Ma meilleure ennemie

L'ouvrage:
Natty et Sean Wainwright sont mariés depuis seize ans. Ils sont propriétaires d'un hôtel. Natty est si obsédée par le besoin que tout tourne bien qu'elle néglige sa vie de famille. Un jour, elle doit se rendre d'urgence au chevet de Felicity, sa fille cadette, alors en voyage scolaire en France. Natty ne sait pas que les ennuis ne font que commencer.

Critique:
Ayant beaucoup aimé «La faute», je me suis précipitée sur ce roman. Paula Daly a un style fluide. Elle ne tente pas de retarder les choses en embarrassant son lecteur de remplissage. Elle prend le temps d'installer ses personnages. Elle prend ses précautions, et prépare soigneusement le cataclysme qui s'abat sur Natty lorsque celle-ci rentre de France. En effet, il est quand même assez incongru que cette chose arrive si vite. Cela m'a fait tiquer, même si je reconnais que l'auteur l'a bien amenée, a expliqué les circonstances, le caractère des personnages, les frustrations de l'un d'eux, les «blocages» et maniaqueries d'un autre, et les cartes qu'a un troisième. J'ai donc compris pourquoi cela avait pu arriver, mais il est gros qu'un personnage soit si facilement, si rapidement, et si grossièrement dupé, d'autant que cela ne va pas trop avec ce que montre l'auteur de lui par ailleurs. (J'en reparle plus loin.)

Quelque chose m'a mise mal à l'aise. La faute n'en revient pas à l'auteur. Peut-être est-ce même la force de ce roman. Cela veut dire qu'il est bien pensé. En effet, il touche à quelque chose auquel je suis de plus en plus sensible: la manipulation mentale. J'ai déjà lu des romans ainsi, et certains étaient bien pensés, mais ils ne m'ont pas gênée comme celui-là. Je n'aime pas l'idée que des personnes imaginent détenir une certaine vérité, alors qu'en fait, elles sont manipulées. Quant à la manipulatrice, il est assez effrayant de penser que des personnes si machiavéliques peuvent exister. Vous me direz que j'exagère, on ne voit ce genre que dans les romans.. En êtes-vous si sûrs?

Paula Daly décrit parfaitement les réactions de Natty qui, acculée, folle de colère et de frustration, se sentant incomprise par beaucoup, ne parvient pas à garder la tête froide, même lorsqu'elle le voudrait, même lorsqu'elle sait qu'elle sera peu crédible si elle s'énerve.
D'un autre côté, il y a une petite incohérence quant à ce personnage. On comprend son besoin de tout maîtriser, on peut même comprendre que ça la pousse à négliger sa famille, mais pourquoi est-ce au point de se refuser à son mari depuis plusieurs mois, voire davantage? Réponse: l'auteur en avait besoin pour rendre une chose crédible. Certes, mais il aurait peut-être fallu qu'elle agence cela autrement, car pour moi, c'est une faiblesse, même si le tout est (comme je le dis plus haut) préparé.

Quant à Sean, je l'ai trouvé très agaçant pendant une grande partie du roman, d'autant que je ne parvenais pas à concilier ce qu'il était (responsable, très amoureux de sa femme) avec ce qu'il devenait. Il illustrait parfaitement l'idée que l'auteur martelait: tout homme, quel qu'il soit, perd la tête si une femme lui fait croire qu'il est le meilleur coup du monde, et se donne n'importe quand, n'importe où, dans n'importe quelle position. Cela m'a quelque peu perturbée. Pendant tout le roman, il semble tiraillé entre sa conscience et ses bas instincts. Cependant, la conscience ne triomphe pas souvent! Par exemple, lorsqu'il ressent la nécessité daller passer la nuit à son ancien domicile, et que Natty aille dormir ailleurs, afin qu'Alice et Felicity ne voient pas leur mère se faire arrêter le lendemain matin, monsieur n'a pas la décence d'y aller seul. Il faut qu'il se pointe avec sa nouvelle petite amie à qui il obéit déjà au doigt et à l'oeil. Le pauvre toutou ne peut pas se passer de sa dose de sexe torride, et bien sûr, il ne cherche pas à savoir si Natty (qu'il connaît pourtant depuis plus de seize ans), ne serait pas moins fautive que ce dont on l'accuse. Pourquoi? Parce que l'accusatrice, c'est la nouvelle petite amie!
Ensuite, cela ne le dérange pas vraiment que la sylphide refuse de l'aider à l'hôtel, alors qu'il lui dit clairement qu'il ne s'en sort pas seul. Tiens tiens, ne lui avait-elle pourtant pas dit qu'elle l'aimait inconditionnellement?
Ensuite, si on fait abstraction de sa façon d'être lorsqu'il s'agit d'opposer Eve et Natty, je n'ai vraiment pas aimé sa réponse lorsque Natty lui dit qu'Eve a abîmé son fauteuil à dessein avec du maquillage. Il préfère accuser sa fille (sans preuves, sinon, c'est pas drôle).
Je donne ici quelques exemples, mais il y en a bien d'autres. Décidément, ce personnage m'a prodigieusement cassé les pieds! J'aurais aimé qu'il soit plus creusé. On le comprend jusqu'à un certain point. Il y a quelques petites explications à son sujet au début et vers la fin, mais cela aurait mérité davantage d'approfondissement.
On me dira que Natty eut également une attitude comparable à un moment... Je ne l'oublie pas. Je la charge moins parce que les circonstances étaient différentes, mais j'ai quand même pensé que là encore, l'auteur en faisait trop. Qu'est-ce que c'est que ces gens qui prétendent s'aimer profondément, et se trompent si facilement?

Il y a d'autre petites incohérences. Par exemple, pourquoi la policière n'est-elle pas allée aussi loin que l'avocate lors du visionnage des images des caméras de surveillance? Pour moi, c'est une faute de sa part. Il est aussi un peu dommage que Natty trouve beaucoup d'éléments avant la police: cela fait encore passer les policiers pour des benêts qui s'arrêtent aux apparences. Cependant, chez Paula Daly, c'est plus subtil que chez (par exemple) Nicci French. En effet, la police ne sait pas tout de suite qu'il y a des choses à chercher.
Il est peut-être aussi un peu gros que la personne manipulatrice se hasarde à pousser son avantage aussi loin. Je pense par exemple à la manière dont elle montre sciemment son vrai visage à Felicity. Bien sûr, il serait difficile à l'adolescente d'en faire quelque chose, mais n'était-ce pas un risque? Il y a également ce qu'elle fait et la manière dont elle le fait au chapitre 38. Comment pouvait-elle penser s'en sortir après ça? Les manipulateurs de cette sorte finissent sûrement par acquérir l'assurance qu'ils s'en sortiront quoiqu'ils fassent. Cela explique ces actes (et d'autres) qui me semblent risqués mais qui, en fait, vont bien au caractère du personnage.

La fin m'a plu. On se demandera comment on aurait agi à la place de l'héroïne... J'aurais aimé qu'on voie la policière exposer les motifs de sa venue à Sean et Natty. Leur réaction aurait été intéressante...

Une intrigue bien ficelée, des personnages qui ne laissent pas indifférent... Ce roman est à lire, même si à mon avis, il est moins réussi que «La faute».

Remarque annexe:
J'ai bien aimé l'anecdote concernant Dustin Hoffmann.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions le Cherche Midi.

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