Melnitz

Note: L'arbre généalogique de la famille Meijer est proposé. J'espère que, comme moi, vous n'en aurez pas besoin, car le lire à un moment où on connaît bien certains personnages fait qu'on apprend certaines choses, ce qui gâche quelque peu la lecture.

L'ouvrage:
1871..
La famille Meijer vit à Endingen, petit village helvétique.
Salomon est marchand de bestiaux. Il aime tendrement sa femme, Golda. Leur fille, Mimi, est capricieuse et coquette. Quant à Hannele, orpheline élevée pour servir de bonne, elle sait rester à sa place.
C'est alors que survient Janki, qui serait apparenté à la famille. Son arrivée, de nuit, la tête d'un bandage plein de sang, impressionne les Meijer. Le jeune homme est ambitieux. Il ouvre bientôt un magasin de tissu.

Critique:
Ce roman s'étend sur plusieurs générations. Il va de 1871 à 1945. En outre, il est constitué de cinq parties. Entre chacune, l'auteur fait des ellipses d'environ vingt ans (sauf entre les deux dernières où l'ellipse est de huit ans). La plupart des auteurs qui s'essaient à structurer leurs romans ainsi se fourvoient, à mon avis. En effet, leurs personnages sont bâclés, car on ne les voit que par petits tableaux successifs, par instants qui en décrivent trop peu.
Dans «Melnitz», ce n'est pas le cas. Les personnages sont assez creusés, les parties sont assez conséquentes pour que l'auteur ne se contente pas de les effleurer.

Lorsqu'une ellipse couvre un si long laps de temps, en général, l'auteur a trop de choses à résumer. En ce qui me concerne, je me sens perdue, car les changements sont trop importants.
Charles lewinsky a su éviter cela. Il résume très simplement ce qui se passe pendant les ellipses. C'est continu et fluide.

Un autre défaut de ce genre de romans est que les personnages de la dernière génération sont trop peu évoqués pour être vraiment intéressants, surtout si ceux de la génération d'avant sont très attachants. Ici, le romancier évite cet écueil, car les personnages comme Hannele et Mimi sont présents sur plusieurs parties. En outre, le lecteur rencontre la plupart des autres personnages dès la deuxième partie.

Charles Lewinsky a habilement tissé intrigues et personnages. Le lecteur s'immerge dans les époques traversées par les Meijer, leurs réactions, leurs caractères, la façon dont ils s'adaptent à ce que leur réserve la vie: ascension, mais aussi guerres. L'auteur pose un regard objectif sur les époques et les événements qu'il décrit. Il n'a pas besoin de trop en faire, il lui suffit d'énoncer les faits. Je pense surtout à ce qu'il dit des camps, de la répression des juifs...

Certains personnages sont attachants, d'autres sont agaçants... Mais la plupart du temps, ils sont en demi-teinte ce qui les rend plus réalistes. Aucun n'est parfait, mais presque tous ont un certain charisme. Hannele rêve d'être aimée, mais s'accommode de ce qu'elle a. En outre, elle sait manoeuvrer dans l'ombre lorsque c'est nécessaire.
Mimi recherche les mondanités, elle veut ce qu'elle n'a pas, et quand elle finit par l'avoir, elle ne fait pas ce qu'il faut. Mais elle ne s'aigrit pas, elle sait parfois penser aux autres. Elle évolue puisqu'elle parvient à considérer comme une amie celle dont elle est si différente.
François m'a plutôt agacée. Je pense qu'il n'évolue pas. Il a l'égoïsme de son père et l'inconséquence de sa tante.
Arthur semble enveloppé de gentillesse. Il fait certaines choses assez risquées dont je ne l'aurais pas cru capable, à cause de son extrême timidité. Un lecteur tatillon dirait que ce qu'il fait concernant Irma et sa famille est un peu gros, et qu'en plus, il ne pourrait pas s'amuser à tenter de sauver tout le monde. Soit, mais cet acte a permis qu'au moins quelques personnes soient sauvées. D'autre part, ce qu'il en ressort s'avère bénéfique sur d'autres plans.

Dans ce genre de sagas, les auteurs se sentent obligés de faire vivre de grands malheurs ou de grandes frustrations à leurs héros. Ceux-ci prennent de stupides décisions qu'ils regretteront toute leur vie. Ici, ce n'est pas le cas. Les personnages connaissent des malheurs, mais leur souffrance n'a pas la grandiloquence que je reproche à beaucoup de sagas. De plus, ils agissent au mieux, à mon avis. Ils ne se sacrifient pas, ne prennent pas de décisions terribles pour eux...

Moi qui n'aime pas les coups de foudre, celui de l'un des couples m'a plutôt fait rire. Peut-être à cause de la façon dont la demande en mariage et la réponse sont faites. Sûrement aussi parce que malgré cela, les personnages sont réalistes.

Tous ces événements se déroulent sous le regard mi-bienveillant mi-goguenard de l'oncle Melnitz, ancêtre décédé depuis plusieurs siècles. Il intervient souvent, est la conscience de certains personnages, sait appuyer là où cela fera mal. C'est lui qui dit tout ce qu'on n'ose pas dire.

Une saga historique et réaliste.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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