La petite fille de Monsieur Linh L'ouvrage:
Monsieur Linh est un vieil homme. Il a un fils. Son fils est marié, il a une petite fille de dix jours, Sang Diû.
Un jour, monsieur Linh va chercher son fils et sa belle-fille dans la rizière où ils travaillent. Ils sont morts... Une bombe a explosé, et a tout dévasté. Il ne reste que la petite fille, intacte, près de sa poupée dont l'explosion a emporté la tête.

Monsieur Linh sait que Sang Diû et lui ne seront jamais en sécurité dans leur pays. Alors, pour elle, il se résout à le quitter. En effet, il n'a plus rien. Sang Diû est tout ce qui lui reste. Il veut la préserver, la protéger. Il veut qu'elle ait une belle vie. Ils embarquent sur un bateau, avec d'autres réfugiés.

Ils se retrouvent dans un pays inconnu, dans un dortoir, avec d'autres réfugiés. Sang Diû est toujours très sage.
Au bout de quelques jours, monsieur Linh va se promener, avec Sang Diû qu'il ne laisse jamais seule. C'est ainsi qu'il rencontre monsieur Bark, un vieil homme, fumeur invétéré. Malgré la barrière du langage, monsieur Linh et monsieur Bark se comprennent, et deviennent amis.

Critique:
Ce livre est très beau, très touchant, très bien écrit. Nous sommes dans la tête de monsieur Linh. Tout (ou presque) est raconté de son point de vue. On découvre un pays occidental de son point de vue, et on comprend ce qui peut le choquer ou le surprendre. Il est parachuté dans un monde totalement différent de ce qu'il connaît. Personne ne l'aide à s'adapter, personne n'essaie de le comprendre, il est seul. Monsieur Bark est le seul qui le considère comme un être humain.

Les pays ne sont jamais nommés, mais au fil de la lecture, on finit par savoir (ou par se douter) de quels pays il s'agit. Le fait de ne pas les nommer entoure les événements de mystère, d'irréalité...

Ce livre est aussi une merveilleuse histoire d'amitié, entre deux hommes simples qui ont vécu, qui ont souffert de la vie. Il y a aussi une petite note d'humour, car monsieur Bark se méprend sur le nom de monsieur Linh. Cette erreur qui fait sourire le lecteur me fait penser à une nouvelle de Frigyes Karinthy, dans le recueil "Je dénonce l'humanité". Toute la nouvelle est bâtie sur ce genre d'erreur. Malheureusement, dans ce petit roman, l'erreur ne provoque pas seulement le sourire, mais elle empêche deux amis de se retrouver plus vite.
C'est aussi l'histoire d'un homme qui se raccroche à son seul trésor, sa petite fille. C'est pour elle qu'il fait tous ces sacrifices.

Il y a certains moments où le lecteur touche le fond, à l'instar de monsieur Linh, qui se heurte à l'incompréhension, aux règles de l'endroit où on finit par l'emmener, après que le dortoir des réfugiés a fermé. Là aussi, l'endroit n'est pas nommé, comme nous le nommons, mais le lecteur devine aisément ce que c'est, s'appuyant sur les observations de monsieur Linh.

La fin est terrible, car nous découvrons quelque chose que l'on soupçonnait un peu, mais que nous n'osions pas envisager.
Mais c'est également une note d'espoir, car ce que nous croyions une évidence n'arrive pas, et on peut imaginer (surtout moi qui préfère les fins heureuses, du moment qu'elles ne sont pas tirées par les cheveux), que maintenant, tout ira bien...

C'est un très beau livre que je conseille pour tous les sentiments profonds et les émotions qu'il fait passer.

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