Lontano

L'ouvrage:
Les relations des membres de la famille Morvan sont compliquées. Erwan, Loïc et Gaëlle en veulent à leurs parents (Grégoire et Maggie), car ils ont pourri leur enfance. Chacun s'arrange comme il peut avec la vie. Cependant, aucun n'a coupé les ponts. Erwan est même policier, à l'instar de son père. C'est d'ailleurs par là que débute l'énigme qui sera le centre du roman. Grégoire envoie son fils enquêter sur une affaire de bizutage qui a mal tourné. Il ne sait pas qu'Erwan va ouvrir la boîte de Pandore.

Critique:
Comme souvent, je trouve que la quatrième de couverture en dit trop.

Dans ce roman, Jean-Christophe Grangé trouve le moyen de garder certaines choses qui font son style tout en se renouvelant. En effet, le lecteur sera plongé dans des meurtres dont la mise en scène est macabre, sanglante. Elle dénote un esprit malade, pervers, etc. C'est, en quelque sorte, la marque de fabrique de Jean-Christophe Grangé. Cela s'accompagne d'une exploration poussée de la psychologie des personnages. Entre le tueur perturbé et la famille Morvan, le romancier montre plusieurs personnages qui se perdent dans des extrêmes, espérant y trouver quelque apaisement. Ce roman explore d'ailleurs plusieurs formes d'extrêmes, de manipulation de l'esprit humain...

Les choses diffèrent un peu d'abord parce que l'auteur a gommé certaines choses qui m'agaçaient. On ne trouve plus un personnage enquêtant en roue libre. Grégoire a de petites tendances à agir seul, mais ce n'est pas pénible.
D'autre part, il y a des répliques et passages humoristiques. Par exemple, la scène où Erwan trouve Gaëlle et ses gardes du corps dans son immeuble est assez cocasse, malgré la gravité de la situation.

De plus, la famille Morvan fascinera le lecteur. Ils ne se supportent pas, mais ne peuvent vivre les uns sans les autres. En fait, c'est surtout les enfants qui ont du mal à supporter leurs parents, ce qui se comprend très bien. Grégoire sauve toujours la mise à ses deux plus jeunes, mais en y réfléchissant, c'est le moins qu'il puisse faire puisqu'il est la raison pour laquelle ils sont si instables. Bien sûr, derrière sa culpabilité et son égoïsme (voir, par exemple, ce qu'on découvre quant à l'un des enfants), on sent l'amour qu'il éprouve pour eux.

Le roman est très gros (comme souvent avec cet auteur), ce qui peut amener à du remplissage. Or, ici, je ne me suis pas ennuyée. L'énigme semble classique: on cherche un tueur. Cependant, elle recèle et engendre d'autres paramètres: certains iront au bout d'eux-mêmes. Cela permet aussi à l'auteur d'explorer de nombreuses facettes de tout ce qui peut exister de pervers, de sadique.
J'ai quand même trouvé que le «combat» où Grégoire joue les héros était un peu long... Par ailleurs, ce qu'on découvre quant à certains personnages est tellement dément que c'est presque invraisemblable. Cela peut passer si on se dit que certains hommes sont prêts à croire n'importe quoi et à aller loin au nom de cette croyance. C'est d'ailleurs une idée qui va bien à ce roman de l'extrême et à Jean-Christophe Grangé en général.

À un moment, j'ai cru savoir qui était l'assassin, et je calquais chaque interrogation d'Erwan sur ce que je pensais. Heureusement, je me suis trompée. Cependant, il faut se méfier, étant donné qu'à la fin de ce tome, tout n'est pas résolu. Je me demande d'ailleurs comment l'auteur est parvenu (puisqu'apparemment, la suite est déjà écrite) à faire tout un roman avec ce qui reste. Certes, nous ne savons pas tout, mais j'ai peur qu'il n'y ait pas de quoi remplir plusieurs centaines de pages...

Remarque annexe:
Je trouve dommage que l'auteur use abusivement d'anglicismes. Il parle du «feeling» du personnage, celui-ci «check» sa boîte vocale, etc. Pour moi, c'est affecté.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hugues Martel.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Hugues Martel est parfaitement entré dans le style, dans l'ambiance du roman. Au long de ma lecture, j'avais l'impression que c'était lui qui l'avait écrit tant son jeu est naturel. Lorsqu'il modifie sa voix, c'est à bon escient. Lors de certaines scènes, il doit «jouer» davantage: il le fait sans affectation. Entre personnages et situations extrêmes, il n'est pas simple d'interpréter ce roman sans en faire trop. Le comédien a réussi le pari. J'espère qu'il enregistrera de nombreux autres romans. Je sais qu'il en a enregistré un pour les éditions VDB, mais je ne l'ai pas lu, n'aimant pas l'auteur.

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