Le livre de Fred

L'ouvrage:
Mary-Fred, quinze ans, fait partie de la communauté des disciples de Fred Brown. Lorsque ses parents sont arrêtés pour avoir laissé mourir leurs enfants, alors que ceux-ci auraient pu être soignés, la jeune fille est placée en famille d'accueil chez Alice Calison. L'adolescente ayant toujours vécu dans sa communauté, l'adaptation est quelque peu difficile pour elle.

Critique:
J'ai aimé ce roman, car l'auteur parvient à nuancer le manichéen. En effet, Mary-Fred a beaucoup d'idées très arrêtées. Elle est méprisante envers tout ce qui n'est pas sa communauté. Cette façon d'être est logique, étant donné qu'elle agit en fonction des seuls paramètres qu'elle connaît. On lui a répété toute sa vie que tous ceux qui ne faisaient pas partie des disciples de Fred étaient indignes d'exister, qu'ils ne connaissaient pas la véritable valeur des choses, qu'ils étaient bêtes et méprisables. Mary-Fred a cette façon de penser que j'ai rencontrée chez certains croyants: tous ceux qui ne partagent pas sa vision des choses se fourvoient, et il serait inutile de les conduire dans le droit chemin, car leur cerveau est trop simple. Elle ne se rend pas compte que cette pitié méprisante n'est pas à son honneur et est la preuve d'une intolérance flagrante, mais également de cette simplicité d'esprit qu'elle applique aux autres.

C'est cette jeune fille confite dans ses certitudes qui est «lâchée» dans notre monde, et qui y découvre plusieurs choses qui font qu'elle sera forcée de remettre en cause certains préceptes profondément ancrés en elle.
Étant très polie, Mary-Fred ne se montre pas ouvertement et délibérément méprisante (sauf quand elle craque). En outre, elle n'est pas quelqu'un de méchant, ce qui fait que ses hôtes vont l'apprécier. Son arrivée fait que chacun évolue dans un sens qui lui aurait semblé improbable. On me dira peut-être que certaines choses sont un peu grosses, comme l'évolution de Roy, les changements qui s'opèrent chez Alice et Heather. Je pense que tout est plausible. Surtout que la mise en regard de ces deux formes de pensées est très intéressante. On sait comme l'endoctrinement peut être dévastateur: la lecture de ce roman le montre de manière avisée.

Mary-Fred est le personnage le plus étudié par l'auteur. C'est normal, car c'est elle qui connaît le plus grand bouleversement. La question de l'adaptabilité de l'être humain se pose. Notre héroïne n'a pas le choix, mais tous ses congénères n'auraient pas réagi comme elle. L'auteur devait créer un terrain propice à une ouverture d'esprit, et devait donc tenir compte de certains paramètres. Outre sa jeunesse, Mary-Fred est observatrice, et son esprit critique n'a pas encore été totalement anéanti. Bien sûr, son évolution de se fait pas du jour au lendemain, et la gentillesse de sa famille d'accueil n'en est pas la seule raison. Il est même évident que c'est douloureux pour elle. Cela fait que rien ne semble bâclé ou hors de propos.
D'autre part, Alice, Heather, et Roy sont loin d'être parfaits, ce qui aurait rendu le tout peu crédible. Abby Bardi a donc su être subtile dans la création des situations et des personnages.

J'ai apprécié la polyphonie. Elle permet de mieux connaître les différents protagonistes du roman, de leur donner davantage corps. En outre, Abby Bardi l'utilise intelligemment, sans raconter plusieurs fois la même chose.

Éditeur: Belfond.
%La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Janick Quenet pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie toujours cette lectrice qui lit sans en faire trop. Sa voix est parfois un peu basse, mais je m'y suss habituée. Je regrette seulement qu'elle ait tenté de prononcer certains noms à l'anglaise, comme Dylan qu'elle prononce Daïlan. (À noter qu'en anglais, Dylan ne se prononce pas ainsi.) Quant à Heather, elle prononce le «h» de début, comme en anglais, mais en français, je trouve que ce n'est pas beau, car pas naturel. D'autre part, si en général, «ea» se prononce «i», ce n'est pas le cas pour le mot «Heather».

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