Moana Blues

Note:Ce livre contient un glossaire des mots tahitiens employés, avec, pour certains, la prononciation approximative. Seulement, au cours du roman, ces mots ne sont pas signalés comme pouvant être trouvés dans le glossaire. Ils sont en italique.

L'ouvrage:
Moana, seize ans, s'est noyé. Son beau-père, Paulo, nous raconte le lendemain de cette noyade. La vie de la famille s'est arrêtée. Paulo ressent l'oppression due à la situation. Il aimerait sortir, plonger, comme à son habitude. Il semble indifférent. Mais l'est-il vraiment?

Critique:
Vous l'aurez compris, ce livre n'est pas gai. Ce n'est pas pour autant qu'il est larmoyant. Il est poignant, émouvant, bouleversant, et aborde, avec justesse, un sujet délicat. Un livre court, dense, décrivant et suscitant émotions et sentiments variés.

Paulo nous raconte, par fragments, son passé, et la journée de l'enterrement de Moana. Petit à petit, il se met à nu devant le lecteur, et explique comment la famille dans laquelle il est entré l'a accepté, surtout les enfants.

Pendant cette journée, Paulo semble apathique et indifférent. Il ne se manifeste que par des malaises. Il attache de l'importance à certains détails, comme la chaleur étouffante (qui symbolise la suffocation qu'on ressent quand on perd quelqu'un), l'étiquette de sa chemise neuve qui le gratte. Au détour de ces considérations, il évoque des scènes terrifiantes de simplicité qui montrent tout l'amour qu'il ressent pour Moana et les autres. Par exemple, lorsqu'il nous livre la réflexion écoeurante du médecin. Extérieurement, il réagit peu, afin de ne pas provoquer un scandale, mais sa décision est prise: une croix est faite sur ce médecin.

Par petites touches, le lecteur découvre une famille soudée et aimante malgré le fait que Paulo et Malinda ne ressentent pas réellement un amour dévorant l'un pour l'autre. Chacun respecte l'autre, et l'aime à sa manière.

Les personnages sont attachants. Ils ont été meurtris par la vie, et vont de l'avant. Certains, comme Paulo, ont commis des erreurs. Paulo s'est même enferré dans la plus terrible de ses erreurs. Une autre chance lui est donnée, et il fait tout pour ne pas la gâcher.
À ce propos, la scène qui se transforme en malentendu avec Vaitiare est particulièrement éloquente et touchante. On ne blâmera pas Paulo d'avoir renforcé le malentendu, puisque c'est pour la bonne cause. D'autre part, comment aurait-il pu avouer son lourd secret à une enfant déjà abîmée par les hommes?

Le livre explore avec finesse la façon dont chacun exprime sa souffrance. Paulo n'aime pas trop la façon dont le montre sa famille d'adoption, et il ressent qu'il est quelque peu rejeté à cause de son insensibilité apparente, ou du fait qu'il n'est que le beau-père du jeune garçon, et qu'en outre, il n'est pas un insulaire.
Par ailleurs, Paulo porte un regard un peu désapprobateur sur les manifestations religieuses, sur ce que se disent les hommes pour se rassurer quant à l'âme du disparu. Il voit les choses différemment. À mon avis, sa façon de voir est plus vraie (à la fois authentique et vraisemblable), ce qui ne veut pas dire qu'il faut condamner les autres façons de penser. C'est cristallisé par le devenir de la planche de surf de Moana. Le lecteur comprend à la fois le point de vue d'Abel et celui de Paulo.

Malgré le sentiment d'oppression dû à ce qui arrive dans le présent, et à certaines révélations quant au passé, ce roman contient quelques notes d'espoir, notamment l'évolution des relations entre Paulo et Vaitiare. Paulo s'y accroche. Elles sont la preuve irréfutable, terrible, et rassurante que la vie continue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Au vent des îles dans le cadre d'un partenariat proposé par Blog-O-Book.

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