un hiver avec baudelaire

L'ouvrage:
Philippe et Sandrine sont divorcés depuis deux mois. Philippe habite toujours avec son ex-femme. Mais celle-ci, excédée, le jette dehors. Il n'y a que Claire, la fille du couple, qui s'en désole.
Philippe est commercial. Mais à la suite de chiffres d'affaires inexistants, et d'un coup d'éclat, il perd son emploi.

Critique:
Voilà un livre dur, mais si vrai. Un roman plein de gravité, de soleil, de rejet, d'indifférence, d'amour, et d'amitié.
D'abord, l'auteur décrit très bien la descente aux enfers d'un homme quelconque. Cela va très vite. Le monde de la rue est décrit de manière très réaliste. Le lecteur oscille entre compassion et agacement vis-à-vis de Philippe. Il est sympathique, mais un peu mou... il est gentil, mais on a aussi envie de le secouer. Il n'a jamais été sans travail, donc ne connaît pas les règles à suivre quant à la démission, au chômage, aux assédics, etc. Je le comprends, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'être choquée qu'il soit à ce point ignorant.
On pourra me faire remarquer, à juste titre, que Philippe est dépassé parce qu'impliqué. Tout lui arrive en même temps, il est seul, rejeté... même son prétendu ami lui tourne le dos sous un fallacieux prétexte. On peut donc comprendre qu'il perde pied.

C'est d'ailleurs l'un des thèmes du livre. À partir du moment où Philippe retrouve un peu de chaleur humaine (et canine), il reprend espoir, et ne se laisse plus aller. Je partage le sentiment de l'auteur là-dessus. On se bat plus facilement quand on est aidé, ne serait-ce que par un peu de chaleur.

J'adore Bébert le Berbère (qui ne l'est pas), et Fatima. La manière brutale de Fatima de dispenser son affection, et de faire toujours ce qu'il faut, m'a beaucoup émue.
Quant à Sandrine, elle est peut-être un peu caricaturale, mais je sais qu'il existe des personnes aussi aigries et méchantes qu'elle. On peut se demander si, à terme, cela ne nuira pas à Claire. Heureusement, elle a son père.

Et que dire de Baudelaire?! C'est lui, le déclencheur du retour du positif. Au départ, Philippe le rejette parce qu'il n'est pas prêt à accepter cette affection simple, ce protecteur débonnaire qui ne demande que ce qu'il donne si naturellement: de l'amour. Il me semble que l'auteur veut montrer à son lecteur que les animaux, eux, savent où est l'essentiel.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends la fin dans la mesure où Baudelaire était là pour sortir Philippe du marasme. Sa mission accomplie, il n'avait qu'à se retirer. C'est d'ailleurs ce que suggère le livre. Oui, mais pourquoi une telle fin? Pourquoi juste quand Philippe commence à pouvoir reprendre une vie appréciable, Baudelaire ne peut-il pas la partager? Parce que tout ne peut pas toujours être parfait? Soit, mais pour moi, la fin est vraiment trop décevante, car trop cruelle. Même si, me dira-t-on, c'est le mécanisme de la vie.

Je ne sais pas si des organismes comme le Fleuron existent, mais je trouve que c'est une bonne idée.
D'ailleurs, j'aime bien la conversation à propos des étrangers qui y a lieu, à un moment.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Gilsoul pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur qui a une voix agréable, et met le ton approprié. Il a su interpréter ce livre avec suffisamment de sensibilité et de sobriété pour que le lecteur ressente les émotions des personnages sans que cela soit larmoyant.

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