Auteur : Abécassis Eliette

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vendredi, 7 septembre 2012

Un heureux événement, d'Eliette Abécassis.

Un heureux événement

L'ouvrage:
Barbara et Nicolas sont ensemble depuis plusieurs mois. C'est alors qu'ils décident d'avoir un enfant.

Critique:
Si ce livre détient certains côtés positifs, mon sentiment est d'abord qu'il n'apporte pas grand-chose au paysage littéraire. L'auteur expose des faits, des situations, des états d'âmes, mais elle ne renouvelle pas vraiment les choses. Je pense que mon impression de platitude vient du fait que les personnages ne sont pas assez creusés à mon goût. En effet, il n'y a pas vraiment de renouvellement à apporter avec ce genre de thèmes. Cela dépend de la plume de l'auteur et de ses personnages. Ici, je n'ai pu que rester distante à la lecture de cette histoire. Barbara et Nicolas n'ont pas su me toucher. Leur histoire ressemblait trop à un cliché: on ne communique plus, la belle-mère veut élever l'enfant à la place de la mère...

Par ailleurs, j'ai eu la désagréable impression que ce roman était une espèce de brouillon de «Une affaire conjugale». Un couple qui ne sait pas vraiment s'il s'aime a un enfant, le couple commence à battre de l'aile... Si les situations ne sont pas tout à fait les mêmes, il y a un parfum de déjà vu qui m'a quelque peu gênée. C'est d'ailleurs amusant de voir qu'on retrouve aussi des détails, comme une allusion à «Belle du seigneur». Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais ajouté au reste, ça m'a paru un peu trop.

La diatribe de la ligue des féministes quant à l'allaitement et à l'enfant qui doit dormir avec sa mère m'a agacée. Ensuite, Barbara en rajoute avec la fusion mère-enfant, etc (comme dans «Une affaire conjugale»), et là aussi, c'est exaspérant parce que ce n'est pas argumenté, et la façon de le présenter n'est pas très convaincante.
Après cela, Barbara a une discussion avec un psychologue qui remet certaines choses en place, mais lui aussi exagère, à mon avis. Sa façon de dire les choses est plus polie, plus posée, un peu plus nuancée, mais là encore, j'ai trouvé que c'était trop péremptoire.

La théorie sur la femme oubliant les douleurs de l'accouchement, ou se les remémorant avec une heureuse émotion doit être vraie, même si je pense que si c'était moi, je ne les oublierais pas.

J'ai été amusée des changements qui s'opèrent en Barbara lors de sa grossesse, notamment ses besoins alimentaires et sexuels.
Les affirmations de la mère de Barbara sur les nounous sont un peu clichées, mais sont malheureusement puisées dans la réalité.
Le fait que Barbara semble perdue face à sa toute nouvelle maternité est assez réaliste. Elle se rend compte qu'il n'y a pas de mode d'emploi, et que l'instinct ne fait pas tout.

Bref, un livre avec quelques bonnes idées, mais qui ne me semble pas se démarquer. Peut-être en attendais-je trop.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Rose Fischweiler pour laLigue Braille.

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jeudi, 10 février 2011

Une affaire conjugale, d'Eliette Abécassis.

Une affaire conjugale

L'ouvrage:
Jérôme et Agathe Portal sont mariés, ils ont des jumeaux de six ans. Le couple ne s'entend pas, Jérôme rudoie même souvent sa femme. Voilà plusieurs années qu'Agathe songe à demander le divorce. Elle recule surtout à cause des enfants. Mais elle découvre que Jérôme la trompe, et lui cache une bonne partie de ce qu'il fait. Elle se décide à demander le divorce.

Critique:
Ce livre est plein d'une tension presque palpable. Le lecteur se retrouve plongé dans le cauchemar que vit Agathe. Son mari manipule ses amis et sa famille, et tente de monter les enfants contre elle. Il fouille ses affaires, pose des caméras dans sa chambre... Elle se voit même contrainte de dormir avec certaines affaires importantes. On dira que tout cela est un peu gros, qu'Eliette Abécassis exagère. Il n'en est rien. Je sais que certaines séparations peuvent être aussi infernales que ce que nous montre l'auteur. Toutes les situations décrites sont des plus réalistes.

Autre chose est bien analysé: Jérôme tente de manipuler diverses personnes. Certaines sont prises à son piège, d'autres non. Tout n'est pas manichéen: tout le monde ne se pâme pas d'admiration à ses pieds, et ne voit pas Agathe comme une sorcière.
On me dira que, par contre, l'auteur diabolise Jérôme. Soit, mais elle ne nous décrit pas l'héroïne comme une sainte à qui tous les malheurs du monde arrivent. Si on prend le parti de la jeune femme, certains de ses actes agacent: s'énerver, agir de manière stupide et puérile. D'autre part, on ne peut s'empêcher de voir ses erreurs passées. À la lueur de son récit, il est évident que dès le départ, son mari était instable et égoïste. Il peut paraître invraisemblable qu'Agathe ait été aveuglée à ce point, surtout au lecteur qui voit tout de suite la goujaterie de Jérôme. À y bien réfléchir, on peut croire la jeune femme qui dit qu'elle le voyait avec les yeux de l'amour. En outre, ce genre de réactions est caractéristique d'un schéma qu'on observe trop souvent: certains ne réfléchissent pas assez avant de se mettre en ménage, ou le font en sachant qu'ils vont droit dans le mur, mais le font quand même. Agathe est de ceux-là.
En outre, elle fait preuve de naïveté, n'étant pas réellement mature et armée pour la «vraie» vie: elle semble immergée dans le monde de son métier, celui de la chanson. Elle fait souvent allusion aux chansons d'amour qui ne l'ont pas préparée à une telle déconvenue.

Au sujet des enfants, quelque chose m'a agacée: la diatribe d'Agathe contre la garde alternée. Je comprends que dans son cas, cela soit contre-indiquée. Seulement, elle en fait une généralité, expliquant de manière péremptoire que seule, la mère est à même de s'occuper de ses enfants. Dans son cas, c'est vrai, mais la généralité qu'elle fait est totalement hors de propos.
Je n'ai pas non plus aimé son avis tranché, exprimé assez violemment, quant au fait que rien ne vaut le sein pour nourrir un bébé. Ce qui compte, c'est l'amour qu'on donne à son enfant, pas le fait de lui donner le sein ou le biberon. Outre le fait que les mères qui décident de ne pas allaiter ne me paraissent pas être d'affreux monstres, il ne faut pas oublier celles qui ne le peuvent pas, pour tout un tas de raisons.
Agathe est blasée quant à l'amour. Cela se comprend, mais cela fait qu'elle fait encore des généralités.

J'ai trouvé un peu gros que notre héroïne parvienne à créer tous ces profils sur Facebook, et à les rendre crédibles.
J'ai été étonnée qu'Agathe ne se rende pas compte qu'on la dupe par là où elle a dupé. J'ai tout de suite su ce qui se passait.
J'ai bien aimé l'échange de mails entre Jérôme et la psychiatre.

Si les personnages principaux ne sont pas sympathiques (Agathe l'est davantage que Jérôme, mais elle m'a souvent agacée), le livre est bien pensé, et analyse bien certaines situations délicates, notamment le harcèlement de l'un qui entraîne celui de l'autre, la manipulation de Jérôme contre laquelle Agathe semble démunie (on le serait à moins), et bien d'autres.
Lorsque j'évoque des romans traitant de ce douloureux sujet, je ne peux m'empêcher de penser à Une relation dangereuse», de Douglas Kennedy qui le traite également, mais de manière plus poussée, et sur un nombre de pages beaucoup plus important.

Remarque annexe:
Eliette Abécassis cite plusieurs fois une chanson de Joe Dassin qui n'est pas des plus connues: «L'amour etc». Pour une fan, comme moi, ça fait plaisir!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Élodie Huber a une voix très agréable et douce. C'est une voix qui, pour moi, a de la présence. Elle n'est pas quelconque, et une fois qu'on l'a entendue, on ne peut que la reconnaître.
Elle a su rendre la détresse d'Agathe, ses colères, sa hargne, sa frustration, ainsi que le mépris de Jérôme, de manière sobre et subtile.
Il est un peu dommage qu'on l'entende deux ou trois fois tourner la page.

J'apprécie beaucoup le parti que prennent les éditions Thélème depuis leur création: ne jamais émailler leurs ouvrages de musique!

Cette chronique sera également visible sur le site Lire dans le noir à partir du 15 février.

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