Auteur : Ammaniti Niccolo

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jeudi, 1 juin 2017

Je n'ai pas peur, de Niccolo Ammaniti.

Je n'ai pas peur

L'ouvrage:
Un jour, en jouant, Michele, neuf ans, se retrouve dans une maison abandonnée. En furetant, il découvre «un trou» dans lequel un enfant est retenu prisonnier.

Critique:
Peut-être attendais-je trop de ce roman. En tout cas, j'ai été déçue, malgré certaines qualités indéniables. Par exemple, les sentiments de Michele sont très bien analysés. Il est brutalement parachuté dans un monde où les adultes font sciemment le mal. Il doit l'assimiler, tout en aidant le petit prisonnier de son mieux. Il est très jeune, et n'a pas beaucoup de liberté de mouvements. Le revers de la médaille est que cela engendre des lenteurs. On voit beaucoup Michele avec ses parents, ou jouant avec ses amis. Dans tous les cas, il tente de se distraire pour ne pas penser à l'enfant prisonnier. C'est bien décrit, et on ressent bien la tension sous-jacente, mais cela m'a paru trop long.

Par opposition, la fin est trop rapide. J'aurais aimé davantage de détails. Que va-t-il arriver? Que vont devenir certains personnages? On se doute de certaines choses, mais pour moi, des réponses manquent. C'est d'autant plus frustrant que j'ai eu l'impression que le roman se traînait par moments. Là encore, je pense que l'auteur a souhaité quelque chose de brutal, un coup de poing. Certes, mais rien ne l'empêchait de donner quelques explications. Pour moi, la fin n'aurait pas perdu en force, elle en aurait même gagné.

Je n'ai pas pu m'attacher aux adultes. Certains sont un peu plus nuancés que d'autres, mais la raison de leur mauvaise action me les montre comme des enfants capricieux. Pour moi, ils n'ont aucune circonstance atténuante, même ceux qui, parfois, semblent se montrer un peu humains dans telle ou telle situation.

Ma déception quant à ce roman vient aussi, je pense, de ce que j'ai beaucoup aimé «Et je t'emmène», du même auteur. De ce fait, j'ai placé la barre très haut. J'ai retrouvé le style à la fois vif, très imagé, et souvent drôle, de Niccolo Ammaniti. J'ai également retrouvé sa capacité à dire certaines choses graves de manière légère, surtout que ces choses sont vues par un enfant. Cependant, je m'attendais à quelque chose de mieux.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Jacqueline Duperret fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. Elle lit un peu trop lentement pour moi, mais il me suffit d'accélérer le débit. D'autre part, sa lecture est vivante sans exagération. Enfin, elle ne tente pas de faire des accents très marqués pour les noms propres étrangers. Ici, elle a bien été obligée de prononcer Mikélé pour Michele, mais elle ne l'a pas fait de manière exagérée, ce qui, pour moi, aurait été ostentatoire et pas naturel.
D'autre part, il arrive que la BSR découpe certains chapitres jugés trop longs en plusieurs «plages». Lorsque cela arrive sur un livre enregistré par cette lectrice, elle indique clairement si le découpage suit la structure du livre ou s'il est dû à la BSR. Cela me facilite la vie, car lorsque je garde le livre, je lui rends sa structure originelle en collant les morceaux de chapitres découpés. Lorsqu'il n'est pas précisé si le découpage est artificiel ou s'il suit la structure du livre, je suis bien embêtée. Cela m'est arrivé récemment avec «Une autre idée du silence» de Robyn Cadwallader où les chapitres narrés par Sarah sont découpés. Une âme charitable a emprunté le livre papier à sa bibliothèque, et m'a donné la solution: le découpage suit la structure du livre. ;-)

lundi, 4 juillet 2016

Et je t'emmène, de Niccolo Ammaniti.

Et je t'emmène

L'ouvrage:
La famille de Pietro Moroni n'est pas facile: son père est alcoolique et a la main leste; sa mère est en dépression; son grand frère (Mimo) voudrait gagner de l'argent sans travailler... Pietro fait de son mieux en classe.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il est accosté par la bande de durs de sa classe...

Critique:
Niccolo Ammaniti raconte quelques mois dans la vie de Pietro et de certains personnages qui gravitent autour de lui. Cette histoire pourrait être banale, voire misérabiliste, si l'humour ne la sortait pas du lot. Le comique vient d'abord du langage employé par l'auteur. En une langue truculente, parfois crue, toujours imagée, Niccolo Ammaniti raconte la vie de ses personnages. Sous cette plume alerte et vive, cela prend tout de suite des allures d'aventures. Certains combats entre adolescents ressemblent à des guerres picrocholines, et on hésite souvent entre le rire (dû au style) et l'émotion (due à ce qui est conté). Le comique atteint même certaines scènes où le père de Pietro s'en prend à sa famille...

Si l'humour est omniprésent, il ne tourne pas en dérision les événements graves du roman. Il met même leur gravité en évidence. Certains personnages évoluent, et découvrent douloureusement que leurs semblables peuvent être méchants, égoïstes et injustes. À un moment, l'auteur explique que l'un de ses personnages fait une erreur, et récapitule toutes ses erreurs passées. Il en profite pour expliquer que pour certaines personnes, l'adage comme quoi on tire des leçons de ses erreurs ne s'appliquent pas. Il a raison. Combien connaissons-nous de personnes qui ne se remettent pas en question, n'apprennent pas de leurs erreurs, et n'ont même pas conscience qu'elles en font? Ici, Niccolo Ammaniti crée un personnage dont les erreurs finiront par être nuisibles...

Les événements du roman sont une espèce de parcours initiatique pour Pietro. Lui aussi fait des erreurs, mais il finit par tirer une leçon, et par comprendre comment tirer le positif d'une situation négative.

Flora éveillera la compassion du lecteur pour plusieurs raisons que vous découvrirez en lisant le roman. Elle finit par être bénéfique (au moins à deux personnages) de plusieurs manières... C'est elle qui énonce une phrase assez dure, mais qui, malheureusement, s'applique à bien plus de situations qu'il ne le faudrait (et pas seulement à la sienne et à celle de Pietro): «Les promesses sont faites pour ne pas être tenues.»

Un roman à la fois grave et drôle, dur et tendre, profond sous une légèreté apparente.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice. La connaissant sur des livres plutôt sobres, j'ai eu peur qu'elle ne parvienne pas à s'adapter à la truculence de Niccolo Ammaniti. Mes craintes ont vite été dissipées. Elle met le ton approprié, sa lecture est vivante sans surjeu... Je n'aurais pas dû m'inquiéter, sachant qu'elle a enregistré des livres écrits dans des styles parfois étranges (par exemple, «Liberté dans la montagne», de Marc Graciano, que je n'ai pas pu finir) et qu'elle s'en est toujours très bien sortie.

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