Auteur : Couturiau Paul

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vendredi, 2 novembre 2012

Comme un parfun d'ylang-ylang, de Paul Couturiau.

Comme un parfun d'ylang-ylang

L'ouvrage:
Fin du dix-neuvième siècle.
Victor (avocat) et Nicole Grosmeyer sont lorrains. Ils vont s'installer au Tonkin. Ils y rencontrent très vite des gens qui deviennent leur amis et les aident à s'acclimater.

Critique:
J'ai trouvé ce roman inégal. D'abord, il est bien écrit. Le style narratif est recherché et soigné. Ensuite, le début est prometteur. Dans un décor bien planté, Paul Couturiau dépeint l'arrivée de ce couple qui est un peu perdu face à une vie totalement nouvelle, et qui tombent sur les bonnes personnes.
L'auteur décrit également le contexte historique et politique de manière à ce que le lecteur situe bien l'intrigue, mais ne soit pas ennuyé par trop de détails.

Les choses se gâtent quelque peu, car le romancier tisse plusieurs histoires d'amour dont certaines sont impossibles. Cela m'a agacée d'abord parce que cela fait basculer le roman dans le soap opéra. Ensuite, certaines histoires arrivent inopinément, et de manière très grosse. On dirait presque que certains personnages ont été drogués pour tomber amoureux de la mauvaise personne. Pendant un moment, l'écrivain se focalise sur Machin aime désespérément Truc, mais il/elle sait que c'est impossible... Raoul est sûrement celui qui m'a le plus agacée. Par amour, il n'hésite pas à mal agir, et se donne bonne conscience en se disant que ce qui compte, c'est qu'il regagne le coeur de sa femme. D'autre part, le pauvre m'a fait beaucoup rire parce que tout ce qu'il touche se désagrège. C'est monsieur Catastrophe! Cela n'a pas éveillé ma compassion. Il est plus pathétique qu'aimable. Il ne tente pas de s'en sortir, accumulant les gaffes, ne se remettant pas en question... Il se lance à corps perdu dans des manigances compliquées qui le rendent détestable, mais surtout de moins en moins crédible.
D'une manière générale, les personnages ne sont pas très creusés. Et puis, certains font des raccourcis simplistes: si tu collabores avec les français, tu es contre ton pays... Ça se venge pour des riens...

D'autre part, le fait que Victor et Nicole tombent tout de suite sur plusieurs personnes prêtes à les aimer sans les connaître est un peu gros. Certaines choses s'expliquent en partie, mais tout de même...

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup ce lecteur. Sa voix est agréable. De plus, il met toujours l'intonation appropriée. Enfin, il a réussi à lire les mièvreries ayant trait aux histoires d'amour sans en faire trop, ce qui a rendu le tout supportable.

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lundi, 5 janvier 2009

Les brumes de San Francisco, de Paul Couturiau.

Les brumes de San Francisco

L'ouvrage:
Les années 1840.
Catherine est jeune, mais elle sait ce qu'elle veut. Elle refuse absolument d'épouser celui que son père lui destine. Elle désire épouser Eugène Tourneur, un journaliste. Elle décide de fuir la France avec lui. Des rêves plein la tête, ils embarquent pour l'Amérique, immense pays regorgeant de terres encore inexplorées, et, pensent-ils, de possibilités innombrables de faire fortune.
Ils se marient. Bientôt, Catherine donne naissance à un enfant, Thomas. Mais San Francisco, ville où ils sont établis, n'est pas uniquement le pays de Cocagne auquel ils s'attendaient.

Critique:
À défaut de m'avoir vraiment plu, on peut reconnaître une qualité indéniable à ce roman, qualité que je recherche, et ne trouve pas assez souvent dans mes nombreuses lectures: il est réaliste. Catherine ne tombe pas amoureuse du premier gentil garçon venu, comme c'est trop souvent le cas, dans les romans.
Par ailleurs, les personnages agissent selon leurs convictions, leur coeur, se basent sur leur passé pour construire leur futur. Tout cela fait qu'ils sont épais et construits. Bien sûr, certains, comme Catherine, nous semblent implacables, aveuglés par la haine, mais elle n'est pas du tout caricaturale, son personnage est crédible.
Lorsqu'on finit par apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à Eugène et à Thomas, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire ressentir de la pitié pour celui qui commit ces actes barbares. Cela prouve encore une fois que le contexte, les circonstances, et surtout (comme je ne cesse de le répéter dans beaucoup de situations), le facteur humain sont les plus importants. Mais on comprend aussi la détermination de Catherine qui a passé son existence à essayer de survivre, et dont la haine était la seule raison d'être.

L'aspect qui m'a le plus dérangée ravira, j'en suis sûre, certains lecteurs. En fait, sur environ 60 ans, Paul Couturiau nous dépeint l'évolution de la ville. Son roman est tellement émaillé de faits divers et de descriptions, que cela en ferait presque un documentaire historique. Tous ces détails sur l'expansion et les événements de la ville sont captivants, surtout que l'Amérique en était à ses débuts en tant que pays "civilisé", mais je me suis trouvée noyée sous un flot de détails. Voilà pourquoi je pense que ce qui m'a rebutée en enchantera d'autres, car j'ai conscience que l'auteur s'est documenté, et a construit son livre avec une minutie rare. Il y a un contraste fascinant entre les endroits encore "sauvages" où les expéditions se perdent, et cette ville en plein essor où les tremblements de terre se déchaînent, où on n'hésite pas à commettre des atrocités, et où tout se développe. On ressent très bien le choc entre la "civilisation" et la "nature".

C'est l'une des rares fois où un livre n'a pas su me toucher, mais où je reconnais que c'est un bon ouvrage, ouvrage que je recommande, en fin de compte! ;-)

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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