Auteur : Banks Russell

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vendredi, 26 juin 2015

Un membre permanent de la famille, de Russell Banks.

Un membre permanent de la famille

L'ouvrage:
En douze nouvelles, Russell Banks présente un échantillon de la société actuelle.

Critique:
Je suis moins à l'aise avec les nouvelles qu'avec les romans. Quand j'en lis, j'ai du mal à passer d'une nouvelle à l'autre. Ici, cela ne m'a pas trop dérangée, car beaucoup d'entre elles m'ont plu dès le commencement. En peu de pages, l'auteur plante un décor, plonge ses personnages dans des situation étrange ou délicate. Par exemple, la nouvelle qui a donné son nom au recueil pourrait sembler être une histoire banale. Pourtant, Russell Banks fait très bien passer toutes les émotions qu'elle implique. Il fait ainsi pour d'autres nouvelles, comme «Fête de Noël». En effet, ici, il ne se passe pas grand-chose, cependant, la tension est palpable. À la fin, on se rend compte qu'un drame (dont on ne définit pas vraiment la teneur) aurait pu avoir lieu.

Quant à «Oiseaux des neiges», elle expose la réaction d'une femme en deuil. Celle-ci se rend très bien compte qu'elle réagit de manière inattendue, voire déstabilisante, et s'en explique. On comprendra très bien ce qu'elle ressent. Sa vie, ainsi que celle de l'amie qui vient l'aider à supporter cette épreuve, prend une autre tournure. Il suffit d'événements anodins ajoutés les uns aux autres, de réflexions que se font les héroïnes pour que les choses changent.

Pour donner un autre exemple, j'ai beaucoup apprécié «Big dog», car elle me semble particulièrement juste. Peut-être même aurait-elle mérité d'être développée et transformée en roman...

Au milieu de ces nouvelles étudiant bien la psychologie de personnages profondément humains, se glisse une énigme. Il s'agit de «À la recherche de Veronica». C'est une espèce de jeu de pistes, dont on ne démêlera pas complètement les fils. À noter que c'est peut-être moi qui n'ai pas su voir la solution. Cela n'est pas vraiment gênant, car là encore, on s'attachera au récit de cette femme, et à ce que cela révèle d'elle.

Quelques nouvelles m'ont moins plu. Par exemple, «Le perroquet invisible». Elle décrit pourtant un aspect de notre société. Je l'ai trouvée moins convaincante, moins creusée...
J'ai également eu du mal à accrocher à «Perdu trouvé».

Malgré mes petits reproches, je vous conseille ce recueil dont la plupart des nouvelles sont justes.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Golaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 30 avril 2013

De beaux lendemains, de Russell Banks.

De beaux lendemains

L'ouvrage:
Petit village du nord de l'état de New York.
Alors qu'elle conduit le bus de ramassage scolaire (comme elle le fait tous les jours depuis vingt ans), Dolorès Driscoll a un accident. Les conséquences sont terribles: plusieurs enfants sont tués, et une adolescente (Nicole Burnell) reste paralysée.
L'auteur expose ses personnages et leur ressenti à travers les points de vue de quatre d'entre eux: Dolorès, Billy (le père de deux enfants tués), Mitchell Stephens (avocat), et Nicole.

Critique:
J'affectionne les romans polyphoniques. Ici, l'auteur se glisse très bien dans la peau des différents narrateurs. Il montre leurs univers, leurs pensées, leurs convictions, leurs motivations. On voit tout de suite ce qui les caractérise, par exemple, le solide bon sens de Dolorès, son amour d'une vie simple, l'admiration qu'elle ressent pour son mari et leur complicité...
Je pense quand même que le livre aurait dû être plus long. J'aurais souhaité un autre chapitre où Mitchell prend la parole. En effet, il semble prêt à s'occuper fermement d'une situation délicate, et j'aurais aimé savoir si sa résolution avait tenu, et ce qu'il aurait fait.

Russell Banks explique très bien comment un court événement peut faire basculer nos vies. Il exprime bien l'impuissance de chacun à changer le cours du destin. En effet, Dolorès et Billy (qui a assisté à l'accident), n'ont rien pu faire.

Ensuite, il montre que chacun vit cet événement à partir de soi-même. C'est compréhensible. Pourtant, au fond de ce désespoir qui engendre l'égoïsme, deux personnages comprennent ce qu'il faut faire pour que le village ne se transforme pas en champ de bataille régi par la colère et l'aveuglement. Ces deux personnages connaissent la souffrance. Elle ne vient pas de s'abattre sur eux avec l'accident. Ils la pratiquent depuis plusieurs années. Et lorsqu'un coup du sort l'accentue pour eux, alors qu'on pourrait penser qu'ils ne pourront plus en supporter davantage, ils ont la force et l'intelligence de comprendre ce qu'il faut faire. L'accident est même presque bénéfique à l'un des personnages, car son calvaire cessera.

Je n'ai pas réussi à apprécier Mitchell. Par son récit, on comprend bien la colère qui l'anime, et qu'il tente de mettre au service de ce qu'il croit être des justes causes. Cependant, son acharnement fait (du moins dans ce cas précis) que les habitants du village vont se transformer en ennemis potentiels d'autres,voire d'eux-mêmes. Les inciter à se révolter, dans ce cas, n'est pas bon, car en réalité, personne n'est à blâmer pour l'accident. Mitchell souhaite que des personnes qui souffrent obtiennent au moins un dédommagement financier, soit. Mais il ne veut pas voir qu'il fait de ces gens ses pantins, jouant de leur douleur, appuyant sur les cordes sensibles, les manipulant, se repaissant de leur malheur. Tel un charognard, il exploite leur détresse en croyant (ou feignant de croire) qu'il leur apportera un peu de réconfort. Même si on le comprend, si on conçoit qu'il ne parvienne pas à voir les choses ainsi, c'est bien ce qu'il fait. Son acte détruit l'unité villageoise.

Je regrette que certaines choses restent ambiguës. À la fin, Dolorès apprend quelque chose qui, en fait, devait lui être dit. La chose ne pouvait rester secrète. Après cela, elle explique son ressenti. Si j'ai compris l'un de ses sentiments, et l'espèce de sagesse qu'il fait naître en elle, j'ai du mal à m'expliquer l'autre. Le ressent-elle parce qu'au fond, elle se sent coupable?

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 14 septembre 2012

La réserve, de Russell Banks.

La réserve

L'ouvrage:
Été 1936.
Jordan Groves est peintre. Il est marié à Alicia, ils ont deux enfants. Ce soir du 4 juillet, il a été invité à admirer les tableaux que possède le docteur Carter Cole. C'est ainsi qu'il va entrer dans la vie de la famille Cole, dont la représentante la plus charismatique est Vanessa, la fille du docteur. La jeune femme à la réputation sulfureuse ne laissera pas Jordan indifférent.

Critique:
Ce livre développe quelques idées intéressantes, mais elles n'ont pas vraiment contrebalancé le reste... D'abord, j'ai mis beaucoup de temps à entrer dans le roman. Il y a de longues descriptions des états d'âme des personnages. D'habitude, cela m'intéresse, ici, cela m'a pesé. Sûrement parce que la plupart d'entre eux ne savent que pleurer sur leur sort et justifier (à leurs yeux) leurs mauvaises actions. Jordan est le plus fort à ce petit jeu. Il est infidèle, capricieux, irascible, mais ce n'est pas grave puisqu'il ne souhaite pas faire mal! Le summum de la mauvaise foi est l'argument par lequel il se dédouane de ses infidélités: il ne tombe pas amoureux, donc ce n'est pas important. C'est d'ailleurs à travers ce couple que l'auteur pose cette question: est-il plus grave de tromper sans être amoureux ou d'être infidèle avec quelqu'un qu'on aime. À mes yeux, les deux sont une trahison. C'est pour cela que ces personnages m'ont agacée à tromper, puis à dire qu'ils allaient faire peau neuve, et repartir de zéro avec des conjoints qu'ils n'aiment pas assez pour leur rester fidèles.

Alicia ne vaut pas beaucoup mieux. Elle est plus franche, mais se complique beaucoup la vie. À partir du moment où elle sait qui elle aime, elle aurait eu une façon bien plus simple et logique d'agir. Bien sûr, le lecteur découvrira que c'est beaucoup plus complexe, ce qui fait que là aussi, j'ai eu du mal à comprendre les protagonistes. Au final, chacun se sert des autres pour son accomplissement, mais de manière égoïste.

Que dire de Vanessa? Être à plusieurs facettes, réclamant de l'amour, ne sachant donner le sien... Femme volage à l'enfance brisée, elle s'englue dans les chaînes que ses parents ont tendues pour elle. Malgré l'antipathie que sa conduite inspirera, elle suscitera également la compassion. Elle agit de manière irrationnelle, mais on peut comprendre ses motivations. D'autant qu'un mystère la concernant restera entier.

Les parents de Vanessa n'en ont jamais vraiment été. Même si on n'est pas sûr de l'une des choses qu'avance la jeune femme, leur éducation laisse beaucoup à désirer.
Hubert Saint Germain est sûrement le seul qui trouve grâce à mes yeux. Il représente la force tranquille, l'absence de calcul, les terres et le travail rude. Il cherche la simplicité.

Ces personnages sont très forts, mais outre mon absence de sympathie à leur égard, j'ai été bloquée par une espèce d'inertie qui m'a tenue tout au long de ce roman. Il me semble lent. Peut-être cela vient-il de ce que l'auteur prend le temps de décrire certaines choses, mais aussi de ce que le comédien qui l'a enregistré a une lecture trop sobre. Sa voix n'est pas assez forte, son ton n'est pas assez vivant.

Un livre à côté duquel il ne serait pas très grave de passer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Villermoz pour les éditions Thélème.
Je sais bien que les éditions Thélème prônent la sobriété, mais ici, le comédien l'est trop. En outre, sa façon de prononcer Groves est exaspérante!

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