Loin de Margaux

L'ouvrage:
1940. C'est l'exode. La famille Sorel fait partie de ces gens à chercher un endroit plus sûr. Lors d'un bombardement, Margaux (quatre ans), sort de sa cachette afin de récupérer Toscane (la chienne) dans la voiture. C'est alors que, profitant de la confusion, Clémence l'enlève, souhaitant faire d'elle sa fille.

Critique:
Le résumé de ce roman m'a tout de suite attirée, et je me suis demandé comment Karine Lebert avait poursuivi son idée de départ. Comment ne pas s'enliser- Sur ce point, soyez rassurés: rien ne traîne, rien n'est incohérent.

La romancière pose certaines questions. Clémence enlève une enfant, souhaitant lui donner de l'amour. Cependant, son acte est purement égoïste. Elle va détruire une famille et prendre, telle une pillarde, ce qui ne lui appartient pas. Pour moi, un tel acte est inexcusable. Clémence jette son dévolu sur une enfant, et l'amour qu'elle dit éprouver ne peut être que frelaté, sali, voire perverti, puisqu'elle n'hésite pas à traumatiser l'enfant en l'arrachant à sa famille.
Karine Lebert ajoute un autre paramètre, que nous découvrons au long du récit, et qui fait qu'on se demande si les choses n'auraient pas tourné de manière pire si Margaux n'avait pas été enlevée. Quant à moi, je n'ai pu apprécier Clémence, au long du roman, à cause de l'enlèvement de Margaux, de la manière dont elle le justifie, etc.

Au long de la deuxième guerre mondiale, les destins des personnages vont se jouer, se croiser, parfois de manière ironique. Par exemple, Charles tente d'imaginer le calvaire des parents de Margaux, mais il ne se sent pas de taille à lutter contre Clémence. À ce moment, il ne sait pas qu'il va être confronté à cette douleur, et qu'il sera obligé de réellement la comprendre.

Un autre personnage m'a déplu: Danièle. Elle veut s'engager dans la résistance, et pleurniche parce qu'elle n'est pas en première ligne. Comme si son but était de s'illustrer, de faire parler d'elle. Elle dit vouloir sauver son pays, mais elle ne veut pas comprendre pourquoi elle est à l'arrière. Or, ce qui aurait dû compter pour elle aurait dû être le fait de rendre service, d'être utile où qu'elle soit. Ensuite, j'ai trouvé son revirement final très gros. Il ne cadre pas vraiment avec ce qu'elle montre au long du livre.

J'ai également trouvé un peu gros ce qui arrive à Clémence... Bien sûr, c'est possible. Ça c'est déjà vu, mais j'ai été sceptique...

J'ai été touchée par Margaux. Je ne sais pas si sa façon de réagir est crédible, car je ne sais pas comment on ressent, comment on se souvient à quatre ans, mais j'étais contente qu'elle réagisse ainsi.

Karine Lebert décrit très bien l'ambiance des différentes périodes et facettes de la guerre. L'affolement de l'exode, la peur de l'occupant, l'enfer des camps (pour reprendre le titre d'un chapitre du livre), le chaos engendré par la bêtise de quelques hommes, chaos qui perdurera après la guerre.

Éditeur: France Loisirs.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'ai été ravie d'entendre cette lectrice que je n'avais pas entendue depuis un moment. J'ai retrouvé avec plaisir sa façon naturelle de lire. C'est une des rares à savoir prendre un ton triste, voire à «pleurer» sans que cela soit affecté. De même, elle joue l'affolement, la terreur, la joie... tout cela naturellement, sans trop en faire.

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