Mon père est femme de ménage

L'ouvrage:
Paul est en quatrième. Il est amoureux de Priscilla. Il observe le monde autour de lui, et porte un jugement sur tout ce qu'il voit, jugement qu'il veut nuancé. Sa soeur passe des concours pour être miss. Sa mère est paralysée, et passe ses journées devant la télé. Son père est femme de ménage, souvent de nuit. Le vendredi soir, Paul n'a pas école, alors, il va aider son père.

Critique:
Voilà un petit roman agréable à lire, et qui, en plus, fait réfléchir. Il est agréable parce que l'auteur, par le biais de son personnage, a choisi un moyen infaillible d'intéresser et d'interpeller son lecteur: le faire rire. Les remarques de Paul, la façon dont il les exprime, et la justesse desdites remarques, tout cela fait que le lecteur prend part à l'histoire que nous raconte Paul.
Car cette histoire est banale et triste. La famille de Paul connaît un sort peu enviable. La mère se laisse complètement aller du fait de sa paralysie, la soeur a un petit pois dans la tête, et le farcit de balivernes, et le père ne cesse de travailler pour gagner une misère. Paul pose un regard à la fois amusé, déçu, et protecteur sur cette famille. Il la sait à la dérive, mais tente de la reconstruire en forçant les discussions, même si elles sont un peu bébêtes. En outre, ce qu'il ressent pour son père est complexe et terriblement réaliste. Il est conscient du fait que la vie de son père est terne et rude. Il l'aime pour tout le mal qu'il se donne. Mais il a du mal à admirer quelqu'un qui gagne sa vie en faisant des ménages. Cela peut se comprendre: c'est un adolescent, et à son âge, le paraître compte beaucoup. Pourtant, il combat ce sentiment qui fait qu'il voit son père comme inférieur...
Pour moi, le père de Paul est admirable. Quelqu'un qui fait des ménages au lieu de se laisser abattre, au lieu de pleurer sur son sort, qui tient à donner toutes les chances de réussir à son fils, qui se saigne aux quatre veines, est admirable. Et Paul, au fond de lui, le sait bien. La preuve est l'impossibilité dans laquelle il est d'avouer son échec scolaire.

Cette histoire pourrait facilement tomber dans le misérabilisme. Et pourtant, non. Guidée par son narrateur, elle prend toute sa force. Bien sûr, le lecteur se rend compte de la situation, et voit les larmes sous le rire. Mais le rire sauve tout, et fait de ce roman un roman à part. Le narrateur, très mûr par certains côtés, et immature par d'autres, abreuve son lecteur de remarques pertinentes, et même si certains de ses jugements semblent un peu hâtifs et un peu simplistes, on ne peut s'empêcher de penser que son regard est, finalement, assez juste. Sauf une fois (la fois où il se dit qu'il aimerait être musulman). Et là, lui-même s'étonne d'avoir méjugé la situation.
Il prend la vie comme elle vient, et tente de tirer parti des bonnes choses.

Et puis, il y a aussi du rire qui, en plus de cacher la tristesse, montre l'hypocrisie de certains adultes. Je pense surtout à la scène où Paul se fait punir parce qu'il dit à un de ses camarades de classe qu'il pue. Il ne fait que constater.
On rit beaucoup aussi à l'évocation d'une autre camarade de classe de Paul (celle à qui il demande son nom de famille). Mais là encore, une fois gratté le vernis du rire, on ne voit qu'une personne qui ne sait que répondre à ce qu'elle croit être des attaques par la violence.

Le livre est construit ainsi: on rit beaucoup de certaines scènes et situations, mais cela fait qu'elles marquent plus que si on nous les avait dépeintes dans leur terrible simplicité. C'est pour cela qu'à mon avis, ce livre est un très bon roman. Et puis, la toute fin (la dernière phrase), nous fait rire sans réserve!

Éditeur: Léo Scheer.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lorenza Eder pour la Bibliothèque Braille Romande.
Une fois de plus, Lorenza Eder a très bien su interpréter ce roman, avec naturel, vivacité, et talent. Ce fut un plaisir d'écouter sa lecture vivante. Bravo à elle!

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