Quand le requin dort

L'ouvrage:
Une adolescente nous présente sa famille, et nous raconte leur vie.
Son père prend la vie du bon côté, et veut aider ceux qui sont dans la peine.
Sa mère ne supporte pas les horreurs du monde.
Son frère est souvent maltraité par ses camarades de collège.
Sa tante ne parvient pas à trouver un homme qui l'aime.
Et elle... elle vit une relation sado maso avec un homme marié.

Critique:
Ce livre me laisse un sentiment mitigé. On plaint cette famille qui semble vouée au malheur, et dont certains membres préfèrent s'y cantonner parce qu'au fond, le bonheur fait trop peur, est trop douloureux, car il peut s'en aller comme il est venu. On la plaint, mais on la blâme aussi, car certains ne font rien pour s'en sortir.

Le père veut aider les malheureux, il passe son temps et son argent dans des associations, mais ne voit pas que la souffrance règne au sein de sa propre famille. Il voit bien que sa femme souffre, et sa seule riposte est de la faire rire avec des blagues idiotes. Certes, cela marche, mais cela soigne les symptômes et non la maladie.

La mère est très sensible, tant que ça en est caricatural. Le lecteur comprend bien l'histoire du «bonne nuit» qui lui déplaisait parce qu'il n'était pas souhaité avec amour et conviction. Mais est-ce que le fait d'avoir eu des parents aussi peu attentifs peut vraiment avoir fait de cette femme cette personne qui pleure parce que les bateaux s'en vont, par exemple, juste parce qu'un départ est plus triste qu'une arrivée? Cette personne qui devrait vivre dans une bulle, loin de la misère humaine, au lieu de se morfondre, aurait dû tenter, à son échelle, de la changer. Elle ne peut pas rendre tout le monde heureux, mais pourrait peut-être aider des gens ou des animaux dans la détresse.
Elle me fait penser à un personnage de conte de fées qui serait inadapté à notre monde. De toute façon, au lieu d'essayer de la faire rire, il aurait fallu tenter de la soigner...

Je ne vais pas analyser tous les personnages, mais d'une manière générale, cette famille communique mal, supporte la douleur parce qu'elle ne connaît rien d'autre, et pense que cela ne changera pas. Il y a parfois des notes d'espoir. La fin en est une. Mais cela va-t-il faire que la famille communiquera mieux?
La jeune narratrice analyse bien certaines situations: la sienne, celles de certains membres de sa famille...
Les personnages ne m'ont pas vraiment été sympathiques. Certains évoluent, soit, mais on a plus souvent envie de les secouer que de les plaindre. Et puis, malgré les notes d'espoir, l'histoire est trop sombre. Le renoncement et la résignation sont plus présents que l'espoir. Miléna Agus plonge son lecteur au coeur de l'oppression, de la suffocation, et de la noirceur de l'âme humaine avec le pire: l'homme marié qui se sert de la narratrice comme d'un objet.
L'auteur entoure ses personnages de flou, d'où mon ressenti de personnages de conte de fées, ou du moins, prisonniers d'un monde qui ne serait pas tout à fait le nôtre, un monde dans lequel ils ne parviendraient pas à évoluer, englués dans leur malheur par une force supérieure. Cette impression est renforcée par l'image du requin dont le bonheur serait prisonnier. On ne connaît aucun prénom, on ne connaît que leur nom, et encore, la narratrice nous apprend que ce n'est pas leur vrai nom. L'identité étant quelque chose de très important dans notre société, son absence ici n'est-elle pas significative? Une déconstruction de plus dans l'édifice familial? Une soudure de moins? Une manière de montrer que dès le départ, cette famille est placée sous une mauvaise étoile?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Audrey d'Hulstère.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 21 avril.

J'ai découvert Audrey d'Hulstère dans le doublage de la série «Life on Mars». J'ai tout de suite apprécié sa voix très douce, et bien sûr, l'excellent travail qu'elle a fait sur la série.
Ici, son talent ne se dément pas. Sa voix douce, sa diction, sa façon de faire passer les émotions de la narratrice servent parfaitement le texte. Elle a su montrer, par de simples inflexions de voix, le désarroi de la narratrice à certains moments, ou son bonheur, etc. Son jeu est naturel. En outre, elle ne tente pas de prendre un accent pour les noms étrangers. J'espère qu'elle enregistrera à nouveau des livres.

Quant au montage audio, je ne reproche (comme d'habitude), que la musique. J'ai trouvé qu'il y en avait trop entre les chapitres, même si elle ne durait que quelques secondes, et était agréable.

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