Auteur : Austen Jane

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jeudi, 20 juillet 2017

Raison et sentiments, de Jane Austen.

Raison et sentiments

L'ouvrage:
Domaine de Norland, Sussex. À la mort d'Henry Dashwood, son fils aîné (John) hérite de la plupart de ses biens. Sa femme (Fanny) et lui ne désirent pas aider financièrement la seconde épouse d'Henry et ses trois filles: Elinor, Marianne, et Margaret. Celles-ci, n'ayant que le peu qu'Henry a pu leur laisser, finissent par déménager dans le Devonshire. Cela éloigne Elinor de celui pour qui son coeur soupire: Edward Ferrars, frère aîné de Fanny. Quant à Marianne, elle s'éprend rapidement de John Willoughby, qui lui a porté secours alors qu'elle s'était foulé la cheville.

Critique:
C'est avec délectation que je me suis plongée dans ce roman sympathique, dont l'intrigue un peu simple est servie par une brillante écriture. L'ambiance est parfaitement plantée dès le premier chapitre. On a l'impression d'être aux côtés de ces jeunes filles et de leur entourage: entre mondanités, protocole, coups bas, amours naissantes. Le style vivant et relevé de Jane Austen recrée à merveille une époque et une société avec ses codes.

L'un des thèmes du roman est (comme l'indique le titre) la manière dont s'opposent le caractère d'Elinor et celui de Marianne. Marianne, fougueuse, prompte à se précipiter dans une histoire ayant tous les aspects romanesques qui lui plaisent, avec un homme qu'elle sent aussi passionné qu'elle, n'hésite pas à se montrer injuste envers certaines personnes. Elinor, pondérée, ne décide rien à la légère, prend le temps de regarder son entourage, d'analyser les situations. Encore de nos jours, on remarque que pour beaucoup de gens, seules les apparences comptent. Ici, c'est illustré par Marianne qui, ne voyant pas sa soeur souffrir, imagine que tout va bien pour elle. Or, Elinor ne montre pas sa détresse, mais son tourment est aussi grand, voire pire que celui de sa soeur. Je fais le parallèle avec notre société, car malheureusement, les choses restent ainsi: peu de gens creuseront et chercheront à comprendre une personne qui ne montre pas ce qu'elle ressent.

Jane Austen fait rire en exposant les mesquineries de certains. Par exemple, au début, la manière dont John et Fanny Dashwood parviennent à ne rien donner à madame Dashwood et à ses filles tout en se félicitant de leur prodiguer une attention de temps en temps est cocasse. Plus tard, on s'amusera également de John flattant sa demi-soeur, lui trouvant toutes les qualités du monde, tout ça parce qu'il espère qu'un homme riche l'épousera. Beaucoup de choses sont ainsi dans ce roman, et malgré la grande souffrance des deux jeunes filles (épreuve dont Marianne sortira mûrie), la drôlerie reste omniprésente. On dit des horreurs de façon extrêmement bien tournées, avec le sourire, on les enrobe d'une douceur trompeuse, on réplique, on rétorque, on cancane, tout cela pour la plus grande joie du lecteur. Cependant, il ne faut pas penser que tous les protagonistes sont superficiels. Outre les deux héroïnes, madame Gennings est un personnage sympathique. Au début, on a l'impression qu'elle est une cancanière invétérée, alors qu'en fait, elle a beaucoup de coeur. J'ai bien aimé le quiproquo que l'auteur parvient à créer entre elle et Elinor concernant la proposition du colonel Brandon.

Remarque annexe:
Il est amusant que trois personnages s'appellent John. ;-)

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cachou Kirsch.

Je pense qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Cachou Kirsch adopte d'emblée le ton et le jeu qui correspondent à l'écriture et à l'époque. De plus, elle modifie sa voix sans en faire trop lorsqu'il s'agit de certains personnages. Son interprétation contribue beaucoup à l'immersion du lecteur dans l'univers dépeint.
J'ai trouvé qu'elle prononçait les noms propres comme il le fallait, sans faire un accent exagéré, sauf pour «Harris» dont elle fait le «r» à l'anglophone. Heureusement pour moi, on voit peu monsieur Harris. ;-)

L'éditeur audio a respecté la structure du livre à 99%: seul un chapitre est coupé en deux.

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mardi, 7 février 2012

Orgueil et préjugés, de Jane Austen.

Orgueil et préjugés

Note: Je n'aime pas écrire mister et missis en abrégé.

L'ouvrage:
Missis Bennet souhaite que son mari aille rendre une visite de politesse au nouveau voisin, Charles Bingley. Elle espère un rapprochement qui lui permettra de marier au moins une de ses cinq filles. En effet, invitations et soirées se succèdent. Outre mister Bingley, la famille Bennet rencontre son meilleur ami, mister Darcy, qui commence par engendrer leur antipathie, surtout celle d'Elizabeth, la deuxième fille Bennet.

Critique:
Voilà un livre qui raconte la société du dix-neuvième siècle de manière fine et caustique. Tout ce jeu des soirées, des mondanités, du code... tout ce qui me semblait ennuyeux et poussiéreux prend une nouvelle dimension sous la plume de Jane Austen. D'abord, l'auteur n'hésite pas à intervenir pour apprendre à son lecteur que tel ou tel personnage est comme ceci ou comme cela. Missis Bennet est de médiocre intelligence. Nous voilà avertis. Ce qui fait que lorsqu'elle parla et agit, j'ai été partagée entre rire et agacement. L'auteur m'avait bien prévenue, et force m'était de reconnaître qu'elle ne parlait pas à la légère. Mon rire a été renforcé par ce que pensait Elizabeth. La pauvre était honteuse de la façon d'agir de sa mère, et mortifiée d'avoir honte. Missis Bennet m'a agacée parce que malgré le ridicule dans lequel la plonge habilement l'auteur, au bout d'un moment, on a juste envie d'acheter un verrou spécialement pour sa bouche.

Jane Austen fait la même chose avec mister Collins. Elle nous prévient qu'il est suffisant, puis nous montre à quel point il l'est. Lui ne m'a pas agacée, peut-être parce qu'il n'apparaît pas tout au long du roman. Je me suis délectée à me moquer de lui avec la bénédiction de la romancière et d'Elizabeth.

Elizabeth est, bien sûr, un personnage sympathique. J'ai apprécié qu'elle soit très liée à sa soeur aînée, que les deux jeunes filles s'aiment sincèrement, et se comprennent malgré leur différence de caractère. J'ai aussi aimé qu'elle ait tant d'esprit, de repartie, qu'elle soit si piquante, qu'elle bouscule certaines idées reçues. Il m'a également plu que malgré le fait qu'elle sache gratter le vernis et voir l'hypocrisie que recouvre à peine la bienséance, elle se trompe sur certaines personnes. Elle n'est pas parfaite. Ce qui fait qu'au long du livre, elle évolue, s'assouplit, apprend à ne pas tirer de conclusions hâtives, à examiner les faits et les points de vue.
J'adore la manière dont elle maîtrise la conversation qu'elle a avec une lady Catherine courroucée et sûre d'elle.

Quant à Darcy, j'ai eu le même cheminement. Je trouvais qu'il avait du charisme, de la prestance, et qu'il ne laissait pas les langues vipérines influencer son jugement. Et puis, lui aussi révèle certains défauts, ce qui le rend plus humain, moins froid. Il est d'autant plus appréciable qu'il finit par en prendre conscience, et tenter de se corriger.

J'aime beaucoup mister Bennet. Je pense que je serais un peu comme lui, à sa place... Quel plaisir de se moquer de missis Bennet avec lui! Bien sûr, sa façon d'être est assez rude et injuste, comme le souligne Elizabeth, mais je n'ai pu plaindre missis Bennet.

Quant à Jane, il m'a plu que sa douceur tempère le feu dont est faite Elizabeth. Cependant, elle m'a un peu agacée à ne voir le mal chez personne... Bien sûr, elle a raison sur quelques points. En outre, elle aussi évolue... Donc, elle m'a été globalement sympathique, même si sa naïveté m'a un peu ennuyée.

J'aime bien Mary... ou plutôt... j'adore la manière qu'a l'auteur de la railler!

Le récit passe par plusieurs phases... pour moi, il y a trois parties. D'abord, c'est le jeu mondain, les rencontres, on se jauge, on se juge. C'est surtout cette partie qui m'a fait rire. C'est probablement ma préférée du roman.
Ensuite, l'auteur introduit un peu de suspense et de frisson (compte tenu des circonstances, de l'époque), à cause de l'affaire Lydia. J'avoue m'être un peu ennuyée pendant cette partie.
Enfin, les personnages, ayant évolué, se revoient, et s'expliquent. C'est cette partie la plus tendre, la plus sincère, la plus romantique.
J'ai apprécié que le dernier chapitre explique ce que tout le monde devient.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Je ne sais pas comment fait Mélodie Richard... Il me semble (après avoir entendu trois livres interprétés par elle), qu'elle pourrait lire n'importe quoi avec un égal talent. Les trois romans que j'ai entendus appartiennent à des registres différents, et à chaque fois, elle s'en sort brillamment. J'adore, par exemple, la façon dont elle interpréta mister Collins, faisant subtilement ressentir au lecteur toute la bêtise de l'homme. Tout son jeu est ainsi. Se calquant sur les indications de la romancière, elle a su donner à sa voix les intonations appropriées. Là encore, je pense que ce roman n'est pas aisé à lire à voix haute.
Quant à sa prononciation des noms anglophones, elle est un peu plus marquée que dans «Jane Eyre», mais reste naturelle. Je pense qu'elle a senti que dans ce roman très anglais, elle devait tout de même prononcer certains noms de manière un peu plus anglaise.
À noter qu'elle est la seule lectrice francophone (à ma connaissance) qui prononce convenablement Lizzie. Allez savoir pourquoi, les lecteurs francophones s'obstinent à dire Lidzie, voire Litsie. Or, cette prononciation ne convient pas. Lizzie, ce n'est pas italien. Lizzie n'étant pas une pizza, on n'a pas à les prononcer pareil. ;-)
On me dira que je n'arrête pas de râler quant aux prononciations des lecteurs. J'en suis consciente, mais il faut savoir qu'il est extrêmement désagréable d'écouter un livre où les noms sont prononcés de manière alambiquée. Et puis, il m'arrive de complimenter... Mélodie Richard, par exemple. :-)

Là encore, les chapitres sont annoncés, ce qui est une bonne chose... sauf deux... ;-) (Je pinaille.)

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