Auteur : Blondel Jean-Philippe

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mercredi, 4 septembre 2013

6H41, de Jean-Philippe Blondel.

6H41

L'ouvrage:
Ce matin-là, Cécile prend le train de 6h41. La place près d'elle reste libre, puis quelqu'un vient s'y asseoir. Quelqu'un qu'elle connaît: Philippe Leduc, qu'elle n'a pas vu depuis vingt-sept ans.

Critique:
J'aime les romans qui racontent des événements de plusieurs points de vue. Ici, j'ai apprécié de découvrir, au fil des chapitres, la vie des deux protagonistes, la raison pour laquelle ils se connaissent, leur cheminement intérieur.

J'ai apprécié que l'auteur montrent des situations qui semblaient tracées d'avance et se sont révélées autres. Étudiante, Cécile était quelconque, alors que Philippe était beau et semblait avoir un avenir prometteur. Les choses ont bifurqué, non par extraordinaire, mais à cause de l'attitude des personnages. J'ai aimé que l'auteur montre par là qu'on est responsable de ses actes, qu'il ne tient qu'à nous de faire évoluer les choses en bien ou en mal.

J'ai été quelque peu dépitée que Jean-Philippe Blondel, à l'instar de beaucoup de ses congénères, montre des couples qui n'ont pas tenu très longtemps. Soit ils sont divorcés, soit leur mariage ne semble plus vouloir dire grand-chose. On lit cela un peu partout, c'est un peu déprimant. Il existe aussi des couples qui s'aiment sincèrement pendant plusieurs décennies. Et même s'il en existe peu, pourquoi les auteurs ne nous en montrent-ils pas davantage? Bien sûr, ici, il renforce l'idée que si le couple ne tient pas, c'est parce qu'au départ, les personnages ont fait des choix qu'ils savaient être mauvais. Si cela peut être le cas du côté de Philippe, j'en suis moins sûre quant à Cécile.

Par petites touches, le lecteur apprend ce qui arriva vingt-sept ans plus tôt, et surtout comment cela arriva. J'ai aimé la manière dont l'histoire est distillée, entre deux tranches de vie des personnages.
Avec un tel scénario, il était difficile de trouver une fin acceptable. J'ai apprécié celle de l'auteur. D'abord parce qu'elle est ouverte. Dans ce genre d'histoire, il ne peut pas vraiment y avoir une fin fermée. Ensuite, parce qu'elle est préparée au long du roman. Enfin parce que je ne sais pas comment le roman aurait pu avoir une autre fin.

Remarque annexe:
Il y a une petite incohérence: comment Cécile a-t-elle pu reconnaître Philippe puisque, dit-elle, il a énormément changé. L'auteur tente de l'expliquer lorsque Cécile se dit qu'il n'a pas dû tellement changer puisqu'elle l'a reconnu.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il existe également une version audio chez CdL éditions.

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vendredi, 24 juin 2011

Le baby-sitter, de Jean-Philippe Blondel.

Le baby-sitter

L'ouvrage:
Alex a vingt ans. Il est étudiant. Cette année-là, il a du mal à joindre les deux bouts. Il décide de proposer ses services: il veut donner des cours particuliers, et tenter le baby-sitting. Étrangement, c'est pour le baby-sitting, et non pour les cours qu'on va le solliciter.

Critique:
Voilà un roman frais, à la fois grave et léger, tendre et drôle. Un roman qui raconte la vie avec son lot d'aléas. En peu de pages, Jean-Philippe Blondel parvient à construire des personnages criants de vérité, une intrigue complexe et cohérente. Bien sûr, il y a quelques événements qu'on voit venir. Je savais, par exemple, que lorsqu'Alex se rebellait contre son portable, il le regretterait. J'ai également trouvé étrange que certains dissèquent l'amitié entre Marc et Alex, et se demandent comment elle était possible, étant donnée leur différence d'âge. J'ai des amis qui ont entre dix et vingt ans de plus que moi, et nous avons toujours des sujets de discussion. Ce que le lecteur apprend ensuite corrobore quelque peu ce questionnement des personnages. J'ai trouvé ça un peu dommage.

Rien n'est manichéen. Si Alex s'entend bien, et devient ami avec ses «employeurs», il ne devient pas la maturité faite homme, il ne règle pas tous ses problèmes et ceux de ses connaissances en un claquement de doigts. Mais ces rencontres auront des incidences (à court ou à long terme) sur la vie de tous.
L'auteur crée des situations inattendues, comme, par exemple, ce qui arrive aux parents d'Alex.
Le dernier chapitre est constitué de plusieurs parties. Chaque personnage prend la parole à tour de rôle. J'ai beaucoup apprécié cela, car on se sent encore plus proches d'eux: on est dans leurs pensées, on comprend mieux certains de leurs agissement...

Chaque personnage a su me toucher. Je me sentais proche d'eux, de leurs histoires aux apparences banales...
Mélanie et sa verve amuseront le lecteur. Même dans la peine, elle a le mot pour rire.
Marc est également très proche du lecteur. Quand il finit par comprendre et accepter ce qui le mine, il est très lucide quant au chemin qui lui reste à parcourir.

Je n'ai pas apprécié Irina. D'abord parce que je ne comprends pas ce coup de foudre idiot qui a saisi Alex à son propos. C'est peut-être l'attrait du mystère puisque la dame s'en enveloppe. Irina reconnaît elle-même qu'elle agit sottement, et semble savoir pourquoi. Pourtant, je n'ai pas réussi à me mettre à sa place. J'ai trouvé qu'elle ne savait que s'apitoyer sur son sort. Elle a fait des enfants pour voir si ça la sortirait de sa bulle d'indifférence. Comme ça n'a pas marché, elle ne prend pas la peine de bien s'en occuper. Elle les a voulu, et ne les assume pas. Elle passe son temps à se cuirasser, et elle succombe presque lorsqu'elle voit Alex dormir. J'ai trouvé ça peu crédible!

Je n'ai pas non plus aimé Marion. Je l'ai trouvée immature. Elle fait beaucoup de bruit pour rien, exprime un mal-être dont on ne connaît pas vraiment la cause. On dirait qu'elle fait tout cela pour se donner un genre, parce qu'autrement, elle s'ennuierait. Elle ne semblait réellement préoccupée que par sa petite personne, et sa souffrance fabriquée. Elle m'a agacée.

Quant à Alex... il a vingt ans, il se cherche encore... son année de baby-sitting va le mûrir, l'enrichir, lui donner davantage d'assurance.
Je n'ai pas trop aimé ce qu'il dit à la toute fin, parce que le lecteur ne parvient pas à savoir si c'est sérieux ou pas. Mais pourquoi Alex voudrais-il faire cela? C'est peut-être juste une boutade, comme ça peut arriver quand on est dans cette situation. Cela m'a quand même laissée perplexe.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Mollaert pour la Ligue Braille.
La lectrice adopte un ton à la fois sobre et dynamique. Sa lecture est vivante, et elle ne surjoue pas. J'aime beaucoup la façon dont elle interprète Mélanie: cela va parfaitement avec ce qu'on s'imagine quant à elle.

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