Les petites reines

L'ouvrage:
Bourg-en-Bresse.
Cette année, Mireille Laplanche est boudin de bronze du lycée. Elle qui, d'habitude, est boudin d'or, y voit un petit progrès. Si elle accepte avec flegme ce qu'elle ne peut changer, ce n'est pas le cas d'Astrid et Akima qui sont boudins d'or et d'argent. Cela fait que les trois adolescentes se rencontrent, échangent leurs soucis, et finissent par échafauder un projet fou.

Critique:
J'ai beaucoup aimé «Comme des images», le roman précédent de Clémentine Beauvais. Je n'ai malheureusement pas pris le temps de le chroniquer, à l'époque. L'auteur dit les choses avec causticité et gravité. Ses exemples sont frappants, les événements qu'elle décrit montrent, par exemple, les dangers des réseaux sociaux, avec brio. Si «Comme des images» était à la fois choquant et désespéré, justement de par sa pertinence, «Les petites reines» est un peu plus léger. L'auteur traite de sujets graves, mais le côté désespéré est moins présent.

J'ai d'abord apprécié le style de Clémentine Beauvais, la manière dont son héroïne dit les choses. Avec verve, par des images précises et claires, des répliques justes et fines, un style direct, sans mâcher ses mots, mais en les enveloppant de rire, la romancière raconte ces jeunes filles et les personnages qui gravitent autour d'elles. Les surnoms que la narratrice donne à certains personnages contribuent également au comique.

Ceux qui me connaissent s'attendront sûrement à ce que je m'énerve quant au «coup de foudre». Ici, il n'est pas agaçant. D'abord, il est compréhensible qu'une adolescente éprouve une certaine attirance au premier regard. Ensuite, ce coup de foudre n'est pas réciproque. Enfin, l'auteur l'utilise pour faire rire le lecteur. Ici, il est donc placé intelligemment.

Si le projet des adolescentes paraît insensé, on finit par penser: après tout, pourquoi pas? Pourquoi rester chez soi à ressasser? Pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose, même si cela paraît totalement rocambolesque? Mieux vaut tenter sans forcément y arriver plutôt que de regretter de n'avoir rien fait.
La réalisation de ce projet mènera nos trois héroïnes à se confronter à certaines choses, à en comprendre d'autres... Ce sera comme une sorte de parcours initiatique sur plusieurs points. À mesure que le livre avance, le style reste alerte, et le rire fait quelques incursions dans le récit (la scène où Malo et Mireille se rencontrent, alors que celle-ci veut aller aux toilettes, est assez cocasse), la verve de Mireille laisse davantage place à un style un peu plus sérieux. Je l'ai un peu regretté, mais je l'ai compris: cela montrait l'évolution des personnages, surtout celle de Mireille.

À la fin, certaines choses auraient peut-être mérité des précisions, mais cela ne gâche en rien la lecture.

Éditeur: Sarbacane.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Acke-Fable pour la Ligue Braille.
La lectrice est très bien entrée dans la peau des personnages, mais surtout, dans le style de Clémentine Beauvais, tout comme elle l'a fait en enregistrant «Comme des images». «Les petites reines» ne doit pas être lu de manière trop sobre, ce qui détruirait complètement le travail de la romancière. Adoptant la légèreté et la gravité nécessaires, la lectrice nous fait ressentir la vie de ces personnages.

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