L'adieu à la femme sauvage

L'ouvrage:
Allemagne, février 1945.
Johanna et son amie, Hella, assistent à la représentation d'un cirque. C'est alors que la ville est bombardée. C'est la débandade.

Critique:
À l'heure où beaucoup d'écrivains usent et abusent de ce sujet douloureux qu'est la seconde guerre mondiale, il est bon de lire un livre pas très récent, évoquant ce sujet à travers les yeux de personnages comme une enfant, une femme blessée, etc.
L'auteur aborde avec justesse et sensibilité certains thèmes assez difficiles. Franz explique à Johanna que si l'Allemagne a été bombardée, c'est la faute des nazis. Franz est radical en disant que c'est la faute des allemands. D'autres, comme Miléna, savent prendre du recul. Quant à Martha, elle déteste Johanna parce qu'elle est allemande, et lui met tous les crimes nazis sur le dos. Apparemment, les sentiments de Martha sont plus complexes, plus inavouables, comme le subodore Miléna...
Quoi qu'il en soit, les personnages sont forts, et intéressants, ont quelque chose à dire, qu'on les apprécie ou non.

Justement, je n'ai pas réussi à apprécier Léni. D'abord à cause de sa préférence marquée pour l'une de ses filles. Cela fait qu'elle s'enferme dans ses souvenirs... ou plutôt dans son refus de se souvenir.
Ensuite, c'est une mère, c'est à elle d'assumer le rôle de la personne protectrice vis-à-vis de Johanna. Pourtant, elle n'en a pas la force. J'ai trouvé cela égoïste de sa part. Bien sûr, elle ne le fait pas exprès, mais elle n'a pas su aller puiser les ressources qui auraient fait d'elle une mère sur qui Johanna aurait pu s'appuyer.

Johanna est fascinante. En peu de temps, elle est forcée de grandir, à douze ans et demi. Henri Coulonges brosse le portrait d'une fillette admirable, dont les colères renforcent l'humanité et le réalisme. L'enfant qu'elle est encore ressurgit quand elle est avec le professeur ami de son père. Mais là encore, elle sait analyser ce qui lui arrive. Elle n'est plus la petite fille insouciante et vite effrayée du premier chapitre. Le livre est le parcours initiatique de cette enfant, son apprentissage, comme en accéléré, de la vie.
À ce propos, la nuit où Johanna erre dans la rue, avant qu'elle ne retrouve sa mère, est, pour moi, la partie la plus réussie du roman. L'ambiance est très bien rendue, ainsi que les sentiments de Johanna. Le lecteur voit déjà la grande force morale de la fillette.
En outre, on a l'impression d'être au milieu d'un immense «bal masqué»: une foule d'anonymes se côtoie, ces inconnus se perdent, se rencontrent...

Si les derniers actes de Johanna sont en accord avec sa personnalité, j'avoue ne pas être d'accord avec l'événement, créé par l'auteur, qui la pousse à cela. Il aurait pu choisir une autre fin: le roman n'en aurait pas été moins vraisemblable. Je l'aurais préférée, mais pas seulement parce que j'aime tel ou tel genre de fin. Non, mais parce qu'elle n'aurait pas détonné. Cette fin a gâché ma lecture. Je pense que l'auteur l'a imaginée ainsi pour accentuer l'amertume du lecteur... mais elle ne me convient pas.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'apprécie beaucoup Anne Grillet qui parvient à mettre l'intonation appropriée sans trop en faire. C'est assez impressionnant lorsqu'un personnage hurle, par exemple, et que, sans crier, Anne Grillet fait passer le désarroi (ou la douleur, ou autre) du protagoniste.

Acheter « L'adieu à la femme sauvage » sur Amazon