excusé Lamama, même si son attitude détestable s'explique quelque peu.

Je ne parlerai pas des autres personnages, mais chacun est intéressant.

À partir du chapitre 33 (il y en a 48), Jinhua m'a agacée pour une raison précise. Ensuite, elle a continué de m'agacer parce qu'elle se savait en tort, et égoïstement, ne voulait pas tenir compte de l'avis de Su Yin, qui était la voix de la raison. Après m'être énervée contre elle, je me suis dit que c'était la façon dont elle réagissait à la dureté de la vie envers elle. Cela ne m'a pas plu, mais l'héroïne a des circonstances atténuantes. En outre, elle sait tirer des leçons de ses expériences et de ses erreurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller pour les éditions Highbridge Audio.
J'ai été ravie de retrouver cette comédienne que j'aime beaucoup. Son ton est naturel, et elle parvient à modifier sa voix sans que ce soit indigeste. Je trouve toujours qu'elle a du mal à crier... Souvent, elle crie tout bas, ou comme si elle surinterprétait...