Auteur : Bussi Michel

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mercredi, 10 juin 2015

Maman a tort, de Michel Bussi.

Maman a tort

L'ouvrage:
Malone Moulin, trois ans, raconte au psychologue scolaire (Vasil Dragonman) que sa mère n'est pas sa mère. Rien ne semble corroborer ses dires. Pourtant, instinctivement, Vasil le croit. Pensant qu'il faut agir vite, car la mémoire d'un enfant si jeune s'efface rapidement, il va mener une enquête officieuse.

Critique:
Une fois de plus, Michel Bussi prend certains paris. Il appâte son lecteur avec quelque chose qui interpellera forcément: un enfant qui ne semble absolument pas maltraité, qui semble aimer sa mère, et qui dit qu'elle n'est pas sa mère. Ensuite, l'auteur s'attache à construire une intrigue sans temps morts. J'ai deviné certaines choses rapidement, mais pas tout.

L'intrigue étant complexe et un peu folle, l'auteur insère (comme dans ses précédents romans), certaines choses difficilement explicables. Je suppose que c'est sa marque de fabrique. Encore une fois, la majorité de ces éléments passent bien, mais Michel Bussi ne devrait peut-être pas trop forcer sa chance... De plus, comme dans certains de ses autres romans, certaines explications sont contestables.

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Il est très étrange que dans un petit village où tout se sait toujours (l'auteur insiste bien là-dessus), personne n'ait su que le vrai Malone avait eu un accident. Personne n'aurait vu Amanda, complètement désespérée emmenant son enfant à l'hôpital...
Il est aussi discutable qu'Angélique ait su pour quel jour elle devait prendre les billets d'avion. Certes, l'étau se resserrait puisque Vasil avait été tué, mais le coup de poker était très gros. Il était également très risqué de parier qu'Amanda regarderait le mur assez longtemps pour déceler que la fissure n'était pas naturelle. Encore fallait-il qu'elle regardât justement ce point du mur.
L'auteur explique certains points en disant qu'Angélique a construit son plan très minutieusement, tout en sachant qu'elle pouvait ne pas tout contrôler... C'est d'autant plus discutable qu'elle a eu très peu de temps pour enregistrer les histoires, imaginer comment faire pour que Malone fasse savoir qu'il n'est pas le fils des Moulin, envisager la possibilité du voyage en avion, etc.

Au long du roman, l'écrivain s'amuse à faire croire quelques petites choses (qui ont leur importance) au lecteur. Certaines sont de bonnes trouvailles, d'autres sont un peu exagérées.

Je n'ai pas vraiment aimé qu'il commence son récit par le fait que Marianne (la policière) découvre quelque chose de crucial (que nous ne saurons que vers la fin du roman), puis rraconte ce qui est arrivé une semaine plus tôt. Je n'aime pas ce faux suspense dont beaucoup d'auteurs usent. Souvent, cela m'ennuie au lieu de me faire mariner. Ici, cela a, en plus, le désavantage de fournir des indices qui ont fait que j'ai deviné certaines choses...

À un moment, se pose une question que certains auteurs rencontrent parfois dans leurs romans, et qu'ils contournent de manière très cavalière. Michel Bussi, lui, y a prêté attention, et a su la résoudre. Il s'attarde d'ailleurs sur cette question, ce qui m'a plu.

J'ai apprécié Vasil qui ne s'enferre pas dans du jargon de psychologue, qui ne tente pas de ranger les gens dans des cases. Il explique certains raisonnements, certains faits, mais ne prétend pas avoir la science infuse. En outre, j'ai apprécié ses explications quant aux souvenirs.

À travers son histoire et ses personnages, Michel Bussi analyse les relations de parents avec leurs enfants. Là encore, il n'établit pas de schémas. On trouve de tout: les parents qui feraient tout pour leurs enfants, ceux qui n'en ont cure... J'ai trouvé un peu triste qu'il accentue le fait qu'une fois grands, les enfants se détournent de leurs parents. Ils volent de leurs propres ailes, certes, mais ne deviennent pas pour autant des ingrats... Bien sûr, on ne fera pas la même chose avec un enfant qu'avec un adolescent. Bien sûr, on n'agira pas avec son enfant devenu adulte comme avec son enfant quand il était jeune. Mais il peut y avoir d'autres relations. Ici, l'auteur montre surtout de grands enfants qui se détournent de leurs parents...

Au début de certains chapitres, on trouve des extraits du site enviedetuer.com. Au début, j'ai trouvé cela amusant, puis j'ai pensé que beaucoup de gens s'énervaient vraiment pour des broutilles... Le pire, c'est qu'à mon avis, l'auteur n'exagère pas: certains s'énervent vraiment pour des âneries pareilles.

Marianne m'a un peu agacée. Elle sent son horloge biologique la titiller, alors, elle va faire du sport pour tenter de faire fondre sa graisse. Le but étant de trouver un homme qui lui ferait un enfant. Après, elle se jure de s'octroyer toutes les cochonneries qu'elle veut. Je trouve cela très superficiel et cliché. On fait attention à soi pour soi...
À un moment, cette pauvre Marianne se demande comment elle va faire pour gérer deux enquêtes à la fois. Cela m'a fait rire, car en général, la police gère plusieurs enquêtes à la fois. Une équipe en a sûrement plusieurs en cours. Certes, Marianne n'officie pas à Paris, mais j'ai quand même trouvé sa remarque un peu étrange.

J'ai trouvé amusant que le récit se déroule en novembre 2015. C'est sympathique de se dire qu'il se passe à une période qui arrivera dans quelques mois. Il me semble que Michel Bussi a déjà fait cela.

Malgré les quelques reproches que j'ai faits, je vous recommande ce livre avec lequel on passe un bon moment, le suspense et la tension étant au rendez-vous.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Caroline Klaus.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

J'ai découvert cette comédienne par sa lecture de ce roman. Pour sa première prestation, elle n'avait pas la partie facile. D'abord, elle a évité l'écueil de trop modifier sa voix pour les rôles masculins.
Ensuite, lorsqu'elle raconte les histoires de Gouti, elle prend un ton qu'on aurait pour raconter à un très jeune enfant, mais elle l'exagère. Au début, je trouvais cela dommage, car c'est assez laborieux à écouter. Cependant, lorsque Marianne entend ces histoires, la description qu'elle fait de la voix donne à penser que c'est conté ainsi dans le roman.
D'autre part, à un moment, un policier interroge des personnes âgées. Caroline Klaus prend une voix un peu traînante, un peu fatiguée, qui s'enroue un peu pour lire leurs paroles. Ce ton de voix s'accorde très bien avec ce qu'on devine de ces gens. Bien sûr, la comédienne n'en fait pas trop. Je pense que certains autres auraient exagéré.
Je réentendrai Caroline Klaus avec plaisir.

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vendredi, 11 juillet 2014

Nymphéas noirs, de Michel Bussi.

Nymphéas noirs

L'ouvrage:
Petit village de Giverny. Le cadavre de Jérôme Bonneval est retrouvé. On semble s'être acharné sur lui. L'inspecteur Laurence Sérénac, tout juste muté à Giverni enquête, secondé de son adjoint, Silvio.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'ai d'abord été surprise de ne pas m'ennuyer alors que l'enquête était des plus classiques. Cela vient sûrement du fait que l'auteur a su rendre le tout vivant et y a apporté un peu d'originalité. par exemple, les dialogues entre les deux policiers sont savoureux. D'autre part, il est assez intéressant de suivre la femme qui, sur certains chapitres, prend la parole.

Il est beaucoup question de peinture. En effet, Giverny était le village de Claude Monet. Entre les légendes qui courent à son sujet et le désir de peindre de l'une des héroïnes, l'art est mis à l'honneur. Moi qui ne suis pas du tout sensible à cela, je ne me suis pas ennuyée. L'auteur en parle comme un conteur, et rend cela attrayant en y mêlant ses personnages.
Le lecteur imaginera très bien ce petit village, son décor, ses habitants, son atmosphère.

Cependant, les choses se sont gâtées de diverses façons. Je pardonne souvent à Michel Bussi d'introduire certains éléments incongrus, ou de colmater des brèches avec des explications un peu grosses. Ici, son erreur a été d'accumuler les procédés malheureux.
D'abord, sans finesse ni originalité, le romancier a introduit le fameux coup de foudre que je déteste toujours autant.
Ensuite, pourquoi l'un des personnages se sent-il la force de tout quitter du moment qu'il pourra s'enfuir avec quelqu'un? Puisque cette personne se sentait à ce point enfermée, elle aurait dû fuir seule. La personne qui l'aurait accompagnée aurait dû être un bonus.

Ensuite, c'est par plusieurs procédés malhonnêtes que l'écrivain mystifie le lecteur. Vous me direz que le travail de l'auteur de romans policier est justement de piéger le lecteur. Je suis la première à être ravie de me faire damer le pion, mais par des procédés honnêtes. Par exemple, non seulement un renseignement important n'est pas donné, mais l'auteur accentue l'égarement du lecteur par des phrases très équivoques. J'ai surtout repéré cela au moment où Stéphanie, toute excitée, pense qu'elle va aller retrouver son amoureux, mais il y a d'autres moments de ce genre dans le roman. Qu'on mente par omission, cela ne me gêne pas si c'est bien fait. Ici, l'auteur a fait plus que cela.
De plus, il est un peu étrange que de tout temps, on croie que Neptune est le chien du village, le chien de tout le monde... Il n'est pas crédible qu'on ne sache pas à qui il appartient.
Au sujet du chien, l'auteur en rajoute une couche en utilisant une ficelle que j'aurais pu accepter (car elle est assez réaliste) si elle avait été la seule à être très grosse.
En outre, il n'est pas logique que quelqu'un, sachant que celle qu'il aime vit avec un fou dangereux, ne fasse rien d'autre que prendre la poudre d'escampette sous prétexte que lui loin, sa bien-aimée ne sera plus en danger. Il y aurait eu de multiples façons de contrarier le fou dangereux.
Ce que j'appelle le «jeu des prénoms» est également une ficelle malhonnête. Certes, l'auteur en avait besoin, et elle serait sûrement passée si elle n'avait pas été accompagnée de multiples autres.
Par ailleurs, il n'est pas très logique qu'un cadavre disparaisse en si peu de temps sans laisser aucune trace sanglante, alors qu'il y avait du sang partout... c'est encore plus invraisemblable quand on sait ce qui est arrivé.
Et bien sûr, l'auteur ne se prive pas d'utiliser la ficelle éculée qui consiste à faire en sorte que certains personnages connaissent la solution bien avant le lecteur.

Accessoirement, Michel Bussi ne peut s'empêcher de tomber dans un cliché: la femme de Silvio est enceinte, et devient pénible et capricieuse apparemment à cause de cela...

Remarque annexe:
À un moment, la narratrice évoque un roman policier dont le seul témoin est un chat. L'auteur a-t-il inventé l'idée? Ce roman existe-t-il? Si oui, j'aimerais bien savoir comment s'en tire son auteur.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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vendredi, 16 mai 2014

N'oublier jamais, de Michel Bussi.

N'oublier jamais

L'ouvrage:
Février 2014, Normandie.
En courant sur la plage, Jamal Salaoui trouve une écharpe rouge. Peu après, il tombe sur une jeune fille prête à sauter de la falaise. Il l'adjure de n'en rien faire, et lui tend l'écharpe pour la tirer vers un endroit moins dangereux. Elle la lui arrache des mains, et saute. L'écharpe est retrouvée autour de son cou, elle aurait été étranglée avec, d'après les constatations. Jamal sait que c'est impossible. Cette incohérence est loin d'être la dernière à laquelle notre héros va se heurter.

Critique:
Depuis «Nymphéas noirs», Michel Bussi aime jouer avec le feu, créant des incohérences, des situations improbables. Si les explications m'ont déplu dans «Nymphéas noirs», et que je les ai trouvées correctes dans «Un avion sans elle» et «Ne lâche pas ma main», il me semble qu'ici, il a perfectionné la technique. À l'instar de Jamal, le lecteur est perdu les trois quarts du temps. En outre, connaissant Michel Bussi, j'ai eu peur qu'il aille bien trop loin, et que ses explications soient poussives, bâclées, et inappropriées. Or, pour moi, il a réussi son pari.
À un moment, j'ai eu peur que la solution soit la même que dans certains romans. L'auteur le suggère, d'ailleurs. Cette solution me déplaisant, je me préparais à pester. Heureusement, Michel Bussi a choisi une porte de sortie qui, me semble-t-il, est bien meilleure. Les différentes solutions sont à la hauteur du reste.

Créant des situations qu'il est ardu d'assembler, l'auteur ne se contente pas de laisser planer un mystère, puis de traîner le lecteur jusqu'à la fin. À chaque page, le mystère s'épaissit, le suspense s'intensifie, l'étau se resserre...
La plupart du temps, c'est Jamal qui raconte. Cela permet au lecteur de vivre les choses de son point de vue, d'imaginer ses doutes, de comprendre pourquoi sa raison vacille. Jamal demande au lecteur de lui faire confiance jusqu'au bout. J'ai pris le parti de le suivre, me disant que normalement, il ne cacherait rien. Ferez-vous de même? N'y aura-t-il pas des moments où vous douterez de lui?
Dans un entretien accordé aux éditions Audiolib, Michel Bussi explique qu'il souhaitait que son personnage ne soit pas déterminé, que ses actes ne soient pas «décidés» par sa naissance, son handicap, ses origines. Pour moi, il y a réussi. Son héros est un personnage comme un autre. Il ne fait pas partie de ces gens qui se plaignent et jouent de leur handicap (certains le font), et rien que pour cela, j'ai voulu lui faire confiance.
Je n'adresserai qu'un reproche au narrateur: c'est un coeur d'artichaut. Cela s'explique en partie par son envie de vivre à 200 à l'heure, mais cela m'a agacée. Bien sûr, l'auteur avait besoin que son personnage soit ainsi...

Certaines choses m'ont déçue, mais pas dans la construction de l'intrigue. J'aurais aimé que certains événements tournent autrement. Ce n'est donc pas un véritable reproche.

Afficher Pour expliquer les minuscules détails quelque peu discutables, je dévoile des pans clés de l'intrigue.
Masquer Pour expliquer les minuscules détails quelque peu discutables, je dévoile des pans clés de l'intrigue.

Est-ce qu'une séance échevelée, endiablée et passionnée de sexe laisserait des traces qu'on pourrait prendre pour un viol?
Les policiers ont retrouvé la culotte de Myrtille après coup. Logique, puisqu'elle a été déposée après. Il y a une faille, car ils pouvaient très bien avoir déjà fouillé l'endroit.
Lorsqu'elle est appréhendée et interrogée, Océane semble craquer et se dévoiler assez facilement. Or, à la voir évoluer, on a plutôt l'impression qu'elle peut se maîtriser envers et contre tout. Il aurait été judicieux de développer les raisons qui l'ont fait se livrer et se montrer si facilement sous son vrai jour.
Pourquoi Océane a-t-elle gardé un échantillon du sperme d'Alexandre? Elle ne savait pas que cela lui servirait. On peut penser qu'elle l'a fait au cas où...

L'entretien avec l'auteur en fin d'ouvrage est, comme d'habitude, très intéressant. Je suis friande de ces entretiens qui permettent de découvrir la voix de l'auteur, de savoir comment il appréhende l'écriture, la lecture audio, etc.

Remarques annexes:
Chaque titre de chapitre commence par une phrase du chapitre précédent. Je ne sais pas trop pourquoi l'auteur a fait cela, mais pourquoi pas?
Michel Bussi fait partie des rares auteurs à savoir compter les mots. (Il dit, à un moment que «N'oublier jamais», cela fait trois mots.) En général, quand il y a un mot avec une apostrophe, les auteurs omettent de le prendre en compte. Or, l'apostrophe est là pour éviter une prononciation qu'on a jugée inappropriée, mais un «n'» par exemple, équivaut à «ne».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Tavarès.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib. J'ai apprécié la lecture de François Tavarès qui a pris le parti de modifier à peine sa voix pour certains personnages. C'est un comédien que je retrouve avec plaisir lorsqu'il enregistre pour Audiolib. Je trouve un peu dommage qu'il n'ait pas chanté les passages de «Jusqu'à la ceinture», de Graeme Allwright, qu'évoque Jamal à un moment. Cependant, étant donné les circonstances de l'évocation, cela n'aurait peut-être pas paru naturel.

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jeudi, 23 mai 2013

Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi.

Ne lâche pas ma main

L'ouvrage:
Saint-Gilles, île de la réunion, fin mars 2013.
Martial Bellion est en vacances avec sa femme, Liane, et leur fille, Sofa.
Cet après-midi-là, alors que certains touristes paressent à la piscine, Liane remonte dans la chambre d'hôtel. Une heure après, Martial s'inquiète de ne pas la voir redescendre. La jeune femme a disparu. Très vite, certaines preuves accusent Martial. Celui-ci commence par coopérer, puis s'enfuit, emmenant Sofa.

Critique:
J'ai autant apprécié cette lecture que celle de «Un avion sans elle». Et j'ai trouvé à peu près les mêmes défauts.

L'auteur parvient à créer du suspense tout au long du roman. Il y a bien des moments où la tension se fait moins forte, mais il n'y a pas de temps morts.
Dès le départ, j'ai pensé que Martial était innocent. De ce fait, j'ai trouvé un peu gros les moments où l'auteur tentait de fourvoyer son lecteur en écrivant des choses équivoques qui pourraient laisser penser qu'il a tué sa femme. Le procédé est quelque peu déloyal, car énorme, à mon avis. Cependant, il m'a plu de lire des situations où le comportement de Martial (davantage que ses pensées) pouvait être vu comme ambigu. Outre la scène de Liane à la gendarmerie, je pense à tout ce qui arrive à partir du moment où Sofa entend du bruit dans le garage. Je me demandais comment Michel Bussi justifierait tout cela. Il a réussi.
D'autre part, la psychologie des personnages est bien pensée.

Il y a bien des ficelles un peu grosses. Par exemple, lorsque le cadavre est retrouvé, pendant quelques minutes, l'auteur laisse planer le doute, afin que le lecteur croie qu'il s'agit de celui de Liane. Or, je savais tout de suite qui c'était, et j'ai trouvé dommage que le romancier use d'un procédé si grossier. Mais on peut le lui pardonner, car cela dure peu.

On s'attache rapidement aux personnages. Outre Martial et Sofa, j'ai apprécié Christos et Imelda. Le policier semble blasé, mais qui le blâmerait lorsqu'on voit les conditions de vie de chacun.
Quant à Imelda, elle tente de faire de son mieux. Son appétit de vivre, sa droiture, sa finesse (d'esprit, bien sûr), son dynamisme, en font un des personnages forts du roman.
J'ai eu du mal à supporter Aja. D'abord, elle rudoie presque tout le monde. Elle est souvent acariâtre, et fait passer son travail avant sa vie privée. En outre, lorsqu'elle s'accroche à l'affaire, on a l'impression que c'est davantage pour son avancement que pour le bien-être de Sofa. Enfin, elle n'a pas l'air très futé: outre qu'elle reste engluée dans un faux raisonnement pendant longtemps, elle ne trouve quasiment rien. Elle s'arrange un peu à la fin, car elle semble évoluer, mais c'est un personnage peu plaisant, d'une manière générale.

Sofa est peut-être un peu invraisemblable: elle a six ans, semble savoir et comprendre beaucoup de choses, a beaucoup d'endurance... Certes, il est expliqué qu'elle est en avance pour son âge, mais j'avais souvent l'impression qu'elle avait douze ans...

La résolution de l'énigme est banale, mais je ne l'avais pas devinée. L'auteur a su m'emporter dans son histoire au point que je ne parvenais pas à trouver comment tout cela pouvait se résoudre.

J'ai apprécié la polyphonie, même si elle est passagère. J'ai surtout aimé les scènes narrées par Sofa. Outre que l'auteur a su (la plupart du temps) adopter un style enfantin, j'ai aimé me retrouver dans les pensées de l'enfant.
J'ai également aimé que le coeur du problème soit raconté en alternance par deux personnages.

Il y a quelques petites incohérences.

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Lorsque Martial vient au rendez-vous fixé par Graziella, portant une simili-Sofa endormie, il est étrange que Graziella, qui pense à tout, ne s'étonne pas de ne pas voir la tête de l'enfant dépassant du drap.
D'autre part, il est un peu gros qu'Eve-Marie ne souhaite pas qu'on parle d'Aloé, expliquant qu'elle veut encore la préserver. En effet, la jeune fille n'a rien à voir avec la noyade d'Alex. J'ai trouvé déloyal de la part de l'auteur de faire comme si quelque chose de grave s'était passé à ce moment-là la concernant. Comme si elle était le coeur d'un terrible secret.
Il est également un peu étrange que le message effacé par Martial sur la portière de la voiture de location réapparaisse au moment où Christos regarde... Je n'ai pas compris à l'aide de quoi Graziella l'avait écrit, mais j'ai trouvé cela léger.

J'ai aimé voir, en arrière-plan, la vie à la Réunion. Je ne savais pas que certaines choses étaient à ce point codifiées, comme par exemple, les noms qu'on donne à chaque catégorie d'habitants. Je serais curieuse de connaître la raison du mot Zoreille pour parler d'un français vivant à la Réunion.

Comme dans «Un avion sans elle», certains prénoms sont trop répétés, à mon avis. Cela alourdit le style. Les comédiens sont parvenus à bien faire passer cela, mais c'est quand même dérangeant.

Remarque annexe:
J'aimerais savoir si «l'inversion thermique» existe vraiment ou si l'auteur a inventé ce phénomène pour son roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé. et Elsa Romano pour les éditions VDB.
J'ai été heureuse de retrouver ces comédiens que j'aime beaucoup. Ils ont su colorer quelque peu les personnages créoles sans leur faire un horrible accent caricatural. José Heuzé a davantage marqué l'accent pour les berceuses, par exemple. Je pense qu'il a eu raison, car il me semble qu'il y a une manière de les dire qui tient à cet accent.
Elsa Romano n'avait pas la partie facile. Elle est parvenue à donner des personnalités différentes à Imelda, Aja, et Sofa. Sa façon d'interpréter l'enfant est bonne, car elle n'exagère pas, tout en prenant une voix enfantine.
J'ai aimé la manière dont les indications (titres de chapitres, lieux, dates, heures) ont été réparties entre les deux comédiens.

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lundi, 7 janvier 2013

Un avion sans elle, de Michel Bussi.

Un avion sans elle

L'ouvrage:
Décembre 1980.
À cause d'une tempête, un avion s'écrase dans le Jura. Il brûle. Il n'y a qu'une rescapée: une enfant de trois mois. Deux familles pensent qu'elle est des leurs: les Carville et les Vitral. Les Carville sont riches et influents, les Vitral sont modestes...

Dix-huit ans plus tard, les choses sont loin d'être résolues. C'est alors que Crédule Grand-Duc, un détective privé qui enquêta sur l'affaire pour les Carville, découvre le chaînon manquant.

Critique:
Lorsqu'un livre plaît, immerge, tient en haleine, lorsqu'on ne peut pas le lâcher, il aura beau avoir quelques défauts, on n'en tiendra pas rigueur à l'auteur. C'est ce que j'ai ressenti pour «Un avion sans elle». Pourtant, il contient des défauts que je n'aime pas du tout. Par exemple, l'auteur retarde certaines révélations. Les personnages trouvent quelque chose, et le lecteur ne l'apprend pas tout de suite. Je déteste cette ficelle que je trouve artificielle et déloyale. En outre, elle est beaucoup trop utilisée. Il aurait suffi que l'agencement de l'intrigue soit différent pour éviter certaines lourdeurs' Le lecteur apprend dès le prologue que Grand-Duc a trouvé la solution, puis il apprend toute l'histoire. Une histoire racontée de manière chronologique aurait évité cela. D'autre part, pendant que Marc lit le cahier vert où Grand-Duc a consigné son enquête, il y a de grossières interruptions: Marc est quelque peu absorbé par les bruits autour de lui, il s'arrête pour boire un jus d'orange, etc. Ce remplissage fait avec de gros sabots est lassant.

Bien sûr, l'auteur prenait de gros risques avec une telle histoire. D'abord, comment se fait-il que tous ces gens n'arrivent pas à identifier le nourrisson? Le romancier trouve des explications à cela. Elles ne m'ont pas absolument convaincue.
Ensuite, le lecteur pensera inévitablement aux tests ADN. Quant à cela, le romancier a placé le début de l'histoire trop tôt pour que cela soit possible, et lorsque cela l'est, il traîne trop avant de dévoiler quelque chose que j'avais déjà deviné. Entre parenthèses, j'ai également tout de suite deviné quel était le «crime» dont parle Lylie au tout début.

J'aime beaucoup la ficelle qui consiste à faire croire au lecteur qu'il n'y a rien à chercher de tel ou tel côté. Michel Bussi le fait. J'ai été très contente d'avoir été dupée par cette ficelle qu'il a très finement utilisée.
Pour ce qui est d'entretenir le suspense, l'auteur a commencé par mêler deux époques. Le présent n'étant pas toujours constitué de remplissage, lorsqu'on sort de l'enquête de Grand-Duc, on se plonge dans celle de Marc, et vice-versa. À ce niveau-là, tout est très bien agencé.
Au moment où Marc approche de la vérité, un personnage se dit qu'il a une longueur d'avance sur quiconque s'en approcherait. Je me suis dit la même chose, et ai pensé que Marc n'avait aucun moyen d'accélérer ses trouvailles. Pourtant, l'auteur a trouvé une manière très simple et tout à fait vraisemblable de lui faire accomplir des pas de géants. Là encore, j'ai été ravie de ne pas y avoir pensé.

J'ai aimé l'idée de lire un pan de sa vie raconté par un autre. Comme le dit l'auteur, c'est un peu comme lire son journal intime écrit par un étranger.

Au début, il y a une incohérence expliquée de manière peu convaincante. Je voulais la pointer sévèrement du doigt, mais l'auteur l'a expliquée de manière très habile... à la fin.
Seulement, il y en a deux autres qui, elles, ne sont pas expliquées.

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Mélanie explique qu'elle a habillé son enfant avec les habits de Lyse-Rose. Or, les habits trouvés sur le nourrisson sont bon marché. Lyse-Rose ne porterait pas d'habits bon marché. C'est une petite faiblesse que l'auteur aurait pu combler.
Quant à l'autre, l'auteur n'explique pas comment Marc et Émilie ont échappé à la tentative de meurtre au gaz. Où étaient-ils? Ils ne pouvaient être qu'avec leurs grands-parents, n'ayant qu'eux au monde...

Quant à la solution de l'énigme, elle n'est pas difficile à trouver... et pourtant, je ne l'avais pas devinée. J'avais trouvé quelque chose, mais pas tout.

Certains personnages paraissent un peu caricaturaux: Léonce pense qu'on peut tout acheter, Émilie est gentille, etc. Cependant, certains personnages surprendront le lecteur. Parmi eux, Malvina. On ne pourra s'empêcher de s'attacher à elle et de la comprendre. D'ailleurs, elle paraît folle, mais est assez lucide quant à elle-même. De plus, elle n'est pas uniquement pétrie de son obsession, obsession à laquelle Grand-Duc et Mathilde la résument.

De petites choses m'ont agacée dans le style de l'auteur. Certaines phrases ont une tournure un peu lourde. D'autre part, les noms propres sont trop souvent répétés, alors qu'un pronom personnel serait davantage approprié.

J'aurais aimé une fin plus développée. Rien n'est bâclé, mais je serais restée davantage en compagnie de ces personnages sympathiques. J'aurais voulu en savoir plus sur l'après.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé. et Isabelle Miller pour les éditions VDB.
Ces deux comédiens sont toujours aussi talentueux.
Je regrette qu'il reste quelques erreurs de lecture.

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