L'affaire Jennifer Jones

L'ouvrage:
À dix ans, Jennifer Jones a tué une de ses camarades de classe. Elle a été incarcérée pendant six ans.
À présent, elle est libérée. Elle va tenter de commencer une nouvelle vie. Mais on la recherche.

Critique:
J'attendais peut-être trop de ce livre... En effet, l'idée de départ est très bonne. Quel lecteur ne serait pas interpellé et dérangé par l'idée d'une enfant de dix ans en assassinant une autre?

Il est certain que la psychologie de Jennifer est bien décrite. Le lecteur comprendra très bien la colère, la frustration de cette enfant qui cherche désespérément à se faire aimer. La sympathie du lecteur sera renforcée par le fait que la fillette, malgré ses accès de rage, est équilibrée, et moins superficielle que certains de ses camarades. Ce n'est pas une malade caractérielle. En ce sens, l'auteur a bien campé son personnage. Elle n'est pas tombée dans la facilité en la dépeignant comme une folle. Tout est plus complexe. Certains lecteurs seront même peut-être gênés, car c'est à Jennifer qu'ira leur compassion, et aux autres qu'iront mépris et exaspération. On n'excuse pas le geste de l'enfant, mais on aurait eu envie de l'aider, afin que rien n'arrive.

Le livre est structuré de telle sorte que l'auteur louvoie sans cesse entre le passé de Jennifer (avant et au moment du meurtre), et son présent (après sa libération). C'est intéressant, mais un peu déroutant. En effet, la Jennifer de seize ans a changé par rapport à ce qu'elle était. C'est normal: elle a vécu certaines choses, Cependant, le livre aurait été plus complet si l'auteur avait montré comment s'était opéré ce changement. Jennifer ne semble garder aucune séquelle de ses années de «prison». On l'y voit très peu. Pour moi, cela manque.

En outre, certaines choses sont trop tranchées... la réaction de Franck m'a semblé simpliste, et celle de Jennifer après qu'il tente une nouvelle approche aussi.
Autre chose m'a gênée: j'ai trouvé le livre inégal. Les moments après la libération de Jennifer sont moins intéressants. On voit la peur de la jeune fille, son travail, son petit ami... c'est sa réinsertion dans la vie. C'est bien, mais ces passages sont trop lents, voire un peu insipides.

Les personnages ne sont pas vraiment sympathiques, à part Jennifer et Rosy.
Si la psychologie de l'héroïne est bien analysée, celle des autres personnages n'est pas très creusée. Par exemple, le lecteur ne pourra que blâmer Carol Jones sans lui trouver aucune circonstance atténuante. J'aurais préféré quelque chose de plus complexe.
Quant à Franck, il clame sur tous les tons qu'il aime sa petite amie, mais au moindre obstacle, il se dégonfle. Encore un personnage peu épais, peu crédible...

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Reinaert pour la Ligue Braille.

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