Seul contre tous

L'ouvrage:
Ce soir-là devrait être le plus beau de la vie de Danny Cartwright et de Beth Wilson: il vient de la demander en mariage. Ils vont fêter ça dans un bar que Danny et Bernie, le frère de Beth ont déjà fréquenté. Bernie vient d'ailleurs les y rejoindre.
C'est alors que la soirée tourne au cauchemar. Une bagarre, un meurtre... dont Danny est accusé à tort. Avec l'aide de Beth, maître Alex Redmayne fera tout pour prouver son innocence. Mais c'est un avocat encore inexpérimenté...

Critique:
Globalement, voici un polar sympathique, un divertissement estival. Ce livre fait partie de ceux que j'appelle les reposes-cerveaux. Il ne faut donc pas s'attendre à un thriller au suspense haletant, fourmillant de rebondissements bien choisis, et magistralement construit. Il faut le lire quand vous avez envie d'une pause détente, d'une histoire par laquelle vous n'aurez qu'à vous laisser porter.

Ce roman m'a montré un autre aspect de l'univers carcéral. Moi qui l'imaginais majoritairement constitué de violence due à la frustration, j'ai découvert autre chose. Bien sûr, Geffrey Archer ne nous présente pas une prison paradisiaque où tout le monde est gentil et batifole gaiement. Mais tout est nuancé. On découvre les détenus, leur façon de réagir, les événements qui rythment leur vie, les règles de vie en prison.

Malgré la gravité du sujet, l'auteur émaille son roman de touches d'humour bienvenues. Il y a des personnages amusants (comme Big Al), des situations cocasses (par exemple le cours de bonnes manières que Nick donne à Danny), des répliques drôles (entre autres le plaidoyer de la mère d'Alex pour les épouses de juges).
Parmi les personnages amusants, il y a aussi Lawrence Davenport. Il est pathétique, mais cela donne plutôt un effet comique. Son narcissisme est tel qu'il en est presqu'incroyable, et c'est cette exagération, ce ridicule, qui fait rire le lecteur.
D'autres personnages sont intéressants: le prêtre n'est pas un bigot confit dans un dogme, mais au contraire, est ouvert et tolérant. La directrice de l'école maternelle représente bien les personnes qui s'arrête aux apparences, qui sont pleines de préjugés, qui ne voient pas l'humain derrière le dossier. Malheureusement, le monde regorge de personnes de ce genre.

D'autre part, les rouages du système judiciaire sont bien explorés: les tactiques des avocats, les omissions volontaires, etc. La fin du deuxième procès est intéressante, car le lecteur ne sait pas trop comment Matthiew arrivera à piéger ceux qui doivent tomber.
D'une manière générale, l'intrigue est bien menée, et la fin va bien avec le reste du roman.

Néanmoins, certaines choses m'ont agacée. Le plus gros reproche que je ferai est la trop grande ressemblance de ce roman avec «Le comte de Monte-Cristo», d'Alexandre Dumas. Je n'ai pas de chance, voici le second livre que je lis qui s'en inspire. Les auteurs trouvent l'excuse de la modernisation pour cacher le quasi plagiat, mais il ne faut pas s'y tromper. Ce livre est tout de même moins explicitement la copie de celui de Dumas que «L'île du docteur Mallo», précédemment chroniqué. En outre, Geffrey Archer fait explicitement allusion au roman de Dumas, avouant par là qu'il s'en inspire. Comme il tente de ne pas faire trop ressemblant, il choisit de créer une situation différente, mais peu vraisemblable. Il est assez incroyable que deux détenus ne s'étant jamais rencontrés, venant de deux mondes différents, et n'ayant aucun rapport familial se ressemblent comme Danny et Nick. Ils ont même une voix semblable!!!
Les vengeances de Danny sont plus vraisemblables que celles de Ned dans «L'île du docteur Mallo».
Heureusement, l'auteur finit par s'écarter de Dumas.

En plus, le livre n'échappe pas aux longueurs. Il y en a beaucoup! Par exemple, quand Danny sort de prison, on sait qu'il doit se battre contre Hugo Moncriff, et chercher à se venger. Cette connaissance fait qu'on se traîne un peu d'un événement à l'autre. Bien sûr, on ne sait pas comment Danny va se débrouiller pour agir, mais cela n'attire que faiblement l'attention, car on connaît le résultat escompté. L'intérêt n'est réellement relancé qu'au deuxième procès. Et même là, l'auteur trouve le moyen d'ajouter des longueurs...

Si les personnages qui nous sont sympathiques ont l'air d'être nuancés, ceux que l'on n'aime pas n'ont pas une psychologie très fouillée. Ils sont méchants, pleutres, et égoïstes. Spencer Craig est même légèrement psychopathe: voir son obsession pour Sarah...

Il y a au moins trois incohérences.
Maître Pearson discrédite Beth en expliquant qu'elle corroborerait n'importe quelle histoire que raconterait Danny par amour. Seulement, il serait aberrant et invraisemblable que Beth défendît le meurtrier de son frère, d'autant plus que maître Pearson ne relève aucune mésentente entre le frère et la soeur.
La chaîne de Nick est en or, puis en argent, puis en or...
Danny ne sait pas lire à son arrivée en prison, et pourtant, il fait souvent référence à l'école qu'il fréquenta enfant. Il y est même fait allusion lors du premier procès. Il est possible que j'aie manqué un passage où il est expliqué qu'il a été déscolarisé très tôt...

Le livre comporte des coquilles: une même personne a deux noms différents (pas seulement Danny ;-) ), certaines phrases souffrent d'erreurs de syntaxe...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

Ce livre m'a été offert par les éditions First dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babelio.

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