L'appel des ombres

L'ouvrage:
Margaret Priddy est âgée, et ne peut pas bouger. C'est d'abord sur elle que le tueur a jeté son dévolu. Mais d'autres suivront.
La police se trouve impuissante face à ce crime. Jonas Holly voudrait enquêter comme il se doit, mais l'inspecteur principal Marvel lui met des bâtons dans les roues, d'abord parce que l'enquête ne fait pas partie de la tâche de Jonas, mais surtout pour se prouver son autorité en persécutant un subordonné. Les choses se compliquent lorsque Jonas trouve des messages insultants lui étant personnellement adressés, l'accusant de manière sarcastique de mal faire son travail.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans le livre. D'abord, l'enquête m'a paru très classique. L'auteur s'efforce de renouveler un peu le genre en inventant un inspecteur principal détestable, le sieur Marvel. Le lecteur observera d'un oeil amusé la petite guerre entre celui-ci et Reynolds. En outre, l'attitude de Marvel est une pierre à l'édifice dont Lucy finit par comprendre les rouages.
J'ai aussi trouvé que le roman traînait un peu. Les rebondissements se font attendre, et ne sont pas si nombreux, malgré leur pertinence.

Ensuite, j'en ai un peu assez des romans policiers où les violences faites à des enfants sont exploitées. D'abord, on ne s'aguerrit jamais à ce genre de récits, et au bout d'un moment, on a envie de lire autre chose pour échapper un peu à l'oppression qu'ils engendrent. Ensuite, beaucoup d'auteurs exploitent cette ficelle, notamment pour des thrillers, ce qui finit par la galvauder. On dirait que certains se disent: «Haha! J'ai trouvé ce qui va faire pleurer le lecteur! Exploitons la souffrance enfantine!» Je trouve cela un peu malsain. Bien sûr, là encore, l'auteur utilise ce thème pour expliquer certaines choses, ce qui fait que son intrigue est solide. Cependant, j'ai été un peu agacée qu'elle se soit servie de cela. (Je précise bien que ça m'agace dans les thrillers, car au départ, on ne s'attend pas forcément à ce thème. Dans un roman où on s'attend à le trouver, on est libre de lire l'ouvrage ou non.)

Quant à la solution de l'énigme, je ne sais pas trop quoi en penser. L'auteur a repris une ficelle que je déteste, mais l'a détournée pour en faire quelque chose d'acceptable au niveau de l'intrigue, et de vraisemblable. Seulement, l'est-ce à ce point? L'auteur a-t-elle quelque peu distordu la réalité pour son récit, ou bien une telle chose est-elle possible? J'ai déjà entendu parler de ce genre de choses, mais je ne pensais pas que cela pouvait être aussi poussé, sauf dans les films et séries à deux sous.
Mon mari, qui a enregistré le livre, trouve cela plausible, et est beaucoup moins sévère et pinailleur que moi! :-)

Les personnages sont intéressants, surtout Jonas et Lucy, sa femme. Leur psychologie est bien analysée. On comprendra sans peine leurs émotions et leurs motivations.
C'est pour eux que j'ai éprouvé le plus de compassion: leur douleur, leur détresse, le fait qu'ils se battent, puis renoncent, puis se battent à nouveau... devant l'inexorable auquel le lecteur, à l'instar de Lucy, est confronté. L'auteur l'expose très bien. Et puis, ce genre de choses renvoie le lecteur à lui-même. Ce qui arrive à Lucy pourrait nous arriver.
Les actes de Lucy et Jonas montrent que chacun est prêt à donner sa vie pour l'autre. Sans grandiloquence, avec délicatesse, l'auteur dépeint un couple admirable.

Si le titre français est bien choisi, je lui préfère le titre original («Dark side»), qui prend tout son sens lorsqu'on sait.

Remarque annexe:
À un moment, les policiers fulminent parce qu'ils ont perdu une pièce à conviction. Marvel est d'autant plus teigneux à ce sujet que c'est lui qui avait repéré cette pièce. Et il s'agit... d'une flaque de vomi. Cette recherche frénétique d'un peu de vomi (assortie de répliques telles «Mais où est ce vomi?», «Le vomi a disparu!»), a suscité mon hilarité. Les policiers avaient l'air ridicules tant à cause de la nature de ce qu'ils cherchaient qu'à cause de la colère de Marvel à ce sujet.

J'ai donc quelques reproches à adresser à ce livre, principalement sa lenteur. Mais tout s'imbrique et s'explique vers la fin (même si quelques éléments épars sont résolus un peu avant). Tout prend sens, et c'est à ce moment qu'à mes yeux, le livre acquiert davantage de valeur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Fleuve Noir.

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