Une lointaine Arcadie

L'ouvrage:
À peu de temps d'intervalle, Matthieu perd son chien (Cacius), sa femme le quitte, et il prend sa retraite. Il décide de vivre en ermite, aux confins de la Creuse. Là, il compte communier avec la nature, et jouir d'une vie simple.

Critique:
L'idée de départ est intéressante, mais outre que ce genre de livre n'est pas vraiment ma tasse de thé, certaines choses m'ont déplu. En fait, j'ai continué ce livre parce que j'aime beaucoup la lecture du comédien qui l'a lu.

D'abord, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi Matthieu, qui semblait tant tenir à cette vie, finit par s'étioler. Et puisqu'il s'ennuie, que ne retourne-t-il à une vie citadine? Je n'ai pas trop compris pourquoi il se compliquait autant la vie. Apparemment, il veut le beurre et l'argent du beurre. Rien que cela a suffi pour m'agacer. Je trouvais qu'il compliquait les choses.

Ensuite, il dit qu'il aime les animaux, et achète une génisse. Or, dans sa démarche, il n'y a qu'égoïsme. En effet, il achète cette génisse parce qu'elle lui rappelle son enfance, elle évoque un mythe grec, etc. Cependant, il la coupe de ses congénères, la rendant malheureuse. La vache se raccroche donc à lui, et voudrait même vivre dans la maison, ce qu'il ne lui permet pas, arguant que rien n'est adapté à elle dans la maison. Soit, mais au départ, c'est de sa faute si elle ne se sent pas bien, c'est à lui de tout faire pour qu'elle soit bien. Enfin, il explique qu'il préfère une vache à un chien parce que la vache ne fait pas son possible pour s'adapter à l'humain au point de devenir l'humain, comme fait le chien. D'accord, mais il voudrait justement qu'elle s'adapte à lui, puisqu'il veut qu'elle vive en solitaire, et ne veut pas s'embêter à lui acheter des compagnes.

Ensuite, le summum de l'exaspération est atteint lors de l'espèce de remake de «Sur la route de Madison». Le coup de foudre est totalement incongru. En outre, il est facile de savoir à quoi il est dû. Matthieu n'a vu pratiquement personne pendant plusieurs années, c'est juste son besoin de compagnie, voire ses bas instincts qui ressortent. Quant à elle, on sait dès le départ qu'elle en a assez de son mari et de son amour des vieilles pierres. Donc, cette espèce de grand amour qui naît en un massage de pieds, pour lequel elle est prête à tout sacrifier, ça me fait bien rire, et c'est totalement invraisemblable.

Globalement, le personnage de Matthieu n'est pas si sympathique. Dans chaque situation qu'il vit, il est insatisfait, même lorsque c'est lui qui la crée, même à la fin, lorsqu'il doit décider ce qu'il veut.

J'ai aimé les personnages de Francis et de son père. Parfois, Matthieu fait certains parallèles intéressants. Et ces deux personnages sont sympathiques. Néanmoins, je n'ai pu m'empêcher de constater que le père ne voyait pas très loin: il semble se préoccuper de son fils, mais ne se demande pas ce qui lui arrivera une fois qu'il aura disparu.

J'ai aimé l'ambiance feutrée, ouatée, qui vient de l'immobilité des situations décrites, de la lenteur de certaines choses, de l'inertie qui saisit parfois Matthieu et menace de s'emparer du lecteur.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Mantel pour la fondation Orange
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre ce comédien dont la lecture est naturelle et soignée. On voit qu'il prend part à ce qu'il lit, qu'il sait rendre une ambiance. Sa voix calme et son intonation feutrée ont parfaitement rendu l'atmosphère du roman.

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