Le procès de Lisa

L'ouvrage:
Fin des années 70.
Le tribunal est réuni afin de statuer sur la viabilité de l'existence à venir de Lisa Dubois, qui est encore un foetus. Pour cela, les jurés entendront le récit des parents de Lisa (Antonio Morelli et Monique Dubois), puis les témoignages de diverses personnes représentant chacune une science (philosophie, théologie, sociologie, etc).
Le récit sera fait par le narrateur, un ange.

Critique:
L'idée de départ est intéressante parce qu'elle ne manquera pas de soulever des questions troublantes. Qui sommes-nous pour décider qu'un enfant peut naître ou non? Mais pouvons-nous laisser naître un enfant dont on est presque sûr qu'il aura une vie de souffrance? Oui, mais comment peut-on être sûr que cet enfant souffrira?
D'un autre côté, le lecteur peut imaginer que dans la réalité, Monique est entre la vie et la mort, et on craint pour celle de son enfant. Pendant qu'on tente tout pour les sauver, un tribunal céleste débat de la viabilité de Lisa. Cette interprétation est renforcée par l'idée que Monique voit sa vie défiler devant ses yeux, d'où le récit de l'ange. Cette façon de voir les choses est intéressante, mais elle ramène à une croyance que je n'ai pas. En outre, elle pousse immanquablement le lecteur à se demander pourquoi le tribunal céleste a laissé naître tant de gens dont on était davantage certains des souffrances à venir que de celle de Lisa. Enfin, le tribunal devrait tout savoir, de par sa qualité céleste. Il devrait donc être capable de dire ce qui adviendrait de Lisa si elle naissait. La spéculation ne peut être qu'humaine.
Je ne trancherai pas quant à l'hypothèse de lecture qui serait la bonne, même si l'auteur en privilégie une. Les deux me satisfont. Les deux ont leur intérêt et leurs failles.

Le récit de l'ange montre deux êtres malmenés par la vie et les circonstances, des êtres meurtris comme on en rencontre trop souvent. Ces passages sont assez durs, car malgré ou à cause de la fréquence de ses situations, on ne s'y habitue jamais.
Le récit fait par Antonio et Monique n'aurait pu être neutre. L'auteur a donc choisi un ange qui, tel un narrateur omniscient, connaît leurs pensées, leurs sentiments, mais aussi des choses dont ils ne peuvent pas se souvenir, étant trop jeunes. C'est plus original et moins froid que si le narrateur avait été impersonnel, car l'ange fait preuve d'empathie. Cela permet également à l'auteur d'introduire quelques notes à la fois humoristiques et tristes lorsque le diablotin, représentant les mauvaises pensées des «accusés», se manifeste.

J'ai apprécié la façon dont Serge Bregnard expose les points de vue des différentes sciences représentées, ainsi que de l'opinion publique. Outre que c'est très crédible, cela montre qu'une question peut être abordée de manières très différentes, et qu'il n'y a jamais une seule façon de voir les choses.

Éditeur: LEP.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Le procès de Lisa » sur Amazon