Les petites filles de Courbelles

L'ouvrage:
Gerlier est professeur de dessin. Il a vingt-cinq ans. Flo a treize ans, et est amoureuse de lui.

Un jour, Huguette, une camarade de classe de Flo avoue qu'elle a eu des rapports avec un homme. Elle dit qu'ils sont plusieurs à abuser de certaines filles. Interrogées, les fillettes corroborent les dires d'Huguette. On exige des noms. De fil en aiguille, celui de Gerlier est prononcé.

Critique:
Ce livre a été publié dans les années 50. Il m'a fait penser à une nouvelle de Henri Troyat qui se trouve, si mes souvenirs sont bons, dans le recueil «L'éternel contretemps».

Ici, Jacques Brenner exploite très bien un thème assez délicat. J'aurais lu ce livre il y a quelques années, j'aurais peut-être tiqué. J'aurais peut-être pensé qu'il aurait été impossible d'accuser quelqu'un sur de simples témoignages sans preuves. Or, l'affaire des enfants d'Outreau montre bien qu'on est à l'abri de rien. Je serais tentée de dire que Jacques Brenner est un visionnaire. Par un texte court, il a su faire monter la tension, montrer comment quelque chose peut très vite déraper. En effet, les interrogatoires de Suzanne, de Gerlier, et d'autres, n'ont lieu que parce que leurs noms ont été cités, et qu'on ne pense pas que les enfants peuvent mentir. Les adultes interrogés sont tout de suite traités en coupables, alors qu'il n'y a aucune preuve contre eux. Tout ceci est assez effrayant. Si l'auteur avait su que ce genre de choses arriverait, mais en beaucoup plus grave, l'aurait-il cru? D'autant que dans cette sorte d'affaires, il est très difficile de démêler le vrai du faux. Le fait que les enfants soient ou non vierges est une preuve suffisante si ceux-ci admettent avoir menti, mais s'ils n'avouent pas et parlent d'attouchements ou d'actes buccaux... cela peut vite se transformer en chasse aux sorcières.

On comprend certaines de ces enfants, emportées par les dires de leur camarades, ne sachant pas comment se dédire, et étant également curieuses d'un monde encore inconnu d'elles. Mais on ne peut s'empêcher d'être horrifiés: comment ces fillettes n'ont-elles pas pris la mesure des conséquences de leurs accusations? Et bien sûr, on se le demande également en ce qui concerne l'affaire d'Outreau.

Toutes les réactions sont représentées dans le livre, grâce à divers personnages. Par exemple, Françoise Prieur garde la tête froide, cherche à comprendre ce qui s'est vraiment passé, ne tire pas de conclusions hâtives.
Par contre, la logeuse de Gerlier est quelqu'un qui n'a aucun esprit critique, qui ne tente pas de réfléchir. Malheureusement, ce personnage n'est absolument pas caricatural! Il est désolant et affolant de devoir constater que nous côtoyons, tous les jours, des gens à l'esprit si étriqué qu'il pourrait avoir cette réaction.

J'ai aimé la façon dont se terminent les choses, surtout parce que je suis une incorrigible romantique.
Quant à ce qui s'est réellement passé concernant Huguette, c'est une autre preuve qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Un livre intemporel, qui remet les choses à leur place.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Lapègue-Mari pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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