Auteur : Coulonges Georges

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mardi, 7 août 2012

La fête des écoles, de Georges Coulonges.

La fête des écoles

L'ouvrage:
Fin du dix-neuvième siècle.
Adeline vient de terminer l'école normale. Elle va être institutrice. Elle sera d'abord en butte à l'agressivité du maire et de l'instituteur, qui refuse que quelqu'un d'autre que lui dispense un enseignement quelconque aux filles du village. L'école laïque en est à ses débuts, et n'est pas encore acceptée par certains.
D'autre part, le coeur de la jeune femme bat pour un garçon entraperçu, Elie Chabrol, mais Alphonse Durieux, camarade d'Elie, a juré qu'Adeline serait sa femme.

Critique:
Georges Coulonges fait partie de ces auteurs qui savent écrire. Voilà un roman du terroir qui ne tombe pas dans le mièvre ou le pathos, comme c'est trop souvent le cas. L'auteur s'attache à décrire une époque, des moeurs, des personnalités, tout cela alors qu'une espèce de bouleversement a lieu: l'école laïque tente de s'imposer. Il est fascinant de se dire que certaines choses qui nous semblent acquises aujourd'hui l'ont été de haute lutte. Il est intéressant de voir comment la jeune Adeline doit combattre à la fois superstitions et sexisme.
J'ai aimé que l'auteur distingue la machine des hommes. Je veux dire que l'abbé du premier village où enseigne Adeline n'est pas un fervent défenseur de l'école religieuse. L'église voudrait stopper l'avancée de l'école laïque, mais tous ses émissaires ne font pas preuve d'intolérance. C'est cet abbé qui, jusqu'au bout, se démarquera, affirmera son intelligence, sa tolérance, sa douceur.

J'ai apprécié la scène où les normaliens croisent les normaliennes et où la directrice s'en offusque. D'abord, cette scène est cocasse. De plus, elle semble incongrue à un lecteur de notre époque. Je ne savais pas à quel point les moeurs étaient prudes.

Le contexte historique, si bien décrit, explique en partie l'attitude et la personnalité d'Adeline. À mon sens, elle restera timorée jusqu'au bout. Elle prône l'école laïque, la tolérance des croyances, mais a bien du mal à appliquer ce qu'elle prêche. Elle se marie par faiblesse, et reste fidèle par piété, ce qui n'est pas forcément une bonne chose. Sa foi l'entortille dans des chaînes en ce qui concerne certaines façons de penser et d'agir. On dirait qu'il ne lui est pas facile de penser par elle-même, Elle est tiraillée entre ce qu'elle croit et ce qu'elle vit, et ne parvient pas à harmoniser les deux. Elle ne connaît pas vraiment la nuance. Et pourtant, elle y sera confrontée, par exemple, à cause de l'attitude de sa mère, Marie. Et pourtant, en tant qu'institutrice, elle se montre tolérante et compétente.
Adeline représente une espèce de transition entre deux mondes.

Marie est sympathique justement parce qu'elle n'est pas parfaite. Elle veut le meilleur pour sa fille, et fait ce qu'elle croit être le mieux. Ensuite, on peut réprouver sa conduite, mais on comprend que la vie ne lui a pas fait de cadeaux.
C'est Angèle qui représente le mieux la tolérance. Elle a vécu, a su tirer des leçons de la vie, a su se servir de ses expériences.
Je n'ai pas pu m'attacher à Alphonse. Il a des circonstances atténuantes, et n'a pas toujours tort, mais le personnage me déplaît en général.

L'auteur plonge ses personnages principaux dans une situation inextricable sur le plan personnel. Je ne savais pas vraiment comment il allait les en sortir sans que cela ait l'air invraisemblable ou bâclé. Je n'ai pas vraiment apprécié la fin, mais force m'est de reconnaître qu'il ne pouvait pas y en avoir d'autres...

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Yves Fournier pour l'association Valentin Haüy.
J'apprécie beaucoup ce lecteur qui a une voix agréable, et sait lire de manière sobre, tout en jouant quand il le faut. Il feint à merveille la colère, la détresse, le dégoût, la forfanterie, la pruderie (notamment dans la scène où les garçons rencontrent les filles exprès), l'outrage.

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lundi, 21 janvier 2008

Les sabots de Paris, de Georges Coulonges.

Les sabots de Paris

L'ouvrage:
1842.
Sylvestre-Marcelin Chabrol, maçon, quitte sa Creuse natale pour aller trouver du travail à Paris. Il est gai, plein d'espoir, prêt à travailler de toutes ses forces pour aider sa famille.
Anne (dite Nanette) quitte sa Normandie natale pour chercher une place de domestique à Paris. Elle espère trouver une bonne place, et pouvoir aider sa famille nombreuse.
Aux portes de Paris, Sylvestre et Nanette vont se rencontrer brièvement. Puis chacun ira son chemin. C'est plus tard qu'ils se reverront, se souviendront l'un de l'autre, et feront plus ample connaissance. Ils sont tous deux perdus dans cette grande ville, bruyante, fourmillante. C'est ce qui va les rapprocher.

Critique:
Ce roman est très agréable à lire. L'auteur dépeint excellemment les décors, l'ambiance de la ville de Paris à cette époque. J'ai été totalement immergée dans l'histoire et dans son décor. Par le récit de scènes du quotidien de la vie de gens humbles et vrais, par des détails, l'auteur tisse savamment son histoire, et le lecteur est pris, captivé, immergé dedans.
Le mépris de certains maîtres envers leurs domestiques (madame Guérin n'hésite pas à renvoyer Nanette pour une peccadille, et ne parlons pas des avis méprisants de madame Limo-Maynard (je n'ai pas l'orthographe exacte du nom)), la précarité de la vie pour les petites gens, certaines croyances idiotes (les étrangers à la ville porteurs de microbes), les barrières de la langue (on n'hésitait pas à se moquer de ceux qui parlaient le patois de leur région), tout cela se retrouve dans ce roman.

Quant à l'intrigue, Georges Coulonges a su la construire aussi bien qu'il a su planter le décor. On vibre avec Sylvestre et Nanette. On partage leurs bonheurs et leurs tristesses.
On comprend le dilemme de Sylvestre quant à Nanette et à Angèle. On le voit se débattre pris au piège de ses sentiments.
Et Nanette, ce petit oiseau fragile: les épreuves se chargent de la piétiner, de lui voler sa pureté. C'est bien sûr elle, mon personnage préféré. Elle lutte, elle se bat pour survivre, elle a foi en son amour, elle réussit à le préserver malgré tout. Elle ne peut qu'attirer la sympathie du lecteur. Elle pourrait paraître un peu gourde, mais au fur et à mesure du livre, elle nous apparaît seulement timide, et ayant envie de bien faire.

Quant à la fin... Il fallait bien qu'il y eût une fin. Il fallait bien que cette situation inextricable se dénouât d'une manière ou d'une autre. Puisque les hommes n'ont pas su la résoudre, la vie s'en est chargée. Tant qu'à faire j'avoue que j'aurais préféré que le contraire se passât. Pourquoi l'auteur a-t-il préféré sacrifier tel personnage plutôt que tel autre? Je ne pense pas que ce soit un message qui veuille dire que celui qui a péché mourra par là où il a péché. Cela pourrait, mais honnêtement, je ne le pense pas.
Une question reste après cette fin. Que va-t-il advenir de Marceline? Il aurait sûrement été délicat que Sylvestre la ramenât chez lui, mais je pense que cela aurait été préférable...

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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