Filer droit

L'ouvrage:
Angleterre.
Luke est adolescent. Son père est en prison, sa mère peine à élever ses trois enfants dans un logement trop petit. Luke vole. Quand il ne garde pas ses larcins, il les revend.
Un jour, il veut dérober une paire de baskets dans une voiture. Cela tourne mal. Luke ayant déjà eu plusieurs chances, il pense aller en maison de redressement. Cependant, la famille victime de son vol lui propose un étrange marché...

Critique:
Ce roman plonge son lecteur (à l'instar de son personnage principal) dans un univers qu'il ne connaît pas forcément, celui des aveugles. Michael Coleman parvient très bien à présenter les choses de manière à ce que cela s'insère dans l'intrigue, et que cela ne paraisse pas fastidieux. Le lecteur découvre les choses en même temps qu Luke. Pour ma part, étant très pinailleuse, j'attendais l'auteur au tournant. J'attendais qu'il sorte un cliché du genre «toucher le visage de quelqu'un est un moyen imparable pour le reconnaître». Heureusement, il ne l'a pas fait. Pour moi, il maîtrise bien son sujet. Bien sûr, certaines choses m'ont interpellée. Par exemple, il est vrai que le moyen réellement imparable de reconnaître quelqu'un est sa voix. Cependant, je ne pense pas qu'une voix peut se mémoriser alors qu'on l'a seulement entendue prononcer une courte phrase. Certaines voix sont plus faciles à «apprendre» que d'autres. Je sais que je reconnais certaines personnes rien qu'à les entendre dire «bonjour», mais cela n'arrive pas avec toutes les personnes que je connais. En outre, les voix que je reconnais ainsi sont des voix que j'ai entendues souvent et longtemps.
D'autre part, lorsque l'auteur explique des choses vraies pour certains aveugles (certains comptent les pas pour des trajets qu'ils font souvent, tapent sur un clavier azerty et ont un afficheur braille...), il aurait été judicieux qu'il dise que tous n'agissaient pas ainsi. En effet, certaines personnes qui connaissent mal un «univers» se figureront que tous les aveugles font ceci ou cela comme c'est décrit dans le livre.

Luke est parachuté dans ce monde dont il ignore tout. Au début, tels certains lecteurs, il énonce des clichés comme: «Ouais, ça doit pas être chouette d'être privé de télé à vie». Il m'a bien fait rire Ensuite, il s'étonne lorsque la personne à qui il a affaire indique qu'elle sait que telle chose se trouve ici ou là, ou qu'elle sait à côté de quoi ils viennent de passer pendant leur trajet. Ici, Michael Coleman n'exagère pas du tout. Un jour, un de mes collègues était tellement étonné d'une chose que je lui ai dite qu'il pensait que je l'avais vue.
À un moment, Luke indique à la personne qu'il guide qu'il y a tel obstacle. Elle lui explique alors que lorsqu'il y a un obstacle, il n'a pas forcément à le lui dire: ce qu'il faut, c'est le lui faire éviter. Pour moi, cette remarque est logique, mais je me rends compte qu'elle ne l'est pas forcément pour une personne qui voit. Là encore, l'auteur a eu raison de créer cette situation.

À un moment, Luke est «forcé» d'entrer totalement dans ce «monde»: le groupe a besoin de quelqu'un pour compléter une équipe lors d'une partie de ballon. Là encore, les réactions de Luke sont très bien décrites.

Notre héros, se trouvant propulsé dans l'inconnu est forcé d'ouvrir les yeux (si j'ose m'exprimer ainsi), sur le monde qui l'entoure. Il découvre que la vie, ce n'est pas uniquement voler, être admiré de ceux qui souhaiteraient faire pareil, craindre les petits caïds du quartier... Il découvre qu'il y a autre chose. Bien sûr, rien n'est simple. L'auteur parvient à ne pas tomber dans le mièvre, même si les cyniques diront que certains événements se passent un peu trop bien. Peut-être, mais ils sont préparés, n'arrivent pas inopinément.

Un livre sympathique qui détend, instruit, et fait un peu réfléchir.

Éditeur: le Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-France Javet pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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