Mutation

L'ouvrage:
Victor et Marcha Franck ne peuvent pas avoir d'enfants. Ils ont donc recours à une mère porteuse. Dès sa naissance, l'enfant qui naît, VJ (Victor Junior), ne se comporte pas comme un nourrisson. Il fait très vite preuve d'une intelligence hors du commun.

Critique:
L'idée de départ est bonne parce qu'elle est exploitée différemment de ce qu'on pourrait croire. VJ est un enfant surdoué, on sait à quoi c'est dû, et c'est crédible. Malheureusement, l'intrigue perd vite de son attrait. D'abord, le livre est extrêmement lent. À part Jesse Kellerman, je n'ai jamais vu un auteur faire tant de remplissage.

Ensuite, le style est d'une platitude déconcertante. Je sais bien que dans ce roman, ce qui importe le plus, c'est l'intrigue. En général, je ne suis pas très difficile quant au style. Mais ici, je n'ai pu m'empêcher de remarquer son extrême banalité. En outre, je connais des auteurs qui, malgré une intrigue dominante, prennent la peine de soigner leurs écrits. Ici, l'intrigue est plutôt desservie par le style.

Si l'idée de départ est bonne, le lecteur déchante très vite. Il sait très rapidement qui est derrière tous les événements inquiétants qui arrivent.
De plus, la fin est convenue. Et puis, on ne sait pas trop comment cela est possible. Est-ce le fruit d'une autre expérience? Ou bien est-ce celui de la même? Mais comment se fait-il que ce soit tombé sur une fille qui n'a pas, apparemment, subi d'intervention? Tout cela reste très flou. On se demande également comment Marcha pourra éradiquer le danger qu'elle sent planer. Cela se termine là-dessus. C'est bien trop facile de faire une telle fin! L'auteur a voulu créer un retournement de situation, mais il plonge le lecteur dans l'invraisemblance (car il manque des données). Ajoutons à cela que ce genre de fin est un écueil.

Par ailleurs, les personnages ne sont pas creusés. Victor est aveuglé par l'ambition. Il finit par se rendre compte de ce qui se passe, mais il est assez agaçant.
VJ n'est absolument pas sympathique. Il est manichéen. Il veut quelque chose, il écrase ceux qui l'en empêchent. Il n'a aucun état d'âme. Malgré toutes ses longueurs, l'auteur n'a pas pris la peine de creuser la psychologie de VJ, de le rendre plus épais. Sous prétexte que ses gènes ont été trafiqués, il est sans conscience. C'est un peu gros.
Marcha est sympathique au lecteur, parce qu'elle cherche à comprendre, mais ce n'est pas un personnage attachant. Elle ne se démarque pas par des qualités qui lui seraient propres.

Je ne peux terminer cette chronique sans vous faire partager une citation que je trouve hilarante, tant elle est absurde. Je la cite de mémoire, ce ne sera donc sûrement pas les mots exacts, mais l'idée y est.
«Quand VJ avait voulu avoir un coffre à la banque, ils s'étaient dit que c'était un caprice d'enfant.» Oui, bien sûr, un enfant de dix ans, ça réclame un coffre à la banque, c'est absolument normal et évident! Il aurait été bien plus logique que l'auteur écrivît: «(...) ils s'étaient dit que ses désirs étaient à la hauteur de son QI, il n'avait pas des désirs d'enfant parce qu'il ne réfléchissait pas comme un enfant.» (Ou quelque chose dans ce style.)

Éditeur: Sylvie Messinger.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Piette pour la Ligue Braille.

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