Ecoute-nous

J'ai lu ce roman sous le titre «Angie, treize ans, disparue», édité par France Loisirs.

Note: Pour ma chronique, j'ai dû dévoiler un élément qu'on ne découvre pas tout de suite, il est vrai, mais relativement tôt dans l'histoire

L'ouvrage:
Angie rentre de colonie de vacances. Lorsqu'elle arrive chez elle, la réaction de ses parents la surprend: ils agissent comme s'ils ne l'avaient pas vue depuis plusieurs années. De fait, trois ans se sont écoulés depuis cet été où Angie alla en colonie de vacances et disparut. Seulement, l'adolescente n'a aucun souvenir de ces trois années. Elle pense être rentrée chez elle après quelques jours de camp de vacances.

Critique:
Je n'ai pas pu lâcher ce livre. Bien sûr, il décrit une situation délicate et oppressante, mais au-delà des événements que le lecteur finira par apprendre, l'auteur aborde l'idée sous un angle différent de ce que j'ai lu jusqu'alors. Très vite, on découvre qu'afin de se protéger des horreurs vécues, Angie s'est forgé différentes personnalités qui géraient les situations délicates à sa place. Il fallait qu'elle sache cuisiner: la Scout apprenait et adorait cela. Elle devait apprécier les viols répétés de son agresseur: Petite Femme était là et... aimait ça. C'est une espèce de déformation ou d'exagération du syndrome de Stockholm: pour ne pas s'écrouler, afin de préserver ce qui peut l'être, on tente d'y trouver quelque chose de positif.
D'autre part, la théorie de la dissociation est très poussée dans ce roman. Personnellement, je ne m'y connais pas du tout, et je me demande si l'auteur s'est documentée ou si elle a exagéré le phénomène pour son roman. Tout cela est assez effrayant et captivant à la fois. Certains pourraient voir cela comme une vaste plaisanterie, une théorie spectaculaire que Liz Coley a poussé à l'extrême. Cela n'a pas été mon cas, car cela m'a fait réfléchir quant à la mémoire, aux «compartiments» que l'on met parfois dans sa tête (sans pour autant tout occulter), à la petite voix intérieure qui joue le rôle de la conscience ou qui exhorte à être courageux, à la manière dont on réagit afin de vivre avec un événement traumatisant. Ce roman n'est pas uniquement un thriller à la théorie étrange. Il fait réfléchir.
Cette théorie permet également à Liz Coley d'analyser la psychologie de son personnage en profondeur.

L'intrigue est prenante. L'auteur ne laisse aucun temps mort.
J'ai deviné certaines choses, mais cela n'a pas gâché ma lecture. Bien sûr, ce roman m'a rappelé «Twist» et «Séquestrée» à cause de la similitude de certains faits (c'est inévitable, étant donné la ressemblance de l'idée de départ), mais cela ne m'a pas gênée non plus. J'ai plutôt apprécié que les choses soient abordées par différents biais, qu'il y ait d'autres façons de penser, d'agir.

J'ai apprécié que le docteur Grant soit humaine, qu'elle ne soit pas confinée dans ses certitudes, qu'Angie ne soit pas un cas à ses yeux. Bien sûr, elle est fascinée et curieuse quant aux personnalités de l'adolescente, mais elle ne tente jamais de l'écraser, de la juger, et reconnaît ses erreurs.

Les parents d'Angie m'ont parfois agacée. J'ai bien compris leurs réactions, tout au long du roman, mais il m'a semblé qu'en tant que parents, ils n'ont pas toujours été à la hauteur. Je sais que je suis injuste envers eux.

Ibrahim est peut-être un peu trop parfait, mais cela ne m'a pas gênée, car par ailleurs, Liz Coley nous montre des personnages et des réactions assez détestables pour être vraisemblables. Et puis, des «gentils», ça existe aussi, dans la vie. :-)

Il y a une incohérence. Il y a une chose que le lecteurs et Angie ne sauront pas. Le policier l'explique d'une manière, et Angie se dit qu'il y a peut-être une autre explication. Cependant, il me semble que si cela s'était passé comme l'un ou l'autre l'a supposé, il devrait y en avoir des traces.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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