Ma vie pour la tienne

L'ouvrage:
Anna Fitzgerald a treize ans. Sa soeur, Kate, a seize ans. Son frère, Jesse, a dix-huit ans.
Anna a été conçue parce que sa soeur, Kate, avait une leucémie, et que les médecins avaient expliqué à ses parents qu'un autre membre de la famille, s'il était compatible, pouvait la sauver en lui donnant certaines cellules souches. Au départ, il ne devait y avoir que cela, et puis, Kate a rechuté, et Anna a dû donner des lymphocytes, un peu de moelle osseuse... Aujourd'hui, les reins de Kate lâchent, et Anna va devoir donner l'un des siens.

C'est alors que l'adolescente décide d'engager un avocat, maître Campbell Alexander. Elle désire avoir le droit de disposer de son corps, avoir le droit de décider seule si elle continuera de faire des dons de sang et plus à sa soeur. Anna sait que cela lui attirera les foudres de sa famille, mais elle ne peut pas reculer.

Critique:
Jodi Picoult explique qu'au départ, Anna devait raconter l'histoire. Et puis, elle s'est mise à penser à ce qu'éprouverait une mère confrontée à cela. Finalement, elle a fait parler tous les personnages impliqués, sauf Kate, qui ne prend la parole qu'à la fin. C'est plus enrichissant que si le lecteur n'avait eu que la voix d'Anna. Cela l'aide à comprendre les motivations de certains personnages.

C'est Sarah qui trouve le moins grâce à mes yeux. Certes, elle veut tout faire pour sauver sa fille. Oui, mais malgré ses dires, elle traite ses autres enfants comme quantité négligeable. Elle rembarre même Jesse qui, à dix ans, ne comprend pas pourquoi on ne s'occupe pas de lui. Certes, la scène racontée par Sarah montre un enfant dont les préoccupations sont frivoles au regard de la maladie de sa soeur, mais Sarah aurait dû, tout en rappelant à Jesse que sa soeur souffrait autrement plus que lui, trouver un moyen de s'occuper de ces frivolités, cela aurait voulu dire s'occuper de Jesse qui n'était qu'un enfant. Jodi Picoult explique qu'elle a eu une réaction similaire à celle de Sarah, vis-à-vis de l'un de ses fils qui, alors que son frère devait subir une opération difficile, voulait qu'on s'occupe de lui. La réaction de Sarah est compréhensible, et quand on est à vif, on ne réagit pas toujours comme il le faudrait, mais elle agit ainsi pendant tout le livre. Elle ne cesse de clamer qu'elle aime pareillement ses deux filles, pourtant, il ne semble pas qu'elle se préoccupe vraiment du mal qu'elle fait à Anna.
C'est Brian, le père, qui pense que c'est trahir Anna que de lui faire subir ces souffrances sans vraiment lui demander son avis, ni même lui expliquer qu'elle aura mal. C'est lui qui établit une complicité avec elle. C'est lui qui, lorsqu'Anna donne sa moelle osseuse, pense bien sûr à Kate, mais aussi à Anna: qui souffre, qui réclame sa maman, qui réclame un peu d'attention, à l'instar de Jesse. Tout au long du roman, Sarah semble se préoccuper uniquement de Kate.
Bien sûr, j'ai beau jeu de parler: je n'ai pas d'enfants, et en plus, je n'ai pas été confrontée à cette situation. Mais il me semble qu'une mère, même si elle a des préférences, même si elle s'inquiète constamment pour l'un de ses enfants, doit essayer d'être le plus équitable possible. Brian y arrive un peu mieux que Sarah.

Anna veut qu'on l'aime et qu'on le lui prouve, mais elle a d'autres motivations. Elle est plus complexe que ce qu'on pourrait croire au départ, tout comme Jesse.

L'intrigue secondaire (le mystère entourant Campbell) est également intéressante. Elle montre, encore une fois, qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
L'histoire d'Anna et de sa famille touchera et changera Campbell et Julia plus profondément qu'ils ne l'auraient cru, surtout Campbell.

Cette exploration des sentiments de tous les personnages comporte un petit défaut: elle fait que le livres souffre de quelques longueurs. Mais l'histoire est bien écrite, le lecteur est tenu en haleine, et Jodi Picoult sait nous émouvoir et nous surprendre.

Attention: si vous n'avez pas lu le roman, ne lisez pas le paragraphe suivant, il dévoile la fin.
La fin apporte l'espoir pour beaucoup de personnages: Kate n'a pas connu de rechute depuis huit ans, Jesse a retrouvé sa place et sa raison d'être. Seulement, j'ai détesté cette fin. La romancière nous rappelle, par cette fin ironique, que personne n'est à l'abri. Le hasard rappelle aux humains qu'ils ne seront jamais les plus forts. La famille passe son temps à lutter pour maintenir Kate en vie, et c'est Anna qui s'en va. Seulement, cette mort, si elle sauve Kate, est pour moi un message négatif. Anna a été conçue pour sauver Kate, elle ne s'est pas sentie totalement assimilée à la famille, et sa mort résout le problème à sa place. Toute sa vie, elle n'aura été qu'un réservoir à sang et à organes pour Kate!

Cette histoire est basée sur un fait réel. J'avais vu le film où les parents se battaient pour garder leur fille en vie, et avaient finalement décidé de concevoir un autre enfant pour essayer de la sauver. Ce roman est, en quelque sorte, la suite. J'aurais aimé savoir si Jodi Picoult a tout inventé à partir d'un fait divers, ou si elle a réellement écrit l'histoire de cette famille, et si oui, ce qu'elle y a changé. Je n'ai rien trouvé sur son site.Si quelqu'un a la réponse, merci de bien vouloir m'aider.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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