L'enfant de la montagne noire

L'ouvrage:
Années 60, un petit village.
Mathilde est mariée à François Bonnet. Celui-ci travaille dur à la ferme. C'est un amoureux de la terre, de la nature. Mathilde, elle, rêve de vivre «à la ville» depuis son enfance. Malheureusement, les années passent, et François ne semble pas vouloir honorer la semi-promesse qu'il lui a faite avant leur mariage.
C'est alors qu'Agnès, leur fille de cinq ans est retrouvée dans une usine abandonnée après que la foudre l'a frappée et détruite. L'enfant n'aurait pas pu sortir avant que l'usine ne soit brûlée: ses mains et ses pieds étaient attachés.

Critique:
Si l'intrigue est parfois un peu lente, j'ai aimé ce livre. Au début, l'auteur prend le temps de présenter Mathilde. Il faudra bien cela au lecteur pour qu'il puisse savoir quoi penser de la jeune femme autour de laquelle le mystère s'épaissit, au long de l'ouvrage.
Ensuite, le roman traîne un peu lorsque plusieurs personnes sont suspectées du meurtre d'Agnès. C'est lent, et c'est un peu ridicule... La justice est aussi perdue que le lecteur.
D'autre part, je n'ai pas aimé que le livre s'ouvre sur la découverte du cadavre d'Agnès. Cela dévoile tout de suite une partie de l'histoire. C'est d'ailleurs pour ça que je suis allée aussi loin dans mon résumé: je ne dévoile rien, puisque le roman commence comme ça. Bien sûr, Laurent Cabrol n'est pas très long, ensuite, à en venir à la mort d'Agnès, mais je trouve que le prologue ajoute une longueur dont l'auteur aurait pu se passer.

Ces désagréments sont gommés par une intrigue bien menée, aux personnages épais. L'auteur met très bien en évidence ce que cela fait d'être différent dans une petite communauté. Mathilde ne semblait pas déborder d'amour pour sa fille, elle voulait partir pour la ville, alors, les villageois ont fondu sur elle comme les mouches sur une charogne. Ils ont pris n'importe quel prétexte pour déverser leur fiel sur elle. J'ai bien aimé le témoignage d'une fille qui était allée en classe avec elle, et qui disait qu'elle était prétentieuse, ambitieuse, et n'avait pas d'amis. Si tous les gens qui sont comme ça devaient, par la suite, commettre un meurtre...! ;-)

Tous les personnages sont plus ou moins intéressants. C'est Mathilde qui retiendra l'attention du lecteur. Elle rêve d'une autre vie. À ce propos, ses actes dénotent une certaine immaturité. C'est dans l'épreuve que la jeune femme mûrira. Elle apprendra de ses erreurs, de ses malheurs. Au lieu de l'endurcir, de l'aigrir, cela lui montrera la futilité des chimères après lesquelles elle court. Elle n'aspirera plus qu'à la vie qu'elle connaît, et qu'elle a appris à aimer.
J'ai apprécié qu'elle fasse ce travail sur elle-même, qu'elle s'assouplisse, qu'elle se rendent compte de l'essentiel.

Quant à la solution de l'énigme, elle est simple, et va bien au reste. Elle est conforme à ce à quoi on aurait pu s'attendre. Je ne l'avais pas devinée. J'aime bien le dernier geste de la dernière personne à connaître cette vérité: geste plein d'humanité, de respect. Cette fin fait que le lecteur se posera des questions... que penser du personnage qui est coupable? Faut-il le blâmer ou le plaindre? Les deux, sûrement.

Éditeur: éditions de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Chantal Perrier pour l'association Valentin Haüy.
Au premier abord, la voix de la lectrice paraît quelque peu austère. Cependant, elle met le ton approprié, et sa lecture se révèle agréable.

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