Auteur : Brami Alma

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lundi, 20 février 2012

C'est pour ton bien, d'Alma Brami.

C'est pour ton bien

L'ouvrage:
Lily a été élevée par des parents rigides, guidés par la religion, et qui, de surcroît, lui préféraient sa soeur, Zaza. À dix-sept ans, elle a connu un homme, et par ignorance, par griserie de ce bonheur neuf, s'est retrouvée enceinte. Une indignité aux yeux de ses parents. Lily et son bébé, Charlotte, seront exilées à quelques rues de là. Lily se jure d'élever sa fille dans l'amour et la joie explosive.

Critique:
Alma Brami analyse ici les dangers de l'extrémisme. Lily a eu une éducation extrême, alors, elle en donne une dans l'autre extrême à sa fille. J'ai compris les raisons de Lily, mais le roman montre qu'elle ne s'est pas intelligemment servie de l'éducation étouffante de ses parents pour faire mieux, alors qu'elle le croit. Je sais que c'est souvent comme cela: à ne pas vouloir reproduire, on en fait trop dans l'autre sens... Si tout cela est compréhensible, je n'ai pas réussi à réellement apprécier Lily. Si elle aimait vraiment sa fille, celle-ci n'aurait jamais peur de lui parler, elle se confierait à sa mère. Pour moi, leur complicité est fausse. On me dira qu'une fillette dont le monde est soudain bouleversé, et qui se rend compte que sa mère est la cause de certains paramètres erronés de ce monde, n'aura pas obligatoirement envie de lui en parler. Une fillette qui aime sa mère n'aura pas envie de la blesser. Soit, mais je pense que ce qui retient surtout Charlotte, c'est l'assurance que sa mère balaierait ses objections d'une pichenette insouciante, et lui dirait de ne se préoccuper de rien, de faire ce qu'elle veut... du moment que cela ne bouleverse pas le petit cocon qu'a construit Lily autour d'elle-même. Car il ne faut pas s'y tromper: le nid douillet dans lequel elle a voulu élever sa fille n'est qu'une prison dorée. Cela se voit lors des réactions disproportionnées de Lily lorsque sa fille commence à avoir des amis, veut s'écarter de ce que sa mère a planifié pour elle.
On pourra m'objecter que la jeune femme évolue, se rend compte de certaines choses. Ce n'est, en fait, pas le cas. Ce qu'elle finit par décider vient du fait qu'elle a trouvé autre chose pour combler sa solitude. Ce n'est pas forcément mauvais, mais elle qui voulait tout faire pour sa fille, qui voulait que celle-ci se construise en étant toujours elle-même, en n'étouffant jamais sa nature, ne se rend même pas compte de ce qu'elle fait. Son évolution est simplement due au fait que quelque chose lui arrive, ce n'est pas du véritable altruisme maternel, ce dont elle se targuait de faire preuve. Ce qui ne veut pas dire que du bon ne finira pas par en découler...

Je ne rejette pas Lily en bloc. Elle fait certaines bonnes choses. Malgré ses maladresses, son égoïsme, son aigreur sous-jacente, son idée de départ vient d'un bon sentiment: ne pas infliger à sa fille ce qu'elle a souffert. Elle finit par accumuler de la frustration à ne vivre qu'avec Charlotte, à ne plus pouvoir voir sa soeur, à subir l'implacable refus de ses parents années après années. Elle n'a pas connu tout le bonheur et l'épanouissement auxquels elle s'attendait. Elle n'a pas vraiment pu se prouver à elle-même qu'elle pouvait être heureuse malgré tout. C'était une enfant solaire qu'on a bridée. Et sa nature n'a pu s'exprimer que pour Charlotte, par la suite. Il est logique qu'elle ait ressenti un manque, qu'elle se soit exaspérée de ne plus être en phase avec Charlotte, et que même cela ne lui suffise pas... C'est donc un personnage complexe...

Je n'ai pas trop compris le revirement de Zaza après ses fouilles. Je n'ai pas saisi ce qui l'avait fait changer d'avis, de façon de percevoir...
J'aime bien la façon indélicate de l'auteur de montrer l'ineptie d'une éducation bigote. Les parents de Lily et Zaza sont un modèle de bêtise, de régression, de refus d'adaptation. Ils rangent tout dans des cases, il faut que tout se passe comme ils l'ont programmé. Leur amour est artificiel, car il ne tient jamais compte de l'objet vers lequel il est dirigé. Il vaut d'ailleurs mieux être rejeté qu'aimé par eux. Si j'ai des reproches à adresser à Lily, elle s'en sort bien mieux que Zaza!

D'une manière générale, Alma Brami ne prend pas de gants. Son style épuré m'a un peu dérangée, parce que j'avais l'impression de petits tableaux dans lesquels j'ai eu du mal à entrer. Cependant, il garde l'avantage que tout est dit de manière à frapper le lecteur de plein fouet.
Malgré les personnages secondaires qui traversent le roman, j'ai eu l'impression (comme chaque fois avec cette romancière) d'un huis clos avec Lily et Charlotte.

Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.
Je me suis demandé si la Moustache n'était pas monsieur Palin. A priori, non, parce qu'il dit qu'il travaille au dernier étage, qu'il a un patron, que ses collègues travaillent sur des ordinateurs. Mais un doute a plané...

Remarque annexe:
Au risque de faire grincer des dents, je tiens à dire que je suis d'accord avec monsieur Palin quant à la façon dont certains parents élèvent leurs enfants. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.
Ce livre m'a été offert par les éditions Mercure de France.

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vendredi, 29 octobre 2010

Tant que tu es heureuse, d'Alma Brami.

Tant que tu es heureuse

L'ouvrage:
Eva a eu une liaison avec Franck, un homme marié. Il ne lui a jamais rien promis, lui a toujours dit qu'elle passerait en second, et que ça ne durerait pas. Justement, ça n'a pas duré. Franck l'a quittée. Eva souffre.

Critique:
Comme dans «Ils l'ont laissée là», Alma Brami sait trouver les mots qui décrivent la souffrance, le désarroi, le désoeuvrement. Le style est toujours dépouillé: l'auteur dit les choses sans fioritures, sans exagération.
Cependant, le personnage d'Eva n'a pas vraiment su éveiller ma compassion. Si l'auteur évoque sa souffrance avec justesse, certaines choses m'ont déplu. Par exemple, on ne peut s'empêcher, à l'instar de Lyne et de sa mère, de penser qu'elle l'a bien cherché. Elle savait ce qu'elle faisait en s'engageant dans une histoire avec un homme marié, qui, en plus, ne lui promettait rien. C'est plutôt elle qu'on a envie de blâmer pour s'être bâti des châteaux en Espagne. On me dira qu'on a beau savoir certaines choses, on ne peut se défendre d'espérer. Soit, mais Eva ne dit jamais: «Il me l'avait dit. Je le savais. Je souffre, mais c'est autant ma faute que la sienne.»
Et puis, elle est agaçante, à rabrouer ceux qui lui disent que c'est ce qui pouvait lui arriver de mieux. Bien sûr, elle n'est pas d'accord, mais elle ne remet jamais en question ses croyances quant à cette histoire. Elle ne se dit jamais, comme le lui fait remarquer sa mère, que Franck aurait fini par la tromper, elle aussi.
D'une manière générale, elle n'accepte pas que son monde change, puisqu'elle a du mal à accepter son père malade.

Si Franck a été honnête sur ce point, il n'est pas appréciable pour autant. Ce n'est pas parce que l'adultère est devenu monnaie courante qu'il est plus acceptable. Franck ne supporte plus la routine? S'il aime sa femme, il n'a qu'à tenter de faire renaître leur histoire, s'il ne l'aime pas, il n'a qu'à la quitter. Je suis toujours très sévère quant à ce genre d'adultères, non par pruderie, mais parce que c'est une mauvaise raison de faire souffrir d'autres personnes.
En outre, les excuses que se trouve Franck sont minables: c'est dans les gènes masculins (Dire que certains le croient vraiment!); après tout, il a bien le droit de faire ce qu'il veut, le pauvre chou, lui qui travaille tant, et assume tant de choses!

Les autres personnages sont trop contradictoires pour être sympathiques.
Lyne et son mari ne font que se disputer, mais oublient ces querelles sitôt commencées.
Isabelle et Justin seraient sympathiques, mais j'ai été gênée par le fait qu'Isabelle ne voie sa vie que par rapport à son mari et à ses enfants. Elle n'a aucun centre d'intérêt en dehors d'eux. Cela fait d'elle un personnage assez vide.
Quant aux parents d'Eva, c'est peut-être eux qui s'en sortent le mieux. Si la mère assène à tout bout de champ qu'elle ne vit que pour son couple, et que d'un autre côté, elle ne parvient pas à communiquer avec son mari et avec sa fille, les parents d'Eva finissent par s'écouter, se parler, et se comprendre.

Aucun personnage ne m'a été sympathique, sauf peut-être le père, Justin, et Jonathan, mais ils ne prennent pas assez de place. Et si je ne m'attache à aucun personnage, j'ai du mal à apprécier pleinement le livre. À la décharge de l'auteur, ses personnages ne sont pas caricaturaux. Ils sont vraisemblables, et on rencontre ce genre de personnes dans la vie. Seulement, on dirait qu'elle a fait un concentré de ce qu'il y a de plus idiot...

En outre, le livre est court, mais il y a des lenteurs.
Ce livre étant moins désespéré, moins pessimiste que «Ils l'ont laissée là», j'aurais dû le préférer. Pourtant, il n'en est rien.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.
Ce livre m'a été offert par les éditions Mercure de France.

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jeudi, 27 août 2009

Ils l'ont laissée là, d'Alma Brami.

Ils l'ont laissée là

L'ouvrage:
Déborah est adolescente. Elle a des amis imaginaires. Elle ne parle presque qu'à eux, surtout à l'un d'eux, Romain. Elle s'invente sans cesse des histoires.
Ses parents ne savent plus quoi faire pour qu'elle sorte de son monde fait de toutes pièces. Ils l'emmènent donc dans un hôpital psychiatrique.
Déborah continue à ressasser des souvenirs et des inventions. Elle s'immerge dans un monde sucré, plein de rêves, de gentilles personnes aimantes... elle se cache, s'enfouit dans ce monde de bonheur factice.

Critique:
Alma Brami réussit à nous raconter une histoire malheureusement banale en la rendant unique et inoubliable. Le roman est très court, mais très dense. Il se lit d'une traite, car on ne peut abandonner cette jeune fille qui crie sa souffrance, dont toutes les pensées (même celles qu'elle tente d'ensoleiller), renferment le désarroi. Ici, aucune longueur n'est à déplorer. L'histoire et les personnages prennent toute la place dans la tête du lecteur. Rien n'est laissé au hasard.
Dès le début, l'auteur nous plonge dans cette atmosphère oppressante qui est le quotidien de Déborah. Elle commence par entourer ses personnages de flou: les parents et la soeur n'ont pas de nom, et le lecteur a du mal à démêler le vrai du faux dans les histoires de Déborah. Petit à petit, le voile se lève: la soeur est nommée, un personnage revient de manière récurrente...
Le style de l'auteur est dépouillé: mots qui frappent, courtes phrases assénées qui racontent le cauchemar en l'entremêlant, comme tente de le faire Déborah, de faux bonheurs, de petits riens qui devraient constituer une vie banale et tranquille.
Je ne saurais recommander une scène en particulier, comme je le fais souvent, car le roman dans son ensemble, est percutant.

Le personnage de Déborah, autour de qui tout gravite, ne manquera pas de bouleverser le lecteur. Pourquoi s'enferme-t-elle dans ce monde? L'auteur laisse quelques indices: son ami imaginaire est un très jeune enfant, elle ne supporte plus la proximité des gens, même de ceux qu'elle aime... Et puis, assez rapidement, tout est dit, et de nouvelles questions se pressent dans la tête du lecteur.
L'auteur nous montre la réaction d'un enfant hypersensible. Quelqu'un de rationnel aurait voulu que la jeune Déborah expliquât tout ce qui lui arrivait dès le départ. Oui, mais un enfant, la plupart du temps, réagira comme Déborah. Tout sera enseveli dans l'inconscient, recouvert par des comportements étranges dont on ne peut deviner la cause. Et puis, l'enfant dont la famille ne le soutient pas le sait au plus profond de lui, alors, il ne dit rien...

Le personnage de la mère est absolument inexcusable. Il n'est même pas sûr qu'elle croyait bien faire, malgré ce qu'elle tente de faire croire. Elle ne pensait qu'à elle, à préserver ce qu'elle avait connu... Par certains côtés, Déborah lui ressemble, à tout enfouir, à transformer les choses pour faire comme si elles ne s'étaient pas passées. C'est une femme tourmentée, et sa façon d'agir fait qu'elle aussi est rongée de l'intérieur.
Il y a quand même un fait un peu tiré par les cheveux: la façon dont elle réussit si bien à cacher ce qui arrive à Rémi. Ce n'est pas très crédible.

Ce roman est une critique féroce du non-dit, du secret, décrivant impitoyablement les ravages que cela peut causer. Une famille d'apparence banale se retrouve saccagée par ce qu'on s'y tait obstinément, parce qu'on tente de soigner le mal par l'oubli, oubli tout aussi faux que le monde dans lequel s'enferme Déborah. Alma Brami montre avec force et talent le danger du silence qui mine, qui rend fou; les dangers de l'absence de communication, du refus à peine dissimulé d'apporter une aide quelconque, les dangers de nier quelque chose en espérant que cela l'effacera...

Ce livre est à lire justement pour ne pas oublier. C'est un cri d'alarme: ne jamais laisser un enfant s'enliser, être à son écoute, même si ça fait mal, si ça peut détruire une partie de soi. Cela vaudra toujours mieux qu'un enfant dévasté pour qui tout espoir est vain.
Malgré la dureté de ces pages, le roman est positif, car il nous met en garde, nous avertit bien mieux que ne le ferait une histoire entendue aux informations, qui serait racontée de manière impersonnelle. Ce roman est un bouillonnement de sentiments et d'émotions.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Ce livre est un roman de la rentrée. Ma critique est donc également lisible sur le site Les chroniques de la rentrée littéraire, site qui s'est donné pour ambition (grâce à l'aide de plusieurs partenaires), de proposer au moins une chronique pour chaque roman de la rentrée 2009.

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