Une famille heureuse

L'ouvrage:
Voici les Copeland. Gordon et Jean ne trouvent plus aucun plaisir dans leur mariage. Priscilla, leur fille, est une peste superficielle. Otis, leur fils de neuf ans, conçoit de curieuses grilles de mots croisés et connaît ses premières amours. Théodore, le père de Gordon, a soixante-dix-sept ans, et souffre de la maladie de Parkinson. Vivian, grand-mère de Gordon, quatrevingt-dix-huit ans, donne son avis sur tout.
Chacun va vivre une expérience qui le touchera davantage qu'il n'aurait pu le croire.

Critique:
Elizabeth Crane réussit parfaitement à parler du quotidien d'une famille. Elle évoque des situations à la fois étranges et banales. Le charme indéniable de ce roman tient à l'humour avec lequel tout cela est raconté. Cynisme, causticité, Elizabeth Crane utilise ces deux éléments, et grâce à eux, rend hors du commun des situations qui pourraient s'enliser. En effet, le quotidien de cette famille dont on a du mal à apprécier les membres plongerait très vite le lecteur dans l'ennui s'il n'y avait pas cet humour cynique omniprésent. Vous n'éclaterez pas de rire, mais vous sourirez, et trouverez les remarques et la façon de les exposer à propos. D'autre part, on finit par s'attacher aux personnages qui, malgré (ou peut-être à cause de) leur défauts, ne laissent pas indifférent.

La façon de faire de l'auteur amène le lecteur à se moquer de certains personnages. Gordon et Priscilla atteignent le comble du ridicule. Quant à Jean, elle m'a agacée. Certes, sa situation est troublante, mais elle semble ne savoir que geindre sur son sort. Elle fait même des confidences à Otis... La compassion du lecteur pourrait être éveillée par ces situations, mais l'auteur préfère qu'il en rie. Ainsi raconte-t-elle des moments triste (le suicide de l'amant de Jean et l'effet qu'il a sur elle) de manière à en montrer le comique, voire le pathétique.

Chaque personnage est englué en lui-même. Ils vivent les uns à côté des autres, mais ne communiquent pas. Par exemple, Gordon tente de trouver la solution à ses problèmes sur internet. Ce qu'il prend pour des problèmes n'en sont d'ailleurs pas vraiment. J'ai bien aimé la démonstration de la romancière: sur le net, on trouve beaucoup de choses, on peut rencontrer des gens, mais tout dépend de la façon dont on s'en sert. Gordon agit comme dans sa vie de tous les jours.
Priscilla m'a (je cite) «genre» fait rire. Pour moi, c'est la pire des Copeland. Elle est si égoïste et si superficielle que mon rire a vite pris le pas sur mon exaspération.
Gordon, Jean et Priscilla réagiront pourtant de manière inattendue lorsqu'il s'agira d'un événement qui les touchera tous. Là encore, pour moi, c'est Priscilla qui se distingue. Je n'aurais jamais cru qu'elle pourrait me surprendre dans le bon sens. C'est ce qui fait que ces personnages sont complexes. L'auteur nous les montre dans leur quotidien, et au moment où on se dit qu'on pourrait vite s'en lasser et qu'ils sont sans surprises, elle sort une carte de sa manche. L'espèce de remise en question de certains, si elle est inattendue, n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe, ne détonne pas. C'était un pari risqué de la part de l'auteur.

Si Otis est, lui aussi, très préoccupé de lui-même, on lui trouve davantage d'excuses, d'abord parce qu'il est très jeune, mais aussi parce qu'il est le seul à penser un peu aux autres (voir entre autres la scène où il console Vivian).

À la fin du livre, Elizabeth Crane en raconte la genèse. J'ai trouvé cela intéressant. Il est toujours bienvenu d'apprendre comment un livre est né, comment il a été écrit, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Phébus dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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