La veuve

L'ouvrage:
Mary Bulton a dix-neuf ans. Elle est en fuite, car elle vient de tuer son mari, John. Les deux frères de ce dernier sont à sa poursuite.

Critique:
Gil Adamson brosse ici un beau portrait de femme. Sous des dehors fragiles, d'apparence rude et timorée, notre veuve est tendre et douce. N'ayant pas vraiment eu d'amour au long de sa vie, elle n'en est pas aigrie, et son coeur est disposé à aimer les personnes qui en vaudront la peine. Mary, condamnée à recommencer sans cesse, se relevant toujours, prenant ce que la vie lui accorde avec précaution. Tout cela pourrait paraître mièvre, mais il n'en est rien. Le style est souvent dépouillé. J'ai même eu une impression de froideur: j'avais le sentiment que la veuve ne ressentait rien. Cela a d'ailleurs fait que j'ai eu du mal à vraiment entrer dans le roman, à apprécier les personnages. Pourtant, une fois que je me suis habituée au style dépouillé et parfois rude voire froid, de l'auteur (rude comme les paysages et la vie de la veuve), j'ai pleinement profité du roman. Si ce style est déroutant, il va avec le caractère des personnages, leur vie... On finit par très bien imaginer la petite ville de Franck, son magasin, son église, ses habitants.

Par petites touches, le lecteur en apprend davantage sur Mary, sa condition. J'ai été un peu agacée que l'auteur se réfère le plus souvent à elle en disant «la veuve». Comme si on ne pouvait la voir que par rapport à son mari mort, comme si elle n'avait d'autre identité, d'autre but, d'autre ambition, d'autre qualité que celle d'épouse d'un homme mort, comme si sa vie se résumait à cela. C'est justement cela que martèle l'auteur: Mary, selon sa belle-famille, n'a d'autre existence que celle de la femme de John Bulton. Elle n'est pas un être humain à part entière, elle dépend de John qui lui octroie le droit de respirer. J'exagère, mais c'est comme ça que le voient les hommes qui poursuivent Mary.
La jeune fille est endurcie par une vie terne et monotone. Cela se ressent dans sa façon d'être.
Si l'héroïne et sa force tranquille prennent beaucoup de place, les autres personnages sont, eux aussi, très intéressants.

Les retours en arrière étaient nécessaires. Je n'aime pas trop cette construction, généralement. Ici, je pense qu'ils auraient pu avoir lieu plus tôt: l'héroïne aurait été plus facile à cerner, à comprendre, à appréhender. D'autre part, l'auteur retarde trop l'histoire de ce qu'il y a à savoir sur elle, le roman prenant davantage de rythme à partir du moment où on sait.

La quatrième de couverture parle d'un western à propos de cet ouvrage. Il est vrai qu'on y retrouve les ingrédients propres à ce genre. Étrangement, je m'attendais à une fin toute tracée, comme on en rencontre trop dans les livres de ce type. C'est aussi ce qui a fait que j'ai eu du mal à entrer dans le roman. Je pressentais une fin, et elle ne me plaisait pas. C'était sans compter avec Mary: mystérieuse, pleine de ressources, battante. La jeune femme ne finira pas de vous étonner. La fin m'a agréablement surprise. L'auteur ne fait rien de cliché, et quand on y réfléchit, cette fin va parfaitement à l'héroïne.

N'oublions pas que ce livre ne manque pas d'humour. Le passage où Mary menace d'être dépendante au laudanum est plutôt amusant. À noter également le personnage de Giovani, source de sourires voire de rire.

Un roman aux abords difficiles, mais que je ne regrette pas d'avoir lu.

Éditeur: Christian Bourgois (Broché)
10 - 18 (poche).
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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