Hate list

L'ouvrage:
Garvin, septembre 2008.
Valérie Leftman s'apprête à entamer sa dernière année de lycée. Elle appréhende cette rentrée. En effet, le 2 mai, le petit ami de la jeune fille, Nick Levin, a ouvert le feu sur certains élèves et professeurs avant de se donner la mort. Valérie a été soupçonnée d'être mêlée à la tuerie, car c'est elle qui avait commencé la liste de la haine: un carnet sur lequel les deux adolescents écrivaient les noms de ceux qu'ils détestaient.

Critique:
Il ne faut pas passer à côté de ce livre. Il fait réfléchir sur la portée de nos actes, sur les limites à ne pas dépasser, sur l'influence des gens les uns sur les autres. Il est bien écrit, bien pensé. Je ne suis pas près de l'oublier.

Nick et Valérie détestaient les personnes qui les harcelaient. Pour la jeune fille, cette liste était un exutoire; pour le jeune garçon... Néanmoins, l'auteur sait nuancer ses écrits. Tout le lycée ne harcelait pas Nick et Valérie: certains les ignoraient, d'autres les trouvait sympathiques sans plus, et ils avaient d'autres amis. Cependant, certains indifférents (par extension, si j'ose dire), atterrissaient sur la liste.

Il n'y a pas qu'en cela que Jennifer Brown montre une pluralité de points de vue. Par petites touches, elle parvient à exprimer des nuances ressenties par chacun. Tous ont vécu le même événement: personne n'en retire exactement les mêmes sentiments. Peu de personnes se résument à ce qu'on en voit dans un contexte précis comme le lycée où il est très important d'entrer dans le grand jeu des conventions, de faire comme untel qui est populaire afin de l'être aussi, etc.

Quant à ce qui a fait basculer Nick, l'auteur donne plusieurs pistes. A-t-il été influencé par une mauvaise fréquentation? Cette relation n'a-t-elle fait qu'accentuer son mal-être? A-t-il tout simplement eu un moment de folie dû à la pression alors qu'il ne prévoyait rien? Était-il de nature tourmentée?

Je dois admettre que dans cet éventail de points de vue, tous recevables, je trouve qu'on n'a pas assez insisté sur la portée du harcèlement psychologique. Si Nick n'a pas su agir comme il l'aurait dû, s'il a ravagé des vies, il ne faut pas perdre de vue que le harcèlement psychologique est un véritable fléau. Valérie donne quelques exemples de ce que Nick et elle subissaient, et je pense que chaque lecteur admettra qu'il n'aurait pas voulu être à leur place. Pour moi, ces personnes qui faisaient le mal quotidiennement et insidieusement, qui y prenaient plaisir, sont également des bourreaux, et l'auteur ne parle pas assez de leur remise en question. On me dira qu'il y a celle de Jessica. Soit, mais il semble qu'elle agisse pour de mauvaises raisons... ou du moins, elle a tout un écheveau complexe de raisons, mais ne parle jamais vraiment d'une remise en question. Elle dit que Nick a bousillé Valérie, mais ne parle pas de l'attitude méprisable des autres agresseurs. Il est vrai que tout au long du roman, c'est effleuré par d'autres que Valérie, et qu'à la fin, c'est quelque peu exprimé, mais pas assez, à mon goût. Car malheureusement, le harcèlement psychologique est monnaie courante, quelle que soit la population.

J'aime la manière dont l'auteur n'a pas dépeint tous les psychologues à l'image du docteur Dentley. Là encore, elle apporte de la nuance en montrant le docteur Hieller qui se soucie réellement de ses patients, et fait vraiment son possible pour les aider.
J'ai été fascinée par la différence entre les faits et les intentions, clairement pointée du doigt au moment où le policier interroge Valérie. Avec cette fameuse liste, les faits (presque des preuves) parlent contre la jeune fille. Comment croire en ses intentions quand on est le policier chargé de l'affaire?

L'histoire est contée par Valérie, donc le lecteur ressent les choses de son point de vue jusqu'à ce que d'autres lui donnent le leur. De ce fait, le lecteur voit surtout la souffrance de l'adolescente, et a tendance (même si ce n'est pas au point de la jeune fille) à en faire le centre de tout. En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti jusqu'à ce que certains ouvrent les yeux (parfois de manière brutale) de notre héroïne.
Si j'ai compris les autres protagonistes, il en est un qui, pour moi, est resté hermétique à l'empathie: le père de Valérie. Si Francky est patient, si la mère est maladroite et a du mal à se remettre en question (certaines de ses réactions m'ont sidérée), le père est tout bonnement odieux. De son point de vue, sa fille n'est qu'une enfant gâtée qui joue avec le feu dès qu'elle a un sourcil de travers. Il refuse de voir qu'il y a de sa faute dans tout ce qui arrive.

J'ai aimé la structure du livre: alternance entre présent, passé, et articles de journaux sur la tuerie et son après. J'ai eu peur que les retours en arrière soient source de remplissage, mais il n'en est rien, car l'auteur s'est attachée à les doser et à ne pas trop les disséminer. Sa structure n'est pas figée, et c'est très bien ainsi.

Remarque annexe:
Presque toutes les fois où Francky apparaît, il est en train de manger. Cela peut faire rire (ce qui fut ma première réaction), mais cela montre aussi que Valérie, malgré la considération qu'elle dit avoir pour lui (et a sûrement), ne cherche pas à le connaître.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Albin Michel

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