Marâtre

L'ouvrage:
Mathilde Rocheron a trente-deux ans. Elle vit des aventures sans lendemain avec des hommes mariés. C'est alors qu'elle rencontre Eugène Boisseau. Ils commencent une belle histoire. Seulement, si Eugène est célibataire, il a deux enfants d'un premier mariage: Vincent, quinze ans, et Chloé, onze ans. Tous deux vont s'employer à faire fuir l'intruse.

Critique:
Caroline de Bodinat s'y entend à merveille pour décrire des situations à la fois cocasses et pathétiques. Outre cela, elle a le sens du réalisme et de l'à propos. On ne pourra nier que ce qu'elle décrit se retrouve très souvent. Eugène n'a ses enfants qu'un week-end sur deux, alors il les gâte, les laisse se comporter en tyrans irrespectueux et malpolis. Et bien sûr, lorsque Mathilde ose dire que ce n'est pas bien tant pour les adultes que pour les enfants, c'est elle la «méchante». Certes, notre héroïne a parfois l'impatience de se conduire de manière aussi stupide que les enfants. Ce n'est, d'ailleurs, pas forcément une mauvaise chose. Cela leur met le nez dans leur bêtise.
Ajoutons à cela Françoise, l'ex-femme d'Eugène, qui n'hésite pas à user de ficelles si grosses qu'il est impensables qu'elles opèrent, afin de détruire le couple.
Et bien sûr, tout cela prend très bien, car si le lecteur, à l'instar de la narratrice, prend de la distance, et démantèle les ficelles, Eugène n'y parvient pas. Il s'en doute, au fond, mais n'arrive ni à se comporter en père avec ses enfants ni à envoyer Françoise s'occuper de ses affaires.

Une histoire contée sur un ton pleurnichard et dramatique n'aurait sûrement pas eu un grand impact. Caroline de Bodinat a choisi d'écrire cela d'une plume caustique, alerte, presque gaie. Les situations humoristiques ne manquent pas, même si certaines sont cruelles. Il en est une que je n'ai absolument pas vue venir, et pourtant, j'aurais dû... c'est celle du concours de photo.
La narratrice et ses amis ont de la repartie, les répliques bien senties fusent. La narration est sur le même ton. Mathilde décrit des situations parfois désespérées sans se départir de son humour. Par exemple, la fête d'anniversaire de Chloé.
L'auteur a également l'art de créer des situations dont on ne pourra s'empêcher de rire, malgré le mal fait. Par exemple, ce qui arrive au cadeau d'anniversaire du fils de Gabriel. Certains personnages sont sources d'amusement: Philippe, Gilbert, et parfois Gabriel.

Ce livre est exempt de temps morts.
La fin n'était pas forcément facile à faire. Il fallait qu'elle aille bien au reste. Là encore, la romancière n'a pas démérité.

Un livre juste, réaliste, drôle, fin, tendre... une réussite!

Éditeur: Fayard.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marina Froidevaux fait partie des rares lecteurs qui ne lisent pas trop lentement. J'aime beaucoup sa voix dynamique, sa lecture fluide, son ton toujours juste.

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