Lucky losers

L'ouvrage:
Après un concours de circonstances ayant provoqué le divorce de ses parents, Sean Kinsley (dix-sept ans) quitte Londres avec son père. Ils s'établissent en Bretagne, à Douarnenez.
Un jour, des élèves d'un lycée huppé sont contraints d'aller, pour quelque temps, au lycée Saint-Hilaire, que fréquente Sean. Saint-Hilaire accueille des élèves plutôt modestes. La rencontre de différentes classes sociales n'ira pas sans heurts, et cela prendra une tournure inattendue.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Laurent Malot nous présente des personnages crédibles et attachants. Il les entraîne dans des problèmes qui touchent tout le monde: la différence sociale, la manière des uns et des autres de la gérer, la peur du chômage... Il s'attache à montrer que rien n'est simple. Les chefs d'entreprises ne sont pas toujours et uniquement les «méchants». Eux aussi ont des comptes à rendre. Bien sûr, lorsque l'un d'eux explique ses problèmes, et dit qu'il est mortifié de ne pouvoir faire autrement que licencier certains de ses employés, on ne peut s'empêcher de penser, à l'instar de Sean, que ce monsieur semble sincère, mais que son fils va dans un lycée privé et prend des cours de sport. Quand on compare cela avec la vie de Kevin, d'Antoine ou même de Sean, on se dit que certains sont très loin de la réalité. Mais on côtoie également Éléonore d'Arincourt qui, malgré tout son luxe, semble ne pas perdre de vue qu'elle est une privilégiée. Quant à sa fille Camille, elle est un peu ambiguë, mais justement, cela la rend intéressante.

D'autre part, ce roman est une note d'espoir. Le défi que Sean propose sous le coup de la colère devient un symbole montrant qu'il ne faut pas partir vaincu d'avance. Rien n'est facile, dans la vie: certains peineront forcément davantage que d'autres. Mais si on se donne la peine de se battre, tout n'est pas perdu. Cela m'a un peu rappelé «Les petites reines», de Clémentine Beauvais, où trois lycéennes, au lieu de supporter une humiliation que tous considèrent acquise, décident d'accomplir quelque chose. Les blasés diront que dans la vie, on ne peut pas faire ce que font les personnages de Laurent Malot et et Clémentine Beauvais. Pourtant, il y a peut-être des circonstances où on peut essayer de se donner les moyens pour atteindre un objectif, pour tenter d'améliorer un peu les choses. Les quatre personnages de Laurent Malot (surtout Kevin) ont découvert et prouvé qu'ils étaient capables de se battre. Pour moi, la palme du courage revient à Kevin.

Comme nous sommes chez Laurent Malot, les événements ne vont pas sans humour. Pour moi, c'est une qualité. Outre certaines situations (dont la première expérience de Kevin à la piscine), des personnages sont cocasses. Je pense surtout aux trois étranges amis de Peter, le père de Sean. Ils refont le monde à coups de répliques et d'exemples souvent amusants.
La relation de Rémi et de son cheval est à la fois grave et drôle. Rémi se préoccupe vraiment de son animal, et même si son comportement prête parfois à sourire, c'est surtout touchant.
Ce n'est pas les seuls éléments comiques du roman, bien sûr. En tout cas, l'humour de l'auteur tombe toujours juste, il renforce la gravité de ses propos.

J'ai apprécié le père de Sean. Sa vie se retrouve totalement bouleversée, et il encaisse comme il le peut. Il s'efface même sur certains points pour tenter de «récupérer» l'amour de sa fille. J'avais envie de lui dire de ne pas se préoccuper d'elle qui était assez stupide pour se cacher derrière l'intolérance et le paraître, mais là encore, tout n'est pas si simple...

Je remercie Laurent Malot qui a souhaité que les éditions Albin Michel jeunesse m'envoient un exemplaire de ce livre en service presse, et qui m'a accordé sa confiance.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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