Fugitive

L'ouvrage:
Sousan est la fille d'un puissant iranien. Elle nous raconte d'abord son enfance et son adolescence. Elle est allée faire ses études aux Etats-Unis, et même si sa famille et l'ambiance de son pays lui ont beaucoup manqué à ce moment-là, cela lui a montré d'autres façons de voir.

Lorsque la révolution éclate, et que le shah est détrôné, puis remplacé par l'ayatollah Khomeini, tout bascule pour Sousan. Elle est détestée des révolutionnaire, car elle est nantie. Le Comité la poursuit... l'étau se resserre...

Critique:
Ce témoignage est à lire pour qu'on n'oublie pas ce qui a eu lieu, ce qu'ont pu subir certaines personnes. Sousan entremêle son histoire personnelle à celle de son pays. Cela nous montre diverses formes d'oppression, d'humiliation.

La jeune femme a profondément aimé son premier mari. Cependant, celui-ci agit en jeôlier envers elle. Il se dit ouvert d'esprit, et pourtant...
Ensuite, Sousan est traquée de tous les côtés: sa belle-famille, le Comité... Elle devra s'humilier, renoncer à des choses qu'elle aimait pour sauvegarder sa vie.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman, car je n'aime pas trop la structure. En effet, Sousan débute son histoire au moment où elle quitte l'Iran. Et ensuite, elle raconte son histoire depuis le début. Ce désagrément passé, j'ai dévoré le livre. C'est un témoignage bouleversant. Il nous montre une femme courageuse, qui voit peu à peu son pays devenir une dictature, sa vie devenir un cauchemar. Une jeune femme qui finit par se résoudre à quitter ses racines, abandonner ce qui a fait d'elle ce qu'elle est. Une femme, qui en plus, a dû faire de nombreuses concessions, qui savait que si elle ne faisait pas tout cela, elle serait broyée par le système de son pays.

Lorsque Sousan est aux Etats-Unis, lorsque son mari la surveille de près, le lecteur est indigné. Mais l'indignation fera place à l'horreur. A partir du moment où l'ayatollah Khomeini prend le pouvoir, le lecteur passe son temps à redouter la suite. Sousan ne le laisse pas souffler. Elle enchaîne les péripéties terrifiantes. A peine se sent-elle sortie d'affaire qu'un autre mauvais pas l'attend. Le lecteur est précipité dans ce récit haletant, et n'a d'autres solutions que de continuer.
Plusieurs scènes sont marquantes. Je ne donnerai qu'un exemple parmi tant d'autres: la perquisition du Comité chez Sousan. Mis à part des films, des revues, et d'autres choses, est posée, bien en évidence sur la console de l'entrée, une lettre. Cette lettre, si elle est lue par les hommes venus fouiller, est une condamnation à mort, Sousan en est sûre. Sousan veut d'abord la faire disparaître, puis s'avise que sa disparition après que les hommes l'ont vue sans y faire attention éveillerait les soupçons... Nous partageons sa tension au cours de cette scène, et de bien d'autres.

Dans les commentaires de la critique de "Mariée de force", certaines personnes dont moi avons mis en doute la véracité du récit "Jamais sans ma fille". On pourrait donc me dire que le récit de Sousan Azadi est peut-être faux. Mais comme il a été dit pour "Jamais sans ma fille", que ce récit soit vrai ou faux importe peu, finalement, car il décrit une réalité, il montre quelque chose qui a existé, et existe peut-être encore ailleurs. Peut-être ce genre de témoignages aidera-t-il des gens, et rien que pour cela, c'est une bonne chose.

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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