Auteur : Atwood Margaret

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lundi, 26 mars 2018

La femme comestible, de Margaret Atwood.

La femme comestible

L'ouvrage:
Marian partage un appartement avec une amie, a un travail qui ne lui plaît pas vraiment, sort avec Peter... Un jour, elle se rend compte que la viande l'écoeure. Elle est embêtée, mais se résout à devenir végétarienne, puisque son corps semble l'avoir décidé. Cependant, les choses ne s'arrêtent pas là.

Critique:
Ce roman m'a plu. J'ai apprécié de voir les choses à travers les yeux de Marian (même lorsqu'elle n'est pas la narratrice). Ne sachant pas trop ce qui lui arrive, ne comprenant pas certaines de ses réactions, la jeune femme se laisse porter par les événements, et parfois, est très étonnée de faire quelque chose qu'elle n'avait absolument pas planifié. N'étant pas un personnage du roman, je glanais les indices que Marian laissait sans pouvoir les interpréter, et j'essayais d'expliquer son malaise. Je ne comprenais pas pourquoi elle tentait de se rendre consciente de la vérité par certains actes, mais je sais que parfois, on agit étrangement sans pouvoir expliquer pourquoi sur le moment. C'est ainsi que Margaret Atwood raconte une succession d'événements au cours desquels je ne me suis pas du tout ennuyée, mais dont j'avais du mal à voir ce qu'il en sortirait. L'héroïne peine à accomplir le chemin vers la vérité, parce qu'elle se fait une idée précise d'elle-même. Elle veut entrer dans un moule, n'ose pas aller contre ce qu'attend la société, veut être «normale».

En parallèle de ce qui arrive dans la vie privée de la jeune femme, l'auteur la confronte à certaines situations à la fois cocasses et désespérantes. Par exemple, sa colocataire est assez casse-pieds. Elle ne pense qu'à elle, et arrive à ses fins par des moyens quelque peu pervers. Cependant, a-t-elle vraiment le choix? Puis un autre paramètre entre en ligne de compte, et elle doit le considérer... Ce qui m'a surtout agacée, c'est que malgré sa détermination, elle ne semble pas réfléchir par elle-même. Elle veut ça, et fera tout pour l'obtenir. On lui dit que le résultat pourrait être désastreux, alors, sans se poser de questions, elle se précipite sur une solution qu'elle sait être mauvaise. D'un autre côté, son obstination et sa crédulité sont drôles. Je ne sais pas si c'est une féministe qui se débrouille avec les moyens du bord, mais elle m'a semblé écervelée.

On rencontre également Clara et sa petite famille. La jeune femme, non préparée à ce qu'est très rapidement devenue sa vie, se débat entre ses aspirations, ce qui se fait, et ce qu'elle a ou n'a pas le courage de faire.

Quant à Duncan, il est sûrement le plus anti-conventions des personnages du roman. Cela lui confère une part de mystère, d'ombre, d'excentricité, mais cela ne le rend pas aimable, car il se fiche de blesser les autres. De plus, il ne semble pas très net.

Suivre ces personnages, les voir tenter de faire la part des choses m'a plu. Scènes cocasses (le sondage chez Duncan), étrangetés (le jeune homme ayant besoin de repasser des vêtements ou de mettre le feu à la maison pour qu'il se passe quelque chose), gravité sous-jacente (les ennuis de Marian et de Clara), etc., tout cela donne un roman riche et abouti. Je n'imaginais pas du tout ce que ferait Marian à la fin. C'est une sorte de symbole, de manière de s'affirmer, de s'accepter et de faire la paix avec elle-même. C'est peut-être un peu incongru, mais ce qui compte, c'est que cela n'ait nui à personne, et que cela l'ait aidée à se comprendre.

Éditeur: Robert Laffont
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Rivet pour l'INCA

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jeudi, 22 mars 2018

C'est le coeur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood.

C'est le coeur qui lâche en dernier

L'ouvrage:
États-Unis. La misère et la criminalité sont de plus en plus présentes. Stan et Charmaine vivent dans leur voiture. Un jour, la jeune femme voit une publicité pour une ville où chaque habitant semble avoir une maison confortable, un bon travail... Le couple décide d'y tenter sa chance.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Bien sûr, on se doute vite que cette ville à l'air paradisiaque recèle quelque chose de bien moins plaisant. L'auteur n'en fait d'ailleurs pas un secret. Si j'ai eu envie de dire aux héros de ne pas se précipiter dans cet endroit, je me suis également demandé ce que je ferais si j'avais le choix entre une vie dans l'indigence et une vie en apparence sympathique, mais totalement surveillée.

Je pense qu'il y a un clin d'oeil au roman «Derrière l'épaule», de Jean-Pierre Andrevon. Outre que certaines façons de faire des dirigeants ressemblent à celles du roman, il est expliqué que Consilience est la descendante d'Harmonie, qui était le nom de la ville du roman d'Andrevon. Margaret Atwood explore le thème différemment. Une fois qu'on a identifié le problème, on tente d'en sortir... ou pas. Charmaine m'a agacée, surtout à cause de ce qu'elle fait lors des «déménagements». (Je le formule ainsi pour en dire le moins possible.) Cependant, on peut y voir une sorte de révolte contre les règles de Consilience.

Plus tard, l'auteur soulève d'autres idées. Par exemple, ses personnages sont en mesure de créer des robots presque plus réalistes que ce qu'ils sont censés imiter. Ah oui, mais la machine dérape, et rien ne se passe comme prévu. C'est un peu la même chose lorsqu'il s'agit d'obliger une femme à aimer le premier homme qu'elle verra après une opération. Sur Véronica, cela réussit très bien, ce qui donne lieu à un événement inattendu. Ces exemples (et d'autres) provoquent le rire. Margaret Atwood montre avec humour ce qu'il en coûte de vouloir imposer quelque chose. Cela m'a rappelé Serge Brussolo qui aime bien explorer les conséquences de la folie de certains hommes abusant de leur pouvoir. Seulement, lui le fait de manière à secouer le lecteur, lui montrant toutes les horreurs qui peuvent découler de cela.

Outre des idées savamment exprimées, l'intrigue fait qu'on ne s'ennuie pas. On découvre un élément, cela nous amène à autre chose, puis à autre chose, etc. La révélation de la toute fin met l'héroïne devant un choix qui lui semble difficile, et là encore, on se demandera ce qu'on ferait à sa place.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont j'aime beaucoup les interprétations. Cependant, comme souvent (que ce soit elle ou un autre lecteur), je regrette qu'à trop vouloir prononcer certains noms à l'anglophone (ou à vouloir à tout prix ne pas les prononcer à la française), elle en fasse trop. Par exemple, il est expliqué que Consilience est un mot-valise formé de «condamné» et «résilience». Il n'y avait donc pas de raisons particulières de le prononcer à l'anglophone. Pour moi, il aurait été plus naturel que ce soit dit à la française. C'est pareil pour le nom de l'auteur: la lectrice tente de faire un «a» à l'anglophone, mais quel mal y a-t-il à prononcer Atwood avec un «a» à la française?

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