Auteur : Adler-Olsen Jussi

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, 16 janvier 2015

Délivrance, de Jussi Adler-Olsen.

Délivrance

L'ouvrage:
Lorsque les deux enfants jettent une bouteille à la mer, ils ignorent que le département V enquêtera sur l'affaire.

Critique:
J'ai préféré «Délivrance» à «Profanation». Cependant, l'enquête ne m'a pas vraiment passionnée. C'est surtout la vie du département V qui m'a plu. J'ai aimé retrouver l'improbable duo formé par Carl et Assad. Ils sont égaux à eux-mêmes. L'auteur a pris le temps, comme dans le tome 1, de les évoquer dans plusieurs situations afin que le lecteur les voie agir et évoluer. On retrouve les petites étrangetés d'Assad, comme sa manie de dire souvent «alors», ainsi que sa déconcertante capacité à se sortir de situations périlleuses (voir le combat avec un colosse armé d'une barre de fer). Elles sont agrémentées d'autres comme son idée (intéressante, d'ailleurs) quant à la nouvelle manière de classer les dossiers. De plus, un mystère entoure toujours ce personnage.

Quant à Carl, il fait souvent sourire: l'auteur montre à nouveau sa fainéantise totalement assumée. En outre, il crée des situations où carl s'illustre: voir son obstination capricieuse quant au local du département V, puis le pacte fou qu'il conclut avec Jesper lorsque son ex-femme menace sa tranquillité.

Concernant Rose, je ne sais pas trop quoi penser. Parfois, j'ai compris ses actes, et surtout, sa grande sensibilité. Mais elle aussi agit de manière... originale, dirons-nous, et ce n'est pas aussi innocent qu'Assad.

L'auteur a donc créé des situations intéressantes entourant ses trois personnages originaux. C'est, à mon avis, le point fort du livre.
Pour l'enquête, il a pris le parti de dévoiler beaucoup de choses au lecteur. Celui-ci sait très vite qui fait quoi et pourquoi. Il se concentre donc sur la traque du bourreau. Au début, cela m'a plu, mais ensuite, j'ai trouvé tout cela un peu long. Bien sûr, Jussi Adler-Olsen crée, là encore, une situation originale. Le bourreau s'attaque à un pan de la société que l'on voit rarement mis en scène dans ce type de romans. Ensuite, si sa psychologie est creusée, on y retrouve des choses qui sont en train de devenir des topoi du genre, notamment le traumatisme dans l'enfance.

Afin de maintenir le suspense, le romancier a imaginé une traque échevelée, pleine de rebondissements et de moments de tension extrême pour les personnages. Avec moi, ça n'a pas vraiment pris. En outre, il y a une chose que je n'ai pas comprise. À un moment, un personnage aurait la possibilité de suivre le bourreau, et donc de retrouver ses enfants. Au lieu de cela, cette femme fait n'importe quoi (je ne vous dévoile pas quoi). Certains me diront qu'elle est bouleversée, folle de douleur, ce qui explique son attitude. Pourtant, il me semble que si elle pensait réellement à ses enfants, elle n'aurait pas agi comme elle l'a fait.

J'ai été désagréablement surprise qu'un auteur comme Jussi AdlerOlssen utilise le coup de foudre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'aime beaucoup Julien Chatelet qui ne cabotine pas, et qui n'exagère pas sa voix pour faire différents personnages. Dans ce roman, l'auteur alterne les passages loufoques et les scènes graves. Le comédien sait jouer sur les deux registres. Je le souligne, car malheureusement, tous les comédiens ne sont pas capables de cela. Du coup, maintenant, j'imagine Julien Chatelet enregistrant un livre humoristique. Je suis sûre qu'il l'interpréterait excellemment.

Acheter « Délivrance » en audio sur Amazon
Acheter « Délivrance » sur Amazon

jeudi, 15 novembre 2012

Miséricorde, de Jussi Adler-Olsen.

Miséricorde

L'ouvrage:
Danemark, 2007.
Carl Morck réintègre la police après un arrêt maladie dû à une fusillade au cours de laquelle il fut blessé. Pour des raisons politiques, la police se doit de créer un nouveau département qui tentera d'élucider d'anciennes affaires. Pensant se débarrasser de Carl et obtenir un budget conséquent, son supérieur le promeut directeur de ce département.
Carl va s'attaquer à l'affaire Merete Lyyngaard. La politicienne a disparu en 2002, alors que son frère et elle étaient sur un bateau les menant à Berlin. On n'a jamais retrouvé le corps de la jeune femme.

Critique:
Jussi Adler Olsen apporte un nouveau souffle au genre du thriller. S'il utilise certaines ficelles connues, il les renouvelle avec habileté.
Ce qui, chez d'autres, est du remplissage, va tout naturellement à son histoire. Par exemple, le lecteur sait dès le début où est Merete (même s'il ne sait pas pourquoi). De ce fait, on ne peut s'empêcher de penser qu'on va péniblement se traîner jusqu'à la solution. Or, il n'en est rien. J'ai aimé que l'auteur prenne le temps d'expliquer personnages et intrigues. Là où certains veulent épater, j'ai eu la sensation que Jussi Adler Olsen contait.

Le romancier use du retour en arrière à bon escient. Outre l'enquête de Carl, le lecteur suit l'évolution de Merete depuis quelques jours avant sa disparition. Loin d'être ennuyeux, ces passages en disent long sur la psychologie de la jeune femme, sur ce qu'elle a vécu, sur les raisons qui la poussent à vivre comme elle le fait.
D'autre part, le lecteur la suit pendant son calvaire (après son enlèvement). Là encore, d'autres auteurs se contentent de remplir des pages avec des phrases vides. Ici, le lecteur sera tenu en haleine par ce qui arrive à Merete, ce qu'elle fait et pense.

En général, je n'aime pas les romans structurés comme celui-ci: prologue faisant saliver le lecteur, chapitres alternant enquête et retours en arrière... À la lecture de ce thriller, je me rends compte que ce n'est pas tant cette structure qui me déplaît que la manière maladroite dont elle est utilisée ailleurs.
Il aurait pu y avoir une faiblesse de «scénario». En effet, pourquoi reprendre une affaire alors qu'on n'a aucun élément nouveau? L'auteur a pensé à tout: il est très vite évident que la réouverture du dossier est légitime...

Quant à la raison pour laquelle Merete a été enlevée, je l'avais plus ou moins devinée, mais pas tout de suite. Cela ne m'a d'ailleurs pas gênée, car j'étais emportée par le récit et les personnages. De plus, certains rebondissements m'ont déstabilisée, car ils ne collaient pas avec ce que j'imaginais. Tout était plus complexe.
On dira peut-être que la toute fin est un peu grosse. Je ne le pense pas. Il ne faut pas oublier qu'un lien puissant unit le frère et la soeur...

Comment ne pas évoquer les deux personnages principaux! Ils sont atypiques, et font partie du renouveau insufflé au genre par cet auteur.
Les policiers des thrillers sont un peu comme des super héros. Carl est humain. Il a connu une rude épreuve dont il ne se remet pas, mais dont il n'hésitera pas à jouer pour s'octroyer des siestes au bureau et essayer de séduire la psychologue. Il se dit blasé, et pourtant, il prend part aux événements, son enquête le passionne de plus en plus, il ne veut pas que son collègue (paralysé après la fusillade fatale), lâche prise.
Quant à Assad, il semble plein de ressources tant physiques que mentales. Il est souvent là où on ne l'attend pas. Mais parfois, sa naïveté déconcerte. C'est un personnage qui n'a pas fini de surprendre.

Le réalisme est renforcé par le fait que le lecteur n'est pas uniquement confronté à l'affaire sur laquelle Carl enquête. La police ne travaille jamais sur une affaire à la fois. J'ai apprécié que l'auteur ait pris le temps de montrer ce qui se passait autour de Carl. Son affaire est au premier plan, mais elle est loin d'être la seule en cours.

Outre certaines réactions de Carl et d'Assad, d'autres notes humoristiques jalonnent le roman. Comment ne pas sourire de la passion du locataire de Carl, même si on peut comprendre son engouement?
L'ex-femme de Carl est également un personnage qui fera rire. On la méprisera un peu, on s'en moquera beaucoup.
Des situations sont également cocasses (clin d'oeil à Assad). Parfois, il s'en dégage également un peu de gravité.

Je souhaite vivement que les autres tomes de cette série sortent en audio, car je suis déjà très attachée aux personnages et à la façon de conter de Jussi Adler Olsen.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Je suis toujours ravie de retrouver ce comédien dont la lecture est fluide, et le jeu pertinent. Il ne cabotine jamais, et son interprétation toujours juste plonge tout de suite le lecteur dans le livre et ses personnages.
Comme d'autres, il a voulu prononcer les noms scandinaves avec l'accent approprié. À l'inverse de ces autres, il n'a absolument pas exagéré sa prononciation, ce qui fait que cela était naturel.

Chaque chapitre commence par une musique. Elle est différente selon l'aspect de l'intrigue que l'on va lire. Les éditions Audiolib s'attachent à marquer cette différence, notamment dans les romans de Camilla Läckberg où deux époques se croisent souvent. Je trouve cela très bien. Cependant, comme la musique m'agace vite, j'ai trouvé qu'ici, elle était trop longue. Par ailleurs, après chaque numéro de chapitre, l'auteur précise en quelle année se passe ce que l'on va lire. Je trouve que le lecteur (on lui a sûrement demandé de faire ainsi) laisse un blanc trop important entre le numéro deu chapitre et l'année, puis entre l'année et le début du récit.

À un moment, il y a une petite erreur: lorsque Carl est au téléphone avec l'assistante sociale, on entend certains passages narrés avec l'effet sonore téléphonique.

Acheter « Miséricorde » sur Amazon

Acheter « Miséricorde » en audio sur Amazon