Made in China

L'ouvrage:
Toussaint Legoupil est un chinois noir. Il a été adopté il y a vingt-cinq ans, par des habitants du petit village de Croquefigue, en France. Voilà qu'il veut en savoir plus sur ses origines. Il se rend donc en Chine.

Critique:
Ce premier roman de JM Erre m'a un peu moins plu que certains autres. En général, je trouve que cet auteur excelle dans toutes les formes de comique, qu'il soit grinçant, de répétition, de situation, de mots... Ici, j'ai trouvé que malheureusement, certaines choses étaient lourdes. Par exemple, Mimi (la «promise» de Toussaint) l'accompagne de force. Au début, je trouvais très lourd tout ce qui la caractérisait: son entêtement, son assurance, etc. Idem avec la seule phrase que dit Gaston (le parrain de Toussaint) et que l'auteur ressort dans les moments les plus inattendus. Pourtant, toutes ces choses sont là pour faire rire...

Heureusement, mon agacement n'a pas duré. À mesure de ma lecture, il m'a semblé que le romancier, après avoir un peu tâtonné, trouvait son rythme, son style. En outre, tout n'est pas poussif au début. Par exemple, à certains moments, l'auteur met une note expliquant qu'il a pris l'idée de telle ou telle ficelle dans des manuels pour écrivains débutants. Ces passages m'ont toujours fait rire. (Note: tous les conseils intéressants dispensés par ces manuels se trouvent à la page 112 de chacun d'eux. ;-) )
C'est la même chose en ce qui concerne Tao, personnage étrange rencontré presque dès le début. Sa façon de parler (en langage soutenu) m'a amusée.

J'ai apprécié que l'écrivain détourne les codes de certains types de romans. Par exemple, lorsque Toussaint arrive à l'orphelinat, il croit avoir des réminiscences du peu de temps qu'il y a passé... puis il apprend qu'il n'a pu y séjourner puisque le bâtiment a été construit il y a dix ans.
N'oublions pas les incursions de certains mythes (tel celui d'Oedipe) dans le roman, et des séances chez le psy qui sont un régal.

L'auteur a créé une originalité: les bonus à la fin du roman. Par exemple, il y a... le résumé du roman pour le lecteur pressé. Tous ces bonus sont très drôles.

Mais l'humour de JM Erre ne serait rien si l'histoire était bâclée. Il n'était pas simple de faire une histoire qui se tient après avoir imaginé des personnages et des situations si loufoques. Entre énigme folle (Pourquoi Toussaint est-il poursuivi par un inconnu?), événements improbables (pour n'en citer qu'un: l'amour débordant que Toussaint provoque chez un panda femelle), et questions existentielles (À chaque femme croisée, Toussaint pense ne pas devoir la séduire, car elle pourrait être sa mère ou sa soeur), il fallait que la fin soit à la hauteur. Pour moi, elle l'est. Aussi cocasse et insolite que le reste, elle n'est pas tirée par les cheveux, car elle est préparée, et ne survient pas inopinément. Ayant été déçue par la fin de «Prenez soin du chien», j'avais peur que celle de «Made in China»soit du même acabit. Heureusement pour moi, ce n'est pas le cas.

Il va de soi que tous les exemples par lesquels j'illustre mes propos ne sont qu'une infime partie de ce que vous trouverez dans ce roman truculent et échevelé. Il est à lire, même si, au départ, les amateurs de JM Erre seront peut-être légèrement désemparés.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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