Le piège de la mémoire

L'ouvrage:
2013.
Margaret Holloway est prise dans un carambolage alors qu'elle rentrait chez elle. Sa voiture commence à prendre feu. Elle se croit perdue quand un homme la sauve.
Après cela, cette soirée la hante. Elle veut retrouver cet homme pour le remercier. De plus, cet accident a déclenché en elle d'étranges réminiscences.

Critique:
À l'inverse de certains auteurs qui tentent de retarder les révélations par du remplissage, Lisa Ballantyne ne cache rien à son lecteur. On sait, grâce aux dates, que les trois intrigues racontées parallèlement ne se passent pas à la même époque. À l'heure où tant d'auteurs tentent de «berner» le lecteur en dissimulant que les époques sont différentes, j'ai apprécié cela.
Bien sûr, on devine très vite ce qui lie certains personnages, mais ce n'est pas grave, car cela ne nous apprend pas comment se passeront les choses. On sait que, forcément, tel personnage s'en est sorti, mais on ne sait pas comment.

D'autre part, la psychologie des personnages est, à mon avis, plus importante que le côté thriller. D'ailleurs, l'auteur révèle des surprises où on ne les attend pas, en tout cas, c'est ce qui s'est produit pour moi.

Au long du roman, Lisa Ballantyne présente des personnages confrontés à des faits, agissant... Elles nous montre des situations qu'on croit figées, et lentement, par petites touches, les fait imperceptiblement changer. Par exemple, on comprend très vite que Big George n'est pas très futé, et il fait un peu peur. Cependant, entre le récit de ce qu'il fait à vingt-six ans et celui de son enfance, on se rend très vite compte que c'est juste quelqu'un qui a besoin d'humanité.

À travers certains personnages, la romancière évoque la torture physique et psychologique que ceux qui pensent avoir une once de pouvoir exercent. Comment ne pas détester (tout en s'en moquant) Angus Campbell,qui représente tout ce que la religion peut engendrer de pire? Certains diront peut-être que l'auteur a forcé le trait. Je ne pense malheureusement pas
D'un autre côté, et dans un registre différent, il y a la famille McLaughlin, sauf George et sa mère.

Quant à la mémoire... Certains en perdent une partie pour oublier un événement traumatisant. Ici, si c'est le cas, il y a un autre paramètre qui entre tout autant en ligne de compte. Je n'avais jamais pensé à ce paramètre, et il me semble que parmi mes nombreuses lectures, seul ce roman en tient compte. Je trouve que c'est une idée intéressante.

Comme je pinaille, je n'adresserai qu'un minuscule reproche à ce roman, reproche que je sais illégitime. Je n'ai pas aimé la toute fin. Elle n'est ni bâclée ni incohérente, elle est en accord avec le roman, mais j'aurais souhaité que cela se termine autrement. C'est donc un faux reproche, car cette fin n'est pas un défaut, elle ne remet pas en question cet excellent roman très bien pensé.

Remarque annexe:
À un moment, un personnage se souvient que dans son enfance, une religieuse (soeur Agatha) lui frappait les mains parce qu'il était gaucher, et qu'elle voulait qu'il écrive de la main droite. Ces scènes étant courantes, dans ces années et avant, on doit en trouver dans les romans. Cependant, je me suis demandé si Lisa Ballantyne avait voulu faire un clin d'oeil. En effet, dans «Les oiseaux se cachent pour mourir», il arrive la même chose à Meggie de la part d'une religieuse nommée soeur Agatha.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Belfond.

Acheter « Le piège de la mémoire » sur Amazon