La ville des voleurs

L'ouvrage:
Leningrad, 1941.
Lev a été capturé alors qu'il détroussait un soldat allemand mort. Il se retrouve en cellule avec Kolya. Celui-ci est accusé de désertion. Un colonel prend la carte de rationnement de chacun d'eux, et leur promet de la leur rendre s'ils lui apportent une douzaine d'oeufs dans moins d'une semaine pour le gâteau d'anniversaire de sa fille.

Critique:
Moi qui n'aime pas trop les romans traitant de cette période (à cause du fait que beaucoup d'auteurs profitent du sujet pour écrire des livres qui, à mon avis, ne méritent pas le succès qu'ils obtiennent), j'ai beaucoup aimé ce roman. D'abord, il m'a donné un angle d'approche que je connaissais peu: les faits se passent en Russie. D'autre part, cette exigence à la fois loufoque et terrible ne pourra qu'interpeller le lecteur.

L'intrigue est prenante. On suit ces deux personnages dans leur odyssée semée d'embûches, de bonnes rencontres, d'atroces découvertes, le tout dominé par l'humour à la fois lourd et revigorant de Kolya. On se demandera plusieurs fois comment cette folle équipée se terminera. On respire au rythme de nos deux amis, il est très facile de s'identifier à eux (surtout à Lev, le narrateur). Dans un récit où la tension est omniprésente, les héros découvrent d'autres émotions, dont certaines sont exacerbées par l'urgence de la situation ou l'imminence d'un événement.
Certaines situations paraîtront presque irréelles, par exemple, cette partie d'échecs, disputée sur l'initiative de Kolya, et qui n'est qu'un prétexte. Elle sera l'une des pièces de ce voyage initiatique que la guerre force nos héros à accomplir. En effet, leur périple n'est pas seulement cette quête d'oeufs: il sera également moral.

Kolya est tour à tour attendrissant et exaspérant. Personnage haut en couleur dont la crudité des propos m'a autant agacée que Lev, mais personnage dont la verve et la générosité ne laisseront pas indifférent. Kolya saura faire rire le lecteur à des moments où il ne s'y attend pas. Et comment ne pas prendre la mesure de l'être éternellement généreux et gai qu'il est lorsqu'on pense au «cadeau» qu'il fait à lev?...
J'ai apprécié l'histoire «Le chien dans la cour» qui revient comme une rengaine, et dont Kolya finit par livrer l'ensemble.

Si on se fie au prologue, et au nom de famille de Lev (qui est celui de l'auteur), cette histoire est vrai. C'est celle du grand-père de l'auteur. Je ne sais pas trop quoi en penser, car cela pourrait être (comme souvent) des «artifices» afin de faire croire à la véracité d'un récit. Qu'elle soit vraie ou non, elle m'a plu.

Éditeur: À vue d'oeil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Jodogne pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix très claire, très agréable.

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