Aline ou les cahiers de ma mère

L'ouvrage:
1946. Aline, une jeune vallezane étouffe dans une famille conventionnelle. Elle tente de se fondre dans le moule qu'on lui assigne, mais n'y parvient pas. Elle finit par fuir et tenter sa chance à Lausanne.

Critique:
J'ai aimé ce roman d'abord parce qu'il présente un personnage qui est loin d'être parfait. Si Aline a une grande force de caractère, elle agit parfois de manière irraisonnée qui fait dire à ceux qui la jugent qu'elle est folle. Victime d'incompréhension, mais aussi d'une époque, elle a le courage de s'enfuir, ayant compris que se contraindre à ce qu'on souhaitait pour elle signifiait une mort lente.
Ensuite, il est réconfortant de lire l'histoire de quelqu'un qui comprend instinctivement ce que pourrait lui apporter l'instruction. Aline s'intéresse à la littérature, à la peinture, à la politique. Son appétit de vivre s'accompagne d'une soif de connaissance jamais tarie. En outre, elle réfléchit quant à sa condition, ses choix, ses actes. Elle sait qu'elle n'a pas toujours bien agi, et accepte de se remettre en question. Elle a aussi des idées très arrêtées sur certains sujets, peut éclater de colère si quelque chose l'oppresse, elle refuse tout carcan (ce qui la poussera assez loin quant à certaines idées)... Bref, c'est un beau portrait de femme que propose Anne Bottani-Zubert. Un portrait crédible, vivant. C'est à travers le point de vue de cette femme dont le jugement est souvent avisé qu'elle nous montre une époque, des courants politiques, etc. À travers les expériences de la jeune femme, l'auteur évoque également la tolérance.

Les personnages que rencontrent notre héroïne sont intéressants, mais m'ont semblé pâles à côté d'elle. En effet, Aline a beaucoup de présence, de charisme. Cependant, pâles ne signifie pas fades. Chacun joue un rôle important dans la vie d'Aline, chacun participera à la formation à la vie de la jeune fille, que ce soit en l'accueillant ou en la rejetant.

Le style de l'auteur est très travaillé. En effet, ce sont les mémoires d'Aline, et la jeune fille sait à peine écrire. Elle dit les choses comme elle les sent, mais aussi comme elle le peut. De ce fait, il n'était pas possible d'adopter un style trop policé qui n'aurait pas convenu au personnage. Ce n'est pas pour autant que le style est poussif. Pour moi, la lecture a été fluide.

Éditeur: éditions de l'Aire.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Chatelanat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a une voix agréable. Elle a su trouver le ton approprié aux cahiers d'Aline.

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