Auteur : Bordas Camille

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vendredi, 23 septembre 2011

Partie commune, de Camille Bordas.

Partie commune

L'ouvrage:
Paul Manin décide de vendre la maison familiale, située à la campagne. Hector l'achète. Il dirige une petite troupe de comédiens, et compte faire de cette maison un théâtre.
Isis, ayant une liaison avec le fils de Paul, se trouve là par hasard. Elle a prétendu être comédienne, Hector lui propose donc de faire partie de sa petite troupe. La jeune femme est à un tournant assez désagréable de sa vie. Désoeuvrée, elle accepte.

Critique:
C'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture fluide et parfois poétique de Camille Bordas. J'ai également aimé l'intrigue et les personnages. Elle a eu l'idée originale de donner la parole à des êtres inanimés, dont la maison. Elle parvient à rendre vraisemblable l'histoire d'une complicité entre une maison et un être humain, développant par là la théorie comme quoi les lieux ont une espèce d'âme. J'aime bien cette idée. Bien sûr, ici, elle est poussée à l'extrême, mais c'est réconfortant de penser que dans une infime mesure, les non-animés gardent une trace de leur histoire.
Accessoirement, j'ai aimé les notes humoristiques dans les interventions des non-animés. Je retiendrai l'exemple de la maison qui essaie d'apprendre le droit, et qui dit qu'elle n'aime pas les «non-lieux». ;-)

Isis est parfois dure à cerner. Elle se débat entre un passé qu'elle juge inutile et son addiction. Son hypersensibilité lui donne accès à certaines vérités, mais la rend aussi impulsive et un peu imprévisible. Je ne sais pas vraiment si je l'apprécie.
J'ai aimé la façon dont elle finit par se débarrasser de ses démons. C'est une belle explication: comme si elle avait trouvé son âme soeur en un lieu donné.

L'auteur parvient à donner de la profondeur à des personnages peu évoqués, ou absents. Par exemple, on ne voit jamais Tilda, et pourtant, on ne pourra que l'apprécier.
Quant à Joseph, il n'est réellement présent qu'au début, mais Camille Bordas en dit assez pour que le lecteur comprenne ses craintes, son besoin d'être aimé et reconnu par sa famille.
C'est un peu la même chose pour Domi. La concernant, outre son deuil qui fera qu'on éprouvera de la compassion pour elle, c'est surtout sa «maladie» qui m'a marquée. Je pense que l'auteur l'a inventée (quoiqu'on ne peut être sûr de rien), mais il n'en reste pas moins qu'elle est fascinante et déconcertante.

Le concept théâtral d'Hector est pour le moins incongru. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je crois que j'aurais été déstabilisée si j'avais tenté de faire partie de la troupe. D'un autre côté, tous ces gens un peu paumés, voire névrosés (voir l'histoire des portes), trouvent, grâce à Hector, une façon de s'exprimer, de laisser parler leur inconscient. Cette forme de théâtre est un peu une thérapie, car on y met immanquablement de soi. On me dira que c'est le cas dans toute interprétation théâtrale, mais ici, le jeu devient la personne. Sans une personne donnée, tout serait totalement différent, et l'alchimie de la troupe ne serait certainement pas au rendez-vous. C'est donc un concept original et salutaire, si on prend la peine de s'y investir totalement.

Remarque annexe:
J'ai été amusée qu'Isis et Inès (l'héroïne du précédent roman de Camille Bordas), aient toutes les deux un prénom de quatre lettres commençant par un «i», se terminant par un «s», et se composant de voyelles et consonnes alternées.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Joëlle Losfeld.

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mardi, 1 mars 2011

Les treize desserts, de Camille Bordas.

Les treize desserts

L'ouvrage:
Lola est morte dans un accident de voiture. Son mari, José, qui l'adore, meurt un an plus tard. Ils laissent deux enfants qui ont vingt ans de différence: Pablo, et Inès.
Inès a quinze ans. Elle va vivre chez son frère. C'est elle qui nous raconte sa vie après ce tournant.

Critique:
Sous des dehors insouciants, ce roman est grave. Le lecteur découvre une palette de personnages qui ne manquera pas de l'attirer. Traversé de notes humoristiques (la tante Anna), de pointes de légèreté (le réveillon à Almeria), d'éclairs de poésie, le récit d'Inès est bien écrit. Camille Bordas parvient parfaitement à plonger son lecteur dans la vie de cette adolescente secrète par obligation. En effet, on se rend compte que personne ne cherche vraiment à comprendre Inès, à l'écouter, à l'aider. Son frère l'aime maladroitement, et il n'en a pas toujours le temps. Quant à Nathalia, Inès comprend trop tard que le fait qu'elles ne se soient pas rapprochées est autant sa faute que celle de sa belle-soeur.

Inès est adolescente, cependant, elle n'a rien de celles que certains romanciers se contentent de brosser à traits grossiers et à grands coups de clichés. Du coup, le lecteur sympathise avec elle, et la suit volontiers dans ses errances tant mentales que physiques.

Si je n'ai pas adhéré à l'histoire d'amour, Inès ne m'a pas du tout agacée. Elle s'est comportée comme n'importe quelle personne amoureuse. Elle a même été plus mature que certains adultes. C'est le personnage de Liam qui m'a exaspérée. Il n'avait pas à faire supporter ses états d'âme à Inès.
La tante Anna aussi, m'a énervée, dans cette histoire. Elle donne des conseils dénués de bon sens à la jeune fille, alors que celle-ci tentait tant bien que mal d'être raisonnable.
Anna semble drôle, pleine d'allant et d'entrain, mais en fait, elle ne fait pas grand cas des autres.

José et Lola ne sont que des souvenirs d'Inès et de Pablo, et le lecteur entend peu parler d'eux. Cependant, le prologue et certaines lettres de José nous en disent assez pour que ces personnages nous soient sympathiques. Leur discrétion, la façon dont ils ont tenté de faire ce qu'ils croyaient être juste (à plus ou moins grande échelle), tout cela m'a touchée.
Les «souffrances» d'Inès pourraient paraître présomptueuses à côté de cela. Pourtant, j'ai trouvé que tout le monde avait sa place. L'auteur a donc su montrer que chaque histoire était bonne à entendre, chaque personne qui tente d'avancer vaut la peine, même si certaines ne connaissent pas de déboires aussi affreux que d'autres.

Remarque annexe:
J'ai enfin appris l'origine des treize desserts, et ce qu'ils étaient. Depuis le temps que j'en entends parler...!

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roland Dufour pour l'association Valentin Haüy.
J'aime beaucoup la voix claire et le ton dynamique de ce lecteur. Ce livre aurait sûrement dû être lu par une femme (sauf quelques passages), mais l'interprétation de Roland Dufour est appropriée, ce qui fait que je n'ai pas été gênée.

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