Auteur : Coe Jonathan

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mercredi, 7 août 2013

La vie très privée de mister Sim, de Jonathan Coe.

La vie très privée de mister Sim

L'ouvrage:
Maxwell Sim est en dépression. Il ne s'est jamais vraiment entendu avec son père. Sa femme, Caroline, l'a quitté après plusieurs années d'un mariage tiède. Sa fille, Lucy, le considère avec une pitié amusée. Il n'a plus de travail...

Critique:
Jusqu'à un certain point, ce roman m'a plu. Jonathan Coe louvoie avec maestria entre humour, dérision, critique d'une certaine société. J'ai ri tout en me désolant lorsqu'au moment de se faire agresser, notre héros remercie le ciel: enfin un contact humain! Que dire lorsqu'il relève son courrier électronique?... Ce fut une grande scène de rire pour moi. Bref, plus Max raconte sa vie, plus on le plaint tout en se moquant un peu de lui.

Ensuite, l'auteur s'arrange pour que le lecteur connaisse d'autres pans de la vie du héros par divers procédés. À force, je me suis attachée à ce personnage fragile et sensible. J'ai fini par ne plus me moquer de lui.

À mesure de l'avancée du récit, des correspondances, des indices (dont certains donnés très tôt), le lecteur est amené à comprendre quelque chose d'important quant à la famille de Max. Si le tout n'est pas trop mal amené, j'ai eu la sensation que l'auteur était un peu léger sur certaines choses. En effet, si la «confusion» qui décidera de la naissance de Max éveille quelque peu la compassion, elle paraît un peu légère. Si cela avait été si important, le personnage responsable aurait été plus précis.
De plus, à cause de ce que nous apprenons, le récit d'un protagoniste est vu sous un autre jour. Certes, mais il y a une incohérence: le protagoniste en question explique bien la manière dont est posée la photo (clé de l'énigme). L'auteur fabrique un indice qu'il souhaite interchangeable afin de retarder une révélation, mais à cause de la position de la photo, ce n'est pas crédible.

J'ai été déçue par la fin. Ce n'est pas la première fois que Jonathan Coe, après un roman assez réussi, crée une fin qui gâche tout. Ici, j'ai eu l'impression qu'il souhaitait créer un coup de théâtre vraiment époustouflant. Il n'a réussi qu'à me faire soupirer d'ennui. Pour moi, la toute fin fait que le tout retombe à plat. Il pouvait faire une fin moins théâtrale mais qui aurait eu l'air moins bâclé, moins spectaculaire. Certes, le spectaculaire est voulu par l'auteur, mais il aurait sans doute pu le créer autrement. Du reste, au long du roman, il y en a assez.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Philippe Diserens a une voix agréable et une lecture fluide. Il fait partie des rares lecteurs qui ne lisent pas trop lentement. Je regrette simplement qu'il tente de prononcer les noms propres avec un accent anglophone.

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lundi, 17 décembre 2012

La femme de hasard, de Jonathan Coe.

La femme de hasard

L'ouvrage:
Maria vient d'être admise à Oxford. Cela ne la réjouit pas vraiment. En effet, rien ne contente vraiment la jeune fille. Elle se demande souvent à quoi sert la grande mascarade de la vie.
Jonathan Coe raconte plusieurs années de la vie de cette personne de nature pessimiste.

Critique:
Je ne sais pas trop ce qu'a voulu faire l'auteur, mais il est sûr qu'il m'a bien fait rire. Certains personnages et situations sont si ridicules! J'ai même eu un fou rire: à un moment, Maria suit celui pour qui bat son coeur à l'insu de ce dernier. Elle ne sait pas que Ronnie (son amoureux transi qui la demande en mariage tous les jours), la suit. La situation est déjà grotesque. Mais voilà que Maria décide de s'en aller... au moment où Ronnie est aux toilettes!
Ce rire n'est pas forcément une bonne chose, car cela m'a fait mépriser les protagonistes.

Jonathan Coe a créé d'autres situations loufoques où l'on rit aux dépens des personnages. Cependant, à force de vouloir trop en faire, il m'a ennuyée. Par exemple, Maria est pessimiste, mais elle attire certains de ses ennuis. Au bout d'un moment, au lieu de la plaindre, ou de rire de ce qui lui arrive, j'ai été agacée. Elle aurait pu être intéressante si elle avait pris de bonnes décisions.
Il est étonnant qu'elle ait une amie comme Sarah. En effet, celle-ci est un soutien, et donne des conseils avisés jusqu'au moment où elle se marie. À ce point du récit, elle se transforme en dinde superficielle qui ne jure que par le mariage, sans admettre que le bonheur d'être à deux ne dépend pas uniquement du fait d'être à deux.
L'auteur montre des personnages peu aimables qui font certaines choses parce qu'elles se font (ou ne se font pas), mais ne pensent pas vraiment à ce qu'ils voudraient, à ce qui les rendrait heureux. C'est sûrement une critique de la société, mais il est dommage que l'écrivain ait mis tout le monde dans le même sac.

Si l'intrigue se tient jusqu'à un certain point, à la fin du chapitre 8 (il y en a 10), tout se défait. À la fin du chapitre 8, l'auteur crée un événement inattendu. Et il ne l'explique pas. Il laisse le lecteur se demander pourquoi les choses ont tourné ainsi. Ce procédé est malhonnête: l'auteur a voulu écrire un rebondissement de taille, et sachant qu'il ne pourrait l'expliquer, a tout simplement décidé de faire comme si de rien n'était. Le lecteur pourra tenter d'expliquer cet événement, mais la façon de faire de l'auteur donne une impression d'inachevé.

Jonathan Coe prend souvent la parole pour apostropher le lecteur ou dire ce qu'il pense de Maria, ou faire des remarques amusantes sur son style, le lecteur, la rhétorique, etc. Ce procédé est sympathique, car les interventions sont inattendues, puis souhaitées pour la drôlerie qu'elles apportent. Néanmoins, certaines sont un peu longues et ne font qu'alourdir le récit de considérations pompeuses.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Manon Aubertin pour l'INCA
Je trouve regrettable que la lectrice prononce certains noms propres (Ronnie, Dorothy, etc) à l'anglaise.

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mardi, 24 janvier 2012

Testament à l'anglaise, de Jonathan Coe.

Testament à l'anglaise

L'ouvrage:
Voilà plusieurs années, Michael Owen écrivit un livre sur les Winshow, famille anglaise riche et influente. Il y raconta, entre autres, le scandale provoqué par Tabitha, après qu'elle a accusé son frère, Lawrence, d'avoir commandité l'assassinat de leur frère. C'est à la suite de cela que Tabitha fut internée.

Le chemin de Michael croisera à nouveau celui des Winshow d'une manière assez inattendue.

Critique:
Mon premier reproche pourrait sembler primaire, mais j'avoue que j'ai été dérangée par la structure du livre. Entre retours en arrière et alternance des points de vue, le tout donne une impression de fouillis dans lequel il est parfois difficile de se retrouver. C'est une espèce de jeu de pistes intéressant, mais parfois un peu épuisant. Le roman n'aurait rien perdu de sa force s'il avait été moins «éparpillé». Pour moi, il y aurait même gagné.
L'auteur disperse des indices que nous devons rassembler, ce qui n'est pas toujours facile, étant données l'épaisseur et la complexité du roman. Jonathan Coe s'attache à décrire cette famille détestable avec brio et causticité. Je me suis surprise à apprécier cette description. Pourtant, en général, je n'aime pas les personnages caricaturaux et manichéens, comme le sont les Winshow. Force est de reconnaître qu'ils sont criants de vérité, malgré leur air cliché. Chacun évolue dans un monde où il est dur de ne pas devenir un requin: politique, finance, télévision, alimentaire... Cependant, il ne faut pas s'y tromper: les Winshow ne sont pas devenus mauvais à cause de leur travail, c'est leur rapacité et leur absence de cœur (que l'on devine pour certains lors du repas donné pour l'anniversaire de l'un d'eux), qui ont fait qu'ils ont fait tel ou tel travail. Chacun s'illustre le plus mal possible dans sa branche. Par exemple, Hilary étale son incompétence et sa bêtise généreusement et avec emphase, se croyant très spirituelle. Tous les Winshow (excepté Mortimer) réunissent en eux le pire de ce qu'on peut trouver. Le lecteur s'en désolera, en rira parfois, tant c'est grotesque.
Cela s'illustre bien dans la scène où Henry, très fier de lui, explique une nouvelle stratégie: réduire les repas gratuits dans les écoles. Ainsi, les pauvres mangeront davantage de choses pas chères (biscuits, chocolat, etc). Henry explique que le sucre amoindrissant les facultés du cerveau, il sera plus facile d'avoir une population moutonnière, puisqu'elle aura été «lobotomisée».

J'ai ressenti de la compassion, de la tendresse, mais aussi de la colère contre George. C'est un personnage sympathique (ce n'est donc pas un Winshow), qui a certaines valeurs, et qui, en plus, aime et respecte les animaux. Cependant, sa faiblesse de caractère m'a agacée. Il faut dire qu'il n'a pas été très futé de laisser Dorothy tout gérer. Je comprends ce qu'il finit par faire, mais c'est d'autant plus rageant que cela montre encore une fois la suprématie écrasante des Winshow.

Personne n'est médecin, chez les Winshow. Mais il aurait été «amusant» de trouver l'un d'eux dans cette branche. Lorsque Michael décrit ce par quoi Fiona passe dans au moins deux hôpitaux, j'imaginais un Winshow profitant du système, accumulant les idioties en ne pensant qu'à lui... Tout ce que dit l'auteur est assez réaliste: le fait que le malade traité comme un objet est montré de diverses manières. Par exemple, Fiona se rend à l'hôpital parce qu'elle y a rendez-vous: la première fois, le médecin est parti (et on n'a pas prévenu Fiona); la seconde fois, on a perdu ses radios...

J'aime la façon dont le thème de l'écriture est abordé. On en voit plusieurs facettes, plusieurs mécanismes. Par exemple, lorsque Graham et Michael confrontent leurs opinions, chacun est très sûr de lui, et voit l'écriture sous des angles très différents. J'ai quand même trouvé l'opinion de Graham trop tranchée et trop simpliste.
Le passage où Michael essaie d'écrire une scène érotique est amusante. On voit un écrivain se débattant dans un genre qui semble facile, mais qu'il ne parvient pas à maîtriser, tant il le méprise. En effet, il ne doit pas être très dur d'écrire une telle scène, mais pour certains, cela est si peu attrayant que ça en devient impossible.

À côté de cela, le lecteur suivra la vie de Michael avec intérêt. À cause d'éléments particuliers de son passé, il devient quelque peu misanthrope. On ne saurait l'en blâmer. Ce qui lui arrive avec Fiona le fait étrangement évoluer dans le bon sens, alors qu'on aurait pu croire que cela le pousserait à se replier sur lui-même.

Je n'ai pas aimé la toute fin. Au départ, il y a quelque chose de jubilatoire à découvrir le raffinement avec lequel l'un des personnage donne une leçon à ceux qui furent haïssable toute leur vie. Mais pour moi, la toute fin gâche tout. C'est peut-être une manière de dire que la vie est ainsi, et que de toute façon, Michael restera à jamais inextricablement lié aux Winshow. Soit, mais cela m'a déplu. En outre, l'auteur veut tellement renforcer le lien entre Michael et la famille que ça en devient un peu artificiel. Je pense surtout au film dont tous les personnages parlent, et qui obsède Michael, parce que c'est un tournant, une découverte clé de sa vie.

Remarques annexes:
J'ai trouvé fine l'analyse que Michael fait de la situation présentée dans la dernière partie de Cluedo.
Il est intéressant de lire l'historique du magnétoscope.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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