Auteur : Bourdon Françoise

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lundi, 16 mars 2009

Les chemins de garance, de Françoise Bourdon.

Les chemins de garance

L'ouvrage:
La famille Vidal cultive la garance. Augustin, l'aïeul de la famille, ne cesse de harceler Camille, sa petite-fille, la traitant de bâtarde, sans que celle-ci puisse comprendre pourquoi. La jeune fille sait seulement que sa mère, Angeline, est partie après sa naissance. Quant à son père, ce qu'elle sait est encore plus flou.
Camille voue un culte à la culture de la garance, et compte bien reprendre le flambeau. Elle grandit sous l'égide de Nine, la servante qui était dévouée à Angeline.

En 1829, l'été de ses dix-sept ans, Camille rencontre Félix Missonnier, fils d'un ingénieur. Les deux jeunes gens tombent vite amoureux l'un de l'autre, et doivent affronter la désapprobation de leurs familles, surtout de celle de Félix qui pense que ce serait une mésalliance.

Critique:
C'est le troisième livre de Françoise Bourdon que je lis. Ayant été très déçue par «Les tisserands de la Licorne», j'avais très peur que ce livre ne soit pas bien. Je l'ai emprunté pour donner une autre chance à la romancière, et aussi parce qu'il était lu par Anne-Marie Scaramuzzi.

Bien sûr, il y a certains thèmes récurrents qui deviennent clichés: les deux jeunes gens dont l'amour est contrarié par des familles qui désapprouvent pour de mauvaises raisons. Ce thème devient lassant, à la longue.
Le thème de la famille exploitant quelque chose (ici, la garance), est également récurrent.
Comme dans beaucoup de romans de ce genre, on a affaire à de lourds secrets de famille. Parfois, lorsque le lecteur apprend lesdits secrets, il hausse les épaules, et soupire de lassitude. Pourquoi faire tout un plat de secrets si dérisoires?, pense-t-il. Ici, ce n'est pas le cas. On peut seulement reprocher à Françoise Bourdon de faire traîner les choses avant que Camille n'apprenne la vérité.

La façon dont Nine et monsieur Etienne se débarrassent du problème qu'est Lucien est un peu facile. Je veux dire que la romancière aurait pu trouver autre chose d'un peu moins gros, et, pour une fois, d'un peu plus conventionnel.

Dans ce roman, Françoise Bourdon plante bien le décor. Apparemment, elle sait planter un décor, car je lui avais déjà fait ce compliment dans «Les tisserands de la Licorne». Ici, le lecteur est immergé dans l'histoire, dans l'époque. Il se documente sur la culture de la garance tout en se divertissant.

Pour en revenir au thème de l'amour contrarié, dans ce roman, Françoise Bourdon a su modifier ses ficelles, ce qui fait qu'on sort des sentiers battus. En général, le lecteur tient à ce que les deux jeunes gens qui s'aiment depuis le début se réunissent, d'autant plus que la pauvre jeune fille est contrainte d'épouser un être rustre qui la bat, ou qui ne peut pas aligner trois idées. Quant au jeune homme, il se console dans les bras d'une femme qui lui apprend tout ce qu'il y a à savoir sur les choses de l'amour physique. Eh bien, ici, ce n'est absolument pas le cas! C'est rafraîchissant. On n'a pas à attendre, à se traîner péniblement jusqu'à ce que les deux héros se retrouvent. Sans vouloir trop en dévoiler, je préfère la façon dont ont tourné les choses, surtout pour Camille, car la romancière nous montre bien que celui que choisit la jeune fille est bien mieux pour elle, tant au niveau de la personnalité que de la force de caractère. Donc, contrairement à certains autres romans, on n'a pas une héroïne qui se résigne à épouser un homme qu'elle n'aime pas pendant que son coeur bat pour un autre.

En outre, les personnages évoluent au cours du roman. L'un d'eux passe énormément de temps à se lamenter, et se remet en question bien tard, mais il le fait quand même.
Globalement, les personnages ne sont pas trop caricaturaux, sauf peut-être Marguerite qui est absolument détestable.

Ce livre est avant tout un divertissement, un livre de vacances, tout en étant une lecture facile (on n'a pas à réfléchir, on doit seulement se laisser porter par l'histoire). Même si on retrouve des clichés, et que quelques lecteurs (comme moi) en ont assez, certains de ces clichés sont détruits pour le plus grand bonheur de ceux qui ne les aiment pas.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Comme d'habitude, Anne-Marie Scaramuzzi a su mettre le ton qu'il fallait sans surjouer. J'admire toujours autant cette capacité chez elle. Surtout, qu'elle ne change rien à sa façon de lire, c'est parfait!

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lundi, 29 septembre 2008

Les tisserands de la Licorne, de Françoise Bourdon.

Les tisserands de la Licorne

L'ouvrage:
1869.
Joséphine Tortel vit à Saint-Blaise, un petit village des Ardennes, avec son père, sa tante, et ses frères et soeurs. En effet, depuis la mort d'Aurélie, sa mère, sa tante, Catherine, est venue partager la vie de la maisonnée. Catherine travaille sans relâche pour assurer la survie de la famille. Joséphine ne peut la dissocier de son métier à tisser. Quant au père de la jeune fille, il passe ses journées à boire. Lorsqu'il est à la maison, il ne pense qu'à crier après sa famille.

Un jour, la scène que fait son père à Joséphine est une scène de trop. La jeune fille âgée de dix-sept ans décide de partir pour Sedan. Là-bas, elle se fait embaucher comme ouvrière dans la fabrique d'une puissante famille de drapiers: les Desprez.

Critique:
En général, j'aime bien ce genre de sagas. Mais peut-être en ai-je trop lu... J'ai trouvé "Les tisserands de la Licorne" trop cliché. Nous avons des ingrédients prometteurs, mais également assez caricaturaux: la belle jeune fille intrépide qui veut lutter pour avoir une vie meilleure, une histoire d'amour impossible, une mère castratrice et intolérante qui ne voit pas la personne, mais sa naissance.
On devine beaucoup de choses: on sait que Joséphine arrivera à se venger. On sait également ce qu'elle devra faire pour accomplir au mieux sa vengeance. On ne sait pas comment elle y parviendra, certes, mais on sait que ce sera la seule façon dont elle touchera vraiment son adversaire.

La seconde histoire d'amour traîne. Lorsqu'elle pourrait éclore, Joséphine agit stupidement, et le temps passe... Le lecteur averti connaît cette ficelle éculée: c'est juste pour retarder encore l'union des amants. C'est agaçant, à la longue.

la fin m'a déçue. La décision finale de Joséphine cadre avec son caractère. On aurait cependant pu penser qu'elle a tiré des leçons de son passé douloureux. Mais non. Elle n'a vécu que pour sa vengeance, ce qui a fait qu'elle s'est consacrée corps et âme à la fabrique de draps. On comprend tout de même sa décision finale. Il est vrai que l'espèce de chantage que lui fait son amant est exagéré. Cette absence de compromis fait que la fin est décevante.

La condition des ouvriers, des laineurs est bien décrite. Nous partageons la dureté de leur condition. On comprend bien pourquoi Gauthier devient amer et se tourne vers l'alcool, lorsque l'un de ses "outils de travail" lui est enlevé. On l'admire également, car après l'abattement, il trouve autre chose qui le rehausse à ses propres yeux.

Vous l'aurez compris, je ne recommande pas vraiment ce roman. Pour ceux qui ont beaucoup de livres en attente, n'y ajoutez pas celui-là, il ne vaut pas vraiment le détour, à mon avis.

Éditeur: Terres de France.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Charlot pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

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