Une pièce montée

L'ouvrage:
Aujourd'hui est un grand jour pour la famille Clouet: Bérengère se marie. Pour cette occasion exceptionnelle, elle est entourée, entre autres, de sa famille: ses parents, Pierre et Catherine, les frères de Catherine (dont Jean-Philippe); ses frères et soeurs, Laurence, Marie, et Alexandre; sa grand-mère, Madeleine. Il fait beau, le mariage promet d'être une réussite.

Blandine le Callet nous montre les événements à travers les yeux de différents personnages: Pauline (la fille d'Alexandre), le prêtre qui officie, Madeleine, Hélène (la femme d'Alexandre), Marie, Jean-Philippe, Damien (une vague connaissance de Bérengère), et Bérengère.

Critique:
Le fait de voir un même événement à travers les yeux de divers personnages du même roman peut être soit très intéressant, soit totalement ennuyeux. Tout dépend de la façon dont l'auteur s'y prend pour construire son roman. Je me souviens avoir trouvé cela mortellement pénible dans «Equation à deux inconnues». Ici, la romancière a réussi son pari. Elle a su nous faire entrer dans la peau de chaque personnages en entremêlant savamment leurs pensées au vu des événements et des réactions des autres, quelques anecdotes sur leur passé, et des conversations avec leur entourage.
Nous assistons à un grand mariage avec flonflons et falbalas, autant de fioritures inutiles, à mon avis. Certaines personnes, dont la mariée, se montrent détestables, soit envers un personnage dans la tête duquel nous somes, soit envers un autre qui gravite autour de ce personnage. A travers les yeux de ces gens, on entrevoit également le caractère de certains autres. Bérengère et Laurence sont deux garces superficielles, ne vivant que pour le paraître. Bérengère tient à ce que son mariage soit parfait, ce qui peut se comprendre, mais Laurence et elle n'hésitent pas à piétiner le coeur d'une enfant et de sa mère. Elles y sont, de toute façon habituées, étant donné qu'elles passent leur temps à harceler Marie tout simplement parce que celle-ci est différente.

Effectivement, Marie est un peu la rebelle de la famille. Elle n'a aucune attirance pour la mode et les beaux vêtements, elle ne pense pas, comme ses soeurs et sa mère, qu'il faut se marier avant trente ans pour être heureux. Qu'on soit d'accord ou pas avec la conception de Bérengère et de Laurence, on ne peut l'être avec le fait qu'elles rejettent tout ce qui ne leur ressemble pas: Lucie qui ferait tache sur la photo, et Marie qui a l'outrecuidance d'avoir des avis et des manières d'agir différents des leurs. J'ai donc été déçue que ce soit à l'une de ces femmes méprisables que Maddy ait confié son secret. Elle ne mérite pas d'être dépositaire d'un tel trésor. A la fin, on ne sait même pas si elle comprend bien l'ampleur de ce qui lui est confié.

Malgré cette réussite, quelques choses sont un peu décevantes. Il y a certains clichés.
Marie est un personnage auquel je m'identifie: elle n'aime pas les grandes fêtes à flonflons, elle se fiche d'être habillée à la dernière mode, elle aime les enfants et leur simplicité, leur absence de faux semblants. Marie déteste les artifices, et rejette l'hypocrisie. La sympathie du lecteur lui ira facilement. Seulement, ce qu'on découvre à la fin du chapitre 5 en fait une caricature. Le message que délivre Blandine le Callet est qu'une fille qui n'aime pas la mode, et qui est souvent en désaccord avec sa famille est forcément homosexuelle. Ce n'est pas une bonne chose, car cela peut renforcer les préjugés et les idées reçues que se font certains.

Jean-Philippe évoque sa femme ne pouvant avoir d'enfants, et lui, refusant l'adoption car il ne pourrait accepter un enfant qui ne serait pas de son sang. Quel cliché éculé! Il est vrai que beaucoup de gens brandissent cet argument, qui, pour moi est un non sens. Il est dommage que quelqu'un comme Jean-Philippe, qui ressemble à Marie, par certains côtés, ait ce genre de préjugé.

Autre cliché: les deux personnes qui tombent sous le charme l'une de l'autre sont deux personnes au physique ingrat. Comme si les gens devaient être compartimentés, et comme si ceux moins bien de leur personne devaient obligatoirement sortir avec quelqu'un n'ayant pas été gâté par la nature. Ca renvoie directement aux préjugés de Laurence et de Bérengère, comme si l'auteur, en fin de compte, les cautionnait.

Il est un peu dommage que les chapitres soient à la troisième personne. J'aurais tout mis à la première personne, comme si le personnage racontait à chaque fois.

Des questions restent ouvertes: Que vont faire Alexandre et Hélène? Qu'arrivera-t-il à Marie? Jean-Philippe découvrira-t-il ce qu'il en est vraiment quant à Sylvie? (La fin du chapitre où Damien s'exprime est assez éloquente pour que le lecteur comprenne tout.)

Nonobstant ces petits défauts, je vous recommande ce livre. On passe un bon moment, on se sent réellement dans la peau des personnages. J'ai surtout ressenti le désarroi de Pauline, d'Hélène, et de Marie.

Note: la version audio passe du chapitre 6 au chapitre 8. Les chapitres ont-ils été mal numérotés au tirage, ou un chapitre a-t-il été oublié dans la version audio? (Il y a neuf chapitres, mais avec ce saut de chapitres, huit personnages s'expriment.)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Séverine Bordes, Christian Brouard, et Kriss Goupil pour les éditions la Croix des Landes.

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